JARDIN PUBLIC A GIBRALTAR
Dieu, une église, monument de la piété de l'empereur Justinien.
Nous nous retirâmes, emportant comme souvenir l'image de Notre-Dame d'Afrique, imprimée sur un voile de soie bleue, que nous offrit le chapelain; et William, à la pensée de la terre barbare de l'Afrique, que nous foulions en ce moment, écrivit au bas d'une autre gravure ces vers de Manzoni :
In che lande selvaggie, oltre quai mari, Di sî barbaro nome, fior si coglie Che non conosca de* tuoi miti altari Le benedette soglie?
Nelle paure délia veglia bruna, Te noma il fanciulletto ; a te tremante, Quando ingrossa ruggendo la fortuna, Ricorre in navigante,
« En quelles landes sauvages, au delà de quelle mer, si barbare qu'en soit le nom, se cueille -t-il une fleur qui ne connaisse pas les gradins bénis de tes doux autels?
c< Dans les peurs de la nuit sombre, le petit enfant t'appelle; et quand la tempête se lève en rugissant, le navigateur tremblant recourt à toi. »
Une heure fut consacrée à visiter Téglise profanée de Saint-Jean-de-Dieu, devenue magasin à fourrage; puis les hauts remparts, auxquels ce grand saint travailla comme manœuvre, et où le poète portugais Gamoëns, l'auteur des Lusiades, perdit un œil en combattant contre les Maures. Avant de quitter Geuta, le moins triste des quatre presidios, ou forteressesprisons, que l'Espagne possède sur cette côte du Maroc, nous fîmes l'ascension de l'acho, c'est-à-dire du sommet de la colonne d'Hercule, où s'élèvent la citadelle et la vigie de Geuta.
La vue est plus belle encore, à mon avis, que de l'acho de Gibraltar. On voit presque aussi nettement que de ce dernier point les montagnes de Ronda; mais tout le détroit se découvre avec une clarté merveilleuse ; on croirait avoir sous les yeux une de ces cartes géographiques en relief où l'on embrasse d'un coup d'œil