LES GARGANTAS (GORGES) DE PANCORBO : LE TUNNEL
nous saluons l'Ébre, un des plus grands fleuves de l'Espagne, et qui a été, comme le Tage, chanté par plus d’un poëte. C'est l'ancien Iberus, qui à donné son nom à la « dure terre d'Ibérie ». Les eaux de l'Ébre, blondes comme celles du Tibre et du Tage, ne sont guère propres à la
navigation; quant à sa canalisation, tant de fois abandonnée et reprise, elle n'a jamais été terde la Vieille-Castille, et l'Aragon dans toute sa longueur.
minée. L'Ébre arrose une partie Lbro traidor, naces en Castilla y riegas à Aragon.
Un dicton populaire le compare à un traitre :
Q x | 1 t , « Ébre, tu es un traître; né dans la Castille, tu arroses l'Aragon. » Ce dicton, du reste, n’est pas
rigoureusement exact, car le fleuve prend sa source à Fontibre (Fons fberis), dans les montagnes
de Reinosa, province de Santander. Nous traversons Haro, une petite ville qui a donné son nom à une famille célèbre, dont le membre le plus connu, Luis de Haro, fut le successeur du célèbre comte-duc d'Olivarès. Le pays est fertile et charmant; des coteaux plantés de vignes, de vertes prairies, nous fon{ oublier la tristesse des paysages de la Vieille-Castille. Nous voici dans la province de Logroño, dont nous atteignons bientôt la capitale. Logroño est une vieille ville aux rues étroites et tortueuses, avec un curieux pont du moyen âge, dont chaque arche est protégée par un éperon voûté et percé à Jour. C’est ici que naquit, vers 1520, le célèbre peintre Navarrete, un grand coloriste qui a mérité le surnom de Tétien espagnol.
Logroüo est la principale ville d’un district appelé /a Rioja, abréviation de réo Oja — la rivière Oja. Les Æ%0janos, généralement grands et vigoureux, savent tirer un excellent parti d’un pays trèsfertile, dont le vin et les fruits sont renommés, et qu’on a appelé l’Andalousie du Nord. Calahorra, une des stations suivantes, est l'ancienne Calagurris romaine, qui subit un siége plus terrible encore que celui de Numance : les habitants, plutôt que de se rendre, endurèrent la famine la plus épouvantable. Plusieurs historiens de l'antiquité racontent des détails qui font frémir : les maris mangèrent leurs femmes, et les mères tuèrent leurs enfants pour les saler. La famine de Calahorra devint proverbiale sous le nom de fames Calagurritana. Une heure après Calahorra, nous nous arrêtons à Tudela, une très-ancienne petite ville, la T'ufela romaine, qu’un voyageur hollandais appelle «une ville habitée par des voleurs et des bandits... assez jolie ville, ajoute-t-il, mais qui. se trouvant sur les confins de l'Aragon, de la Castille et de la Biscaye, est la retraite et le nid de quantité de malfaiteurs et de bandits, qui ont abandonné leur patrie pour éviter la punition qui estoit deuë à leurs crimes. À ce qu'on nous en dit, c’est une vraye retraite de voleurs; mais j'y vis des personnes d'assez bonne mine pour me faire croire que parmi cette canaille il y a des gens de bien. » Tudela est une des principales villes de la Navarre, jadis un royaume indépendant, et aujourd'hui une simple province, qui s'étend jusqu'aux frontières de France. Les Navarrais, surtout ceux du nord. sont actifs, souples et laborieux comme les Basques leurs voisins. Ils sont lrès-attachés à leur pays, dont les chansons populaires célèbrent le beau ciel, témoin le couplet suivant : |
ET cielo de la Navarra Estä vestido de azul,
Por eso las Navarritas Tienen la sal de Jesüs.
« Le ciel de la Navarre — Est vêtu d'azur, — Et c'est pour cela que les Navarraises — Ont la grâce de Jésus. » Les Navarrais sont passionnés pour la danse, surtout pour la Jota :
Todos los Navarros, madre, Cantan la jota navarra.…
IS passent pour avoir la tête chaude et la main prompte. Le cuchillo pamplonés était autrefois lrès-redouté, témoin cet ancien proverbe :
Cuchillo Pamplonés,
Ÿ zapato de baldres,
Ÿ amigo Burgalés, Guardame Dios de los tres.
« Couteau de Pampelune, — Soulier de basane, — Et ami de Burgos, — Que Dieu me garde de ces trois choses. »
Peu de temps après avoir quitté Tudela, nous ne tardons pas à apercevoir sur notre gauche les cimes arides du Moncayo, dont la hauteur dépasse deux mille mètres. C'est le Caunus des