‹ L'EspagneChapitre 201 sur 287 · REC EE · texte numérisé non relu

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plus belles collections

d'armes anciennes qui existent. Le bâtiment n'est pas digne de sa destination, et il a été question

de le démolir; cependant la salle unique, où sont réunis plus de deux mille cinq cents objets, est vaste et parfaitement éclairée. Quand on pénètre dans cette immense galerie, ornée de drapeaux, de lances de tournoi, toute peuplée de cavaliers bardés de fer, l'effet est des plus im-

posants, et on croit voir revivre un instant toute la vieille Espagne chevaleresque. Commençons

par les armures : en voici une qu'on a attribuée à Boabdil, surnommé e/ Rey Chico à cause de sa petite taille. L'authenticité n'en est pas bien prouvée, bien qu'un poëte satirique l'ait men-

lionnée il y a plus de deux cents ans :

Dans une boëte est la cuirasse

Dont le dernier roi grenadin,

Qui n'éloit pas plus grand qu'un nain, Couvroit sa petite carcasse.

. Voici deux précieuses armures qui ont appartenu à Charles-Quint : l’une est gravée et dorée ; l'autre, dont le casque offre la forme d'une tête humaine, porte la signature du Milanais Negroli, et se trouvait, dit-on, au monastère de Yuste lors de la mort de l'empereur. Voici encore l’armure équestre qu'il portait lorsqu'il fit son entrée à Tunis. Parmi bien d’autres armures de divers pays, mentionnons celle du capitaine Alonzo Cespédès e/ Bravo, surnommé e/ Alcides Castellano, et dont la force était aussi prodigieuse que celle du héros de la Fable. Un jour, en présence de Philippe IL, il arrêta avec son bras la roue d’un moulin du Tage ; le prince don Carlos lui ayant demandé s'il oserait se mesurer avec un tigre, il répondit affirmativement, et poignarda | animal. D'un seul coup de son épée, il trancha la tête d’un taureau. Une nuit qu'il rentrait attardé à Tolède, il enleva de ses gonds une des portes qu'on refusait de lui ouvrir; une autre fois, il arrêta sur le bord d'un précipice une charrette attelée de deux mules. On raconte encore de lui un trait tout à fait galant : se trouvant dans une église pleine de monde, et voyant qu'une dame ne pouvait arriver jusqu'au bénitier, il l'arracha de la muraille où il était scellé, et le remit tranquillement à sa place, après l'avoir offert à la dame avec une parfaite courtoisie. Ce n'est pas dans un roman de chevalerie que nous avons lu le récit de ces exploits, mais dans le Compendio de Rodrigo Mendez Silva, chroniqueur général du royaume. Perez de Hita raconte, dans ses Guerras civiles de Granada, la fin de l'Alcide castillan, fin bien digne des exploits que nous venons de raconter : dans un combat contre les Morisques révoltés, armé d’une épée valencienne qui ne pesait pas moins de quatorze livres, il ne succomba qu'après avoir pourfendu cent ennemis des épaules jusqu'à la ceinture, — desde Los hombros hasta la cintura. Nous n’en finirions pas, S'il nous fallait passer en revue toutes les armures historiques. Citons rapidement les plus remarquables, comme celle que portait Charles-Quint lorsqu'il posa devant le Titien; celles de Philippe I, et de son malheureux fils don Carlos les armures de Christophe Colomb et de Gonzalve de Cordoue, et celle que don Juan d'Autriche portait à Lépante. N'oublions pas, enfin, la précieuse armure du grand poëte Garcilaso de la Vega, qui, blessé à coups de pierres par des

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