THÉORIES DE VOGT. — LES CARACTÈRES SIMIENS
dyte. » Dans la conclusion générale de son livre, Huxley reconnaît en outre que les ossements humains fossiles découverts jusqu'ici n'indiquent encore aucun rapprochement vers la forme pithécoïde.
YJII. — Après ces déclarations formelles d'un savant que ses convictions darvvinistes mettent au-dessus de tout soupçon de partialité, comment se fait-il que l'on trouve à chaque instant l'expression de caractère simien employée à propos des plus insignifiantes modifications de je ne sais quel type humain que personne ne précise ? Il y a là tout au moins un abus de mots contre lequel j'ai souvent protesté. On vient de voir que cette manière de s'exprimer suppose un fait anatomique qui n'existe pas et par conséquent constitue une erreur. Elle a de plus l'inconvénient d'être prise à la lettre par les ignorants, parfois de faire illusion même aux hommes instruits, et de faire croire à des dégradations, à des rapprochements imaginaires.
En fait, l'homme et les autres vertébrés sont construits sur un même plan fondamental. Entre lui et les autres êtres compris dans ce cadre il existe des rapports multiples. Or les êtres organisés ne sont pas des cristaux mathématiquement définis dans leurs formes ; chez eux l'ensemble du corps et chacune des parties de cet ensemble oscillent dans des limites dont l'étendue n'a pas encore été précisée, mais est parfois considérable. Par ces oscillations mêmes les rapports habituels sont à chaque instant modifiés, non pas seulement entre l'homme et les singesmais entre lui et tous les autres vertébrés. Que l'on compara l'homme à un autre type animal quelconque, que l'on applique à cette comparaison la même méthode, les mêmes façons de dire et l'on verra à quelles singulières conclusions on arrivera. Je me borne à citer un exemple.
Ce qui importe le plus dans le cerveau, ce n'est certainement pas son développement absolu. C'est le rapport de ce développement à celui du reste du corps. On est généralement d'accord sur ce point quand il s'agit des animaux. On ne saurait en juger autrement quand il s'agit de l'homme. Incontestablement sur ce terrain de supériorité et d'infériorité relative, où se placent si facilement certains anthropologistes à propos des races ou des individus , le rapport dont je parle constitue un des caractères les plus frappants et des plus essentiels.
Eh bien, voici quelques-uns de ces rapports que j'emprunte au tableau donné par Duvernoy et dans lesquels le poids du cerveau est pris pour unité.
enfant.
Homme l J^"^f " adulte.
vieux .
saimiri .
Diu^f.» { ouistiti, gibbon
S4 ORIGINE DE l'espèce HUMAINE
Carnassiers
i taupe ,
I chiens 1 : 47
mésange à tête bleue
serin
Oiseaux ( mésange nonette
moineau
pinson
L'homme dont il est ici question est le Blanc européen. Or de ce tableau il résulte que de l'enfance à la vieillesse le rapport du cerveau au reste du corps va en diminuant. Dira-t-on pour cela que le jeune homme est dégradé relativement à l'enfant et que l'homme adulte ou le vieillard ont pris un caractère simien?
On voit d'ailleurs qu'il faudrait s'entendre quant au mol simien lui-même. Si le gibbon, qui appartient au type de nos ancêtres supposés, a un cerveau relativement plus petit que nous, il en est autrement des trois cébiens portés au tableau. Ceux-ci sont bien supérieurs à l'anthropomorphe; les deux premiers
g résentent exactement le même rapport que l'enfant et le jeune omme ; le troisième l'emporte encore sur l'homme adulte. Mais tous les trois sont battus par lés deux mésanges et le serin.
Par conséquent, si l'on a le droit de regarder comme tournant au singe anthropomorphe la race humaine, ou l'individu humain dont le cerveau descend de quelques grammes au-dessous de la moyenne, on doit considérer la race, l'individu dont le cerveau s'élève au-dessus de cette moyenne comme se rapprochant des cébiens, ou même des passereaux, des conirostres. Si ce dernier rapprochement est inadmissible, le premier l'est également.
Nous pouvons donc répéter avec le savant anatomiste dont j^'ai tant de fois invoqué l'autorité : « le microcéphale, si réduit qu'il soit, n'est pas une bête ; ce n'est qu'un homme amoindri. » Ou bien encore avec M. Bert, dont le témoignagne ne saurait être suspect en pareille matière, nous pouvons dire qu'en se perfectionnant les singes ne se rapprochent pas de l'homme; et, réciproquement, qu'en se dégradant le type humain ne se rapproche pas des singes.
IX. — De l'homme pithécoïde de Darwin et de Haeckel, de rhomme privé de la parole et se défendant à coups de dents, à rhomme de nos jours, la distance est encore bien grande. Gomment s'est-elle comblée ? Comment surtout s'est développée et a grandi cette intelligence qui devait asservir dans bien des cas la nature elle-même ? C'est Wallace qui va surtout nous répondre au nom de la théorie dont il est un des fondateurs. Nous le verrons en même temps confesser l'impuissance de cette doctrine, lorsqu'il s'agit des attribus propres à l'espèce humaine.
On sait que ce naturaliste partage avec Darwin et M. Naudin, l'honneur d'avoir cherché dans la sélection naturelle, l'explication des origines organiques. Mais notre compatriote s'est borné à une esquisse, dont il a récemment complètement modifié le