THÉORIES DE DARWIN ET DE HAECKEL
queue. — Un animal marcheur ne peut pas descendre d'un dimmal grimpeur. C'est ce qu'a très-bien compris Vogt. Tout en plaçant l'homme au nombre des primates, il n'hésite pas à déclarer que les singes les plus inférieurs ont dépassé le jalon (ancêtre commun) d'où sont sortis en divergeant les différents types de cette famille.
Il faut donc rejeter l'origine de l'homme au-delà du dernier singe, si l'on veut conserver une des lois les plus impérieusement nécessaires à l'édifice doctrinal darwiniste. On arrive ainsi aux prosimiens de Haeckel, les loris, les indris, etc. Mais ces animaux sont aussi des grimpeurs; il faut donc aller chercher encore plus loin notre premier ancêtre direct. Mais au-delà, la généalogie tracée par Haeckel nous présente les didelphes.
De l'homme au Kangourou la distance est grande, on en conviendra. Or, ni la nature vivante ni les reste fossiles des animaux éteints ne présentent les types intermédiaires qui devraient au moins la jalonner. Cette difficulté embarrasse fort peu Darwin ; nous savons qu'il y répond en disant que l'absence de renseignements sur de pareilles questions est une preuve en sa faveur ; Haeckel sera sans doute tout aussi peu embarrassé. Nous l'avons vu admettre un homme pithécoïde absolument théorique et ce n'est pas la seule fois où il use de ce procédé en dressant son tableau généalogique. Voici entre autres ce qu'il dit des sozoures (14^ degré), amphibies également inconnus à la science : « La preuve de leur existence ressort de la nécessité de ce type intermédiaire entre le 13^ et le 15^ degré. »
Eh bien, comme il est maintenant démontré que, de par le darwinisme même, il faut renvoyer les origines humaines audelà du 18^ degré, comme il devient par conséquent nécessaire de combler la lacune des marsupiaux à l'homme, Haeckel admettra-t-il quatre groupes intermédiaires inconnus au lieu d'un? Complètera-t-il ainsi sa généalogie? — Ce n'est pas à moi de répondre.
V. — Darwin et Haeckel trouveront à coup sûr fort étrange qu'un représentant des vieilles écoles, qu'un homme qui croit à la réalité de l'espèce ait la prétention de connaître mieux qu'eux la portée réelle des lois du darwinisme et de signaler de graves oublis dans les applications qu'ils en ont faites. Plaçons-nous donc sur le terrain des faits. Là nous allons trouver d'abord la preuve que toute cette généalogie pèche par la base et repose sur une erreur anatomique matérielle.
Darwin et Haeckel rattachent tous deux la série simienne à un type qui serait représenté aujourd'hui par les lémuriens que le savant allemand désigne sous le nom de prosimiens. Darwin ne motive guère cette opinion que sur quelques caractères tirés en particulier de la dentition. Haeckel remonte à l'embryogénie.
On sait que chez tous les mammifères à l'exception des marsupiaux (kangourou, sarrigue) et des monotrèmes (ornithorynque, échidné), il existe un placenta, organe essentiellement
80 ORIGINE DE l'espèce HUMAINE
composé par un lacis de'vaisseaux sanguins qui unit la mère au fœtus et sert à la nutrition de ce dernier. Chez les ongulés, les édentés et les cétacés, ce placenta est simple et diffus, c'est-àdire que les villosités sangumes naissent sur toute la surface des enveloppes du fœtus et sont en rapport direct avec la surface interne de la matrice. Chez tous les autres mammifères et chez l'homme, le placenta est double ; la mère et le fœtus ou mieux l'enveloppe externe de celui-ci en fournissent chacun la moitié. Une membrane spéciale appelée la caduque tapisse l'intérieur de la matrice et relie les placentas. Haeckel, attachant avec raison une grande importance à ces diflérences anatomiques, partage les nrammifères en deux grands groupes : les indéciduates, qui manquent de caduque, et les déciduates, qui en ont une.
Chez ces derniers le placenta peut entourer l'œuf mammalogique comme une ceinture [zonoplacentaires) ou bien former une sorte de gâteau circulaire plus ou moins développé [discoplacen- ^a^res). L'homme, les singes, les chauves-souris, les insectivores et les rongeurs présentent cette dernière disposition et forment ainsi un groupe naturel auquel ne peut se rattacher aucun •mdimmAÎhTQ zonoplacentaire et, à plus forte raison, aucun indéciduate.
Haeckel ajoute sans la moindre hésitation ses pjrosimiens aux groupes que je viens d'énumérer, c'est-à-dire qu'il leur attribue une caduque et un placenta discoïdal. Or les recherches anatomiques de MM. Alphonse Milne Edwards et Grandidier, faites sur des animaux rapportés de Madagascar par ce dernier, ont mis hors de doute que les prosiniiens du savant allemand manquent de caduque et ont un placenta difl'us. — Ce sont des i)idéciduates. Loin de pouvoir être les ancêtres des singes, d'après les principes posés par Haeckel lui-même, ils ne peuvent pas même être regardés comme les ancêtres des mammifères zonoplacentaires, des carnassiers par exemple, et doivent être rattachés aux ongulés, aux édentés ou aux cétacés.
Darwin et Haeckel répondront peut-être que lorsqu'ils ont dressé leurs généalogies, l'embryogénie des prosimiens n'était pas connue. Soit. Mais alors pourquoi les faire figurer dans le tableau comme un de ces intermédiaires auxquels on attache tant d'importance? N'est-ce pas toujours le même procédé, consistant à considérer tinconnu comme une pirenve en faveur de la théorie?
VI. — La nécessité bien démontrée, je pense, d'aller chercher ailleurs que chez les prosimiens l'intermédiaire obligé entre les marsupiaux et les singes n'infirmerait pas la parenté entre ces derniers et l'homme. Mais il est d'autres faits inconciliables avec cette hypothèse.
M. Pruner-Bey résumant les travaux descriptifs et anatomiques faits jusqu'à ces deniiores années, a montré que la comparaison de l'homme aux anthropomorphes met en lumière un fait général, sujet à fort peu d'exceptions, savoir : l'existence d'wîî