CHAPITRE XXXII
I. — Tout autant que l'état physiologique, l'état patholo- -gique présente dans les divers groupes humains des particularités qui peuvent être considérées comme des caractères. Ces caractères sont même parfois plus tranchés, parce que les phénomènes morbides sont souvent très-accusés. Cette question 'OflBpe un grand intérêt; mais pour la traiter avec le détail qu'elle mérite, il faudrait un temps et un espace qui me manquent également. Je me bornerai donc à rappeler quelques faits généraux déjà acquis et à citer quelques exemples, pour préciser la nature et la signification des faits pathologiques envisagés au point de vue anthropologique.
IL — Jusqu'ici, quand il s'est agi du milieu, nous n'avons guère envisagé que son action modificatrice; mais tout le monde admet qu'il agit aussi d'une manière perturbatrice. Au fond, les maladies n'ont le plus souvent d'autres causes que des actions 4e ce genre.
Nous voilà donc ramenés à des considérations analogues à -celles que nous avons tant de fois rencontrées. Rappelons en quelques mots les résultats généraux de nos études précédentes.
do Chez tous les hommes, la nature fondamentale est identique.
2® Dans les divers groupes humains, cette nature fondamentale s'est modifiée sur certains points, par cela seul qu'il se formait des races distinctes
3* Dans chacun de ces groupes, c'est sous l'influence du milieu que se sont développés les divers caractères et les aptitudes spéciales constituant une sorte de nature acquise.
Evidemment, lorsque l'action perturbatrice, cause de la maladie, portera sur ce qu'il y a de fondamental^ les mêmes causes produiront des effets semblables au fond; au contraire, lorsque cette action s'exercera sur ce que chaque race a d'acquis et de spécialy les mêmes causes produiront des effets différents. En d'au-
très termes, de Vumtéée fa^/èce et de la mult^dùHé des rsmi résulte qaH doit exister cnez tous les hommes des mala^ communes et Tariant tout au plus quant aux phénomènes aco^ soires ; mais qu'on doit rencontrer aussi des maladies plus oa moins spéciales à certains groupes humains.
Toutefois llmmense majorité des maladies doit être ccmimiiiie à tous les hommes et présenter seulement des modificati<ms d\m groupe à Tautre. Par exemple une race pourra être ou plus accessible ou plus réfractaire qu'une autre à certaines affectioiis.
Faisons remarquer en passant et sans insister sur des hits connus de tous les agriculteurs, de tous les éleveurs, que les rm» de toutes les espèces végétales cultivées depuis longtemps et de toutes les espèces animales soumises depuis des siècles à k domesticité présentent des phénomènes analogues.
Les propositions que je viens d'annoncer se déduisent très» naturellement des faits précédemment exposés et des principes admis au début de ce livre. Elles sont remarquablement d'accord avec les résultats de l'expérience et de 1 observation
III. — Que la presque totalité des maladies soit commune à toutes les races numaines, c'est ce qui ressort de plus en plus des études chaque jour plus nombreuses fidtes sur ce sujet*
On a bien souvent mis en opposition, au point de vue pathologique, le Nègre et le Blanc ; on a affirmé que le premier vivait indemne là où le second succombait. Les nèvres paludéennes, ]a dyssenterie, les hépatites avec abcès du foie, si redoutables aux Européens, épargnent, prétendait-on, l'habitant des côtes de Guinée, du Sénégal, du Gabon. C'étaient là autant d'exagérations qu'avaient déjà réduites à leur juste valeur les observations de W'interbottom, d'Oldfîeld, etc. Les travaux plus récents confirment de tout point ces indications déjà anciennes : « La dysenterie et l'hépatite, nous dit M. Berchon, sévissent sur la race nè^e comme sur la race blanche... Les fièvres pernicieuses, qui, avec les deux maladies dont nous venons de parler, forment la trilogie pathognomonique de la patholo^e sénégalaise, atteignent de préférence les Européens ; mais les Noirs sont loin d'en être exempts. »
Ces dernières paroles sont confirmées d'une manière bien remarquable par les chiffres inscrits dans le tableau ci-ioint, que j emprunte à M. Boudin. Il résume les documents ofhciels anglais relatifs à la mortaUté annuelle sur 1000 hommes à Sierra- Leone de 1829 à 1836.
Maladies Blanos N^grM
Fièvres paludéennes 410,2 2,4
Fièvres éroptives 0,0 6,9
Maladies du poumon 4,9 6,3
Maladies du foie 6,0 1,1
Maladies ffastro-intestinales. • 41,3 5,3
Maladies du système nerveux. 4,3 1,6
Hydropisies 4,3 0,3
Autres maladies... 12,0 6,2