‹ L'espèce humaineChapitre 28 sur 160 · HYBRIDATION — VARIATION DÉSORDONNÉE · texte numérisé non relu

HYBRIDATION — VARIATION DÉSORDONNÉE

conda artificiellement des fleurs hybrides avec le pollen de l'espèce père, et obtint ainsi un végétal quarteron. En continuant ainsi il ramena promptement au type paternel les descendants du premier hybride, qui reprirent toutes leurs facultés génératrices, mais perdirent en même temps toute trace du sang maternel. Ces expériences ont été reprises et variées bien souvent; le résultat a été constamment le même.

Dans un petit nombre d'hybrides du premier sang, les éléments qui caractérisent les deux sexes demeurent aptes à la reproduction. Toutefois la fécondité est toujours énormément réduite. Sur ses hybrides de datura, M. Naudin ne recueillit que cinq ou six graines fertiles par plante. Toutes les autres avaient complètement avorté ou bien étaient dépourvues d'embryon. Les capsules elles-mêmes étaient de moitié plus petites que dans l'état normal.

Si on marie entre eux aeux ae ces hybrides de premier sang, ils donnent des hybrides de seconde génération. Mais, dans la plupart des cas, ceux-ci ou sont inféconds, ou présentent souvent du premier coup le phénomène du retour spontané tantôt à l'un des types parents, tantôt à tous les deux. M. Naudin croisa la primevère à grandes feuilles avec \di primevère officinale ;'û obtint un hybride intermédiaire entre les deux espèces, et qui porta sept grains fertiles. Celles-ci mises en terre donnèrent trois primevères de l'espèce du père, trois primevères de l'espèce maternelle et une seule plante hybride mais parfaitement inféconde.

Dans quelques cas plus rares encore la fécondité persiste pendant plusieurs générations. Mais alors se manifeste un phénomène curieux appelé par M. Naudin, qui l'a découvert, la variation désordonnée. La linaire commune et la linaire à fleurs pourpres avaient donné à cet éminent expérimentateur un hybride dont il put suivre les descendants pendant sept générations. A chacune d'elles, plusieurs individus reprenaient les caractères soit du père soit de la mère. Le reste ne ressemblait ni aux types primitifs, ni à l'hybride issu de leur croisement, ni aux plantes dont ils étaient les fils immédiats et ne se ressemblaient pas davantage entre eux.

Ainsi dans les cas même où il respecte jusqu'à un certain point la fécondité, le croisement ne donne pas naissance à une race : il ne produit que des variétés incapables de transmettre leurs caractères individuels. Pour qu'il s'établisse une suite de générations présentant une certaine uniformité, il faut que l'hybride perde ses caractères mixtes et reprenne la livrée normale des espèces, comme le dit M. Naudin; en d'autres termes, il doit revenir à l'un des types parents.

IV. — Tous les faits que nous venons de rencontrer dans les végétaux se retrouvent chez les animaux. Faisons remarquer d'abord que les deux seules espèces dont le croisement se montre à peu près régulièrement fécond, le cheval et l'âne,

n'engendrent qu'un hybride à fécondité presque absolument nulle. Ici l'expérience date de loin. Il y a plus de deux mille ans qu'Hérodote regardait la fécondité des mulets comme un prodige, et près de dix-huit cents ans que Pline exprimait la même opinion.

On n'en lit pas moins dans quelques ouvrages que « la fécondité des mulets est aujourd'hui démontrée ; qu'elle se produit souvent dans les pays chauds, en Algérie en particulier. » Pour réduire à leur juste valeur ces assertions au moins singulières, il suffit dft se rappeler l'effet que produisit en 1838, sur toutes les populations, musulmanes de notre province africaine, l'annonce qu'une mule avait conçu près de Biskra. L'épouvante fut générale, nous dit Gratiolet. Les Arabes crurent à la fin du monde et pour conjurer la colère céleste se livrèrent à de longs jeûnes. Heureusement la mule avorta. Mais longtemps après les Arabes ne parlaient encore qu'avec terreur de cet événement.

Si ce fait se répétait en Algérie, ne fût-ce que de temps à autre, il n'aurait pas produit une impression pareille chez un peuple aussi curieux de tout ce qui touche au cheval. Cette impression même atteste que les choses sont de nos jours ce qu'elles étaient du temps d'Hérodote.

Les exemples de fécondité chez les hybrides de l'âne et du cheval n'ont jamais été signalés que chez la mule. On n'en connaît pas un seul exemple chez le 7mdet mâle. Chez les oiseaux où l'infécondité de certains hybrides est moins absolue on retrouve quelque chose d'analogue. Tout est donc chez ces vertébrés comme dans les plantes ; et chez eux aussi cette inégalité entre les deux sexes s'explique par l'examen anatomique et microscopique. Les organes mâles sont d'ordinaire peu développés et le liquide fécondateur est atteint jusque dans ses éléments essentiels. Les organes, les éléments femelles, quoique modifiés, sont relativement épargnés.

Comme chez les végétaux, quelques hybrides échappent à la loi générale chez les animaux. Chez les oiseaux en particulier, on a obtenu un certain nombre — toujours d'ailleurs extrêmement restreint — d'hybrides plus ou moins féconds. Mais chez les mâles la faculté de se reproduire est constamment affaiblie et disparaît habituellement avant l'âge ordinaire ; chez les femelles les pontes sont plus rares, les œufs moins nombreux et très-souvent clairs. — C'est exactement l'histoire des graines de datura que M. Naudin a vu avorter ou manquer d'embryon.

Il faut d'ailleurs rayer du nombre des hybrides féconds un certain nombre d'exemples cités par quelques auteurs et que les faits mieux connus ou plus sainement appréciés montrent ne reposer que sur des erreurs. Ainsi Hellenius a cru croiser le bélier de Finlande avec une chevrette de Sardaigne ; il avait confondu le mouflon alors mal connu avec le chevreuil. Il obtint ainsi des métis qui, croisés pendant deux générations avec le père, revinrent au type de celui-ci. — Il est évident qu'il n'y a là que le

Page 1