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Ne passez-vous pas les bornes de la prudence, et ne 3raignez-vous pas que trop de zèle ne donne l'éveil au soupçon ?
HARVEY
Je sais ce que je fais : j'agirais différemment avec l'infanterie des comtés de l'est ; mais les dragons de Virginie sont des drôles à qui il faut imposer. — Nous jouons notre va-tout, capitaine \\ harton, et nousavons besoin de hardiesse et d'audace. Allons , Williams , il faut que le maître change de costume avec son serviteur.
"WILLIAMS
Je suis tout prêt : puisse-t-on s'y tromper!
HARVEY
Voyons , capitaine , à votre toilette.
HENRI
Hâtons-nous !
HÂRVEY.
Oh , ne vous pressez pas !... nous avons le temps.
HENRI
Je serais désolé de vous compromettre.
HARVEY
Me compromettre !... Est-ce que je n'y suis pas habitué? Vous allez être libre, vous, capitaine; dans un moment vous respirerez l'air de ces montagnes ; chaque pas que vous ferez vous éloignera du danger. Mais moi , moi , j'ai vu la potence élevée sans apercevoir aucun moyen d'y échapper. Deux fois j'ai été jeté dans un cachot , chargé de fers , passant les nuits dans l'agonie du désespoir, en pensant que le jour ne paraîtrait que pour m'araener une mort ignominieuse. On a beaudire que la mort n'est rien, capitaine Wharton : on ne l'envisage jamais sans terreur, sous quelque forme qu'elle se présente. Vous allez peut-être y échapper, vous; et moi, quand je la voyais venir, j'étais dans un abandon général -, je n'obtenais pas un regard de pitié -, je perdais la vie en servant de spectacle et même de jouet à la populace *. — Je cherchais , dans cette foule dont j'étais entouré , un seul visage qui annonçât la compassion : je n'en trouvai pas un ; non , pas un seul ! De tous côtés , on me reprochait d'avoir trahi mon pays et de l'avoir vendu à prix d'argent. — Trahi et vendu mon pays! grand Dieu!... moi!... Et pourtant je laissais une mémoire honteuse et désho-
* Ici Henri et Williams changent d'habits.