CARACTÈRES OSTÉOLOGIQUES : INDICES NASAL, ORBITÂIRE
Mais dès qu'on tient compte des variations individuelles, le mélange tant de fois signalé reparait.
M. Broca a étudié l'indice nasal non-seulement chez l'adulte, mais encore chez l'homme en voie d'évolution. Il a trouvé que chez un embryon de trois mois cet indice était de 76,80 ; chez un fœtus à terme, de 62,18; chez un enfant de six ans, de 50,20; chez les Parisiens modernes, de 46,81. L'indice va donc en diminuant à mesure que le corps se rapproche de sa forme définitive. De ce fait l'auteur conclut que les écarts observés dans une même race peuvent tenir souvent à un arrêt de développement, ou mieux à un arrêt d'évolution, et il paraît disposé à rattacher à la même cause le platyrhinisme des races noires. Il revient ainsi aux idées émises par Serres sur la cause générale des caractères du Nègre, idées que nous examinerons ailleurs. Je regarde comme très-juste cette manière d'envisager l'origine, de l'un des traits distinctifs qui distingue le plus nettement la race noire. Mais ce n'est pas seulement à l'indice nasal que cette donnée est applicable, comme je l'ai déjà montré.
li'indice orbitaire étudié encore par M. Broca s'obtient en multipliant par 100 le diamètre vertical de l'orbite et en divisant le produit par le diamètre horizontal. Considérées à ce point de vue, les races se partagent en trois groupes, savoir : les mégasèmes, dont l'indice moyen s'élève à 89 .et au-delà ; les 7nésosèmes, dont l'indice varie de 83 à 89 exclusivement, et les microseines, dont l'indice descend au-dessous de 83.
Le plus fort indice moyen constaté par M. Broca se rencontre, chez les Aymaras, où il monte jusqu'à 98,8. Mais on sait que ces ; peuples se déformaient artificiellement le crâne, et cette pratique, peut avoir influé sur la forme de l'orbite. Le maximum sur des, têtes normales a été observé chez les Polynésiens d'Hawaï;il est de 95,40. Les Guanches de TénérifFe présentent le chiffre minimum de 77,01.
L'écart maximum moyen est donc de 18,30.
Mais ici comme partout les variations individuelles sont bien autrement considérables. Sans même tenir compte des Aymaras dont l'ind.ce dépasse parfois 109, M. Broca a trouvé 108,33 chez une Chinoise, 105 chez un Chinois et un Indien Peau-Rouge, 100 chez deux femmes des Iles-Marquises, une Péruvienne, un Malais, ^un Mexicain, une Indo-Chinoise, une femme de l'Ancienne-Égypte, une Auvergnate et une Parisienne. Il est inutile d'insister sur la signification de ces rapprochements.
Le plus petit indice orbitaire connu est celui du vieillard de Cro-Magnon que nous avons vu être de 61,36. Au-dessus s'échelonnent, à une faible distance les uns des autres, un Tasmanien, un Mérovingien, l'homme de Menton (de même race que celui de Cro-Magnon), un Guanche de Ténériffe, un Néo-Calédonien, un Australien, un Nubien, un Cafre, un Basque espagnol, un Auvergnat et enfin la femme de Cro-Magnon, dont l'indice est de 71,25.
L'écart individuel maximum est donc de 46,87.
En jetant un coup d'œil sur le tableau de M. Broca, on voit •que les races blanches ont des représentants dans les trois groupes. Les Hollandais de Zaandam figurent parmi les mégasèmes entre les indigènes du Mexique et ceux du nord-ouest Américain. Les Bretons gallois sont placés dans le même groupe entre les Chiliens et les indo-Chinois. Les Blancs sont en trèsforte majorité dans le groupe des mésosèmes et sont encore les plus nombreux dans celui des microsèmes. Une de leurs populations, celle de Ténériffe , termine même la série, précédée immédiatement par les Tasmaniens et les Australiens.
Ainsi en ce qui touche la race blanche , l'indice orbitaire moyen met en relief un entrecroisement comparable à tout ce que nous avons vu précédemment. Il en est autrement pour les 'deux autres types fondamentaux. Ceux-ci sont nettement séparés par ce caractère. Toutes les races jaunes sont mégasèmes, «car pour moi les Lapons, comptés par M. Broca comme leur *ippartenant, sont en réalité des Blancs allophyles. Toutes les races nègres sont mésosèmes ou microsèmes. La différence est 'de 4,03 entre les indigènes du Brésil représentant les derniers mégasèmes non déformés, et les Papous de l'île Toud, qui, de tous les Noirs, ont l'indice orbitaire le plus élevé.
Bien entendu que si l'on prenait en considération les variations individuelles , l'entrecroisement habituel reparaîtrait. La différence de 9,89 qui sépare l'homme de Cro-Magnon de la femme 'de même race en est la preuve.
M. Broca a étudié l'influence du sexe et de l'âge sur l'indice orbitaire. Je ne puis le suivre dans ces détails, quelque intéressants qu'ils soient. Disons seulement que, comme l'indice nasal, celui dont il s'agit ici diminue par les progrès de l'évolution et reste dans toutes les races plus grand chez la femme que chez l'homme. La première pendant toute sa vie conserve donc sous ce rapport un certain caractère infantile.
Cette observation s'applique également aux races distinguées -par la grandeur de leur indice orbitaire. Les races jaunes, les Chinois compris, présentent donc, si on les compare aux races blanches, un arrêt d'évolution. Les Chinois n'en sont pas moins bien supérieurs à toutes les races noires mésosèmes ou microsèmes , et en particulier aux Australiens et aux Tasmaniens , qui occupent les deux avant-derniers rangs sur le tableau. Toujours en prenant la race blanche pour norme, on doit regarder ces deux populations comme présentant un excès d'évolution; mais cet excès est encore plus marqué chez les Guanches de Ténériffe, que leur genre de vie met sensiblement au-dessus des Tasmaniens et des Australiens.
De ces faits ressort une conclusion générale, savoir : que les
-caractères résultant d'un arrêt ou d'un excès d'évolution ne
sont pas par eux-mêmes un signe d'infériorité ou de supériorité.
M. Broca a eu l'heureuse idée de comparer l'indice orbitaire