‹ L'Espagne: moeurs et paysages, histoire et monuments. Orne de seize gravuresChapitre 125 sur 159 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

qu'on a trouvé dans les cavernes naturelles et dans les crevasses de la montagne des ossements agglomérés d'animaux de races différentes, et des brèches osseuses liées par un dépôt calcaire.

La plus remarquable de ces cavernes est la Cueva de San-Miguel, située à la hauteur de plus de trois cent trente mètres. Elle se compose de vastes salles successives, dont les voûtes très élevées sont soutenues par des colonnes semblables à des tiges de palmiers, et qui résultent de la réunion des stalactites avec les stalagmites. Des concrétions de même nature sont suspendues en culs -de -lampe au-dessus de nos têtes; elles tapissent les parois humides, où elles figurent des draperies, des montres d'orgue et autres objets fantastiques. Ces souterrains, qui plongent par des puits tortueux à des profondeurs inconnues, revêtaient des aspects d'autant plus féeriques qu'on les faisait voir à la lueur des feux d'artifices et des flammes de Bengale.

Au nord, le rocher est triste et dépouillé de verdure; mais ailleurs il est orné de mille plantes diverses, d'aloès, de mousses vertes et de palmiers nains. On dirait des sourires sur le visage d'un vieillard. Audessus de l'alameda et de l'amphithéâtre de Buena- Vista, il y a même de grands arbres et de frais ombrages, puis des arbustes choisis qui portent des fleurs, des fruits, des parfums. Et cependant, de la baie, on croirait ne voir que de maigres buissons. Il paraît qu'autrefois les flancs du roc étaient boisés de chênes-lièges dans toute sa hauteur ; mais durant les sièges on autorisa les soldats à y prendre du bois, et l'on n'ignore pas ce que le soldat sait faire en pareil

cas. La montagne est habitée par des singes, des lièvres, des aigles et de grandes couleuvres. Le singe ne se trouve pas ailleurs en Europe.

En 1704, alors que les Anglais vinrent en aide au prince Charles, archiduc d'Autriche, pour enlever la couronne d'Espagne au Qourbon Philippe V, ils s'emparèrent de Gibraltar comme par surprise, sur une garnison de cent cinquante hommes. Leur roi, Georges I", promit de restituer cette conquête ; mais il viola la parole donnée en se retranchant derrière l'opposition du parlement anglais. L'Espagne, aidée de la France, revendiqua ses droits, et elle ne les regarde pas encore comme anéantis, malgré les traités qui les supposent perdus. Vainement a-t-elle essayé, en 1704, en 1720, et de 1780 à 1782, de les reprendre par les armes ; le dernier siège, fameux dans l'histoire mihtaire, où la France et l'Espagne réunies déployèrent toutes les ressources du génie de la guerre à cette époque, échoua contre la belle défense du gouverneur Eliott.

En face de Gibraltar, les Espagnols avaient construit des ouvrages de fortification d'une grande importance, et connus sous le nom de Lignes espagnoles. Elles barraient le passage aux Anglais du côté de terre, et menaçaient la ville en cas d'hostihtés. Pendant la guerre de l'Indépendance, quand l'Angleterre donnait à l'Espagne contre Napoléon un concours intéressé, le gouverneur de Gibraltar, sans en avoir reçu de Madrid l'autorisation, fit sauter les lignes, sous le prétexte que les Français pourraient s'en emparer !

Cette place, clef des possessions anglaises dans la

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