‹ L'espionChapitre 48 sur 95 · ACTE III. Qg · texte numérisé non relu

ACTE III. Qg

fera que plus d'oflorts pour délivrer un capitaine de l'armëeanglaise. Et pourtant, je l'avoue, il y a des instants où je pensais le contraire. J'aimais quelquefois à le croire dévoué en secret à la cause de la patrie. Hélas I les ordres de Washington viennent de me prouver combien je m'abusais I... Mais que m'importe après tout qu'il forme des vœux pour les royalistes ou pour les républicains ? s'il peut nous être utile, que m'importent ses opinions politiques? Il a toujours paru attaché à notre famille. Si Henri avait suivi son conseil, il ne serait pa^-eslé au château , nous ne le verrions pas maintenant traité comme un vil espion. J'y suis bien décidée, je verrai le colporteur; je braverai tout pour parvenir jusquà lui. J'irai...

SAHA.

Mais es-tu certaine de le trouver ?

FRANCIS

Oui , ma sœur, oui , j'en suis certaine. — Je ne veux rien avoir de caché pour toi. — Il y a une heure, à un demi-mille de la ferme, lorsque nous touchions au pied de cette montagne de Fishkill qui domine toute la campagne , j'étais descendue de voiture ,tu le sais...; je marchais seule...; je me livrais je ne sais à quelle espérance en me rappelant les dernières paroles d'Harvey Birch I j'avais les yeux fixés sur la hauteur, lorsque j'y vis tout à coup jaillir un

no L ESPION.

rayon de lumière, et je remarquai qu'il était produit par la réverbération du soleil , qui frappait sur la fenêtre d'une chaumière placée entre deux pointes de rochers , et si bien cachée que , sans cette circonstance, je ne l'aurais jamais découverte. Un autre objet attira bientôt nion atteutiou: sur une petite plateiorme , à peu de distance de la chaumière , il me sembla apercevoir un homme. Je crus d'abord que mon imagination animait uue pointe de roche et lui prêtait une fipiure humaine. Mes doutes ne durèrent pas long-temps, car cet homme se mit en marche, entra dans la chaumière , en sortit encore , répéta plusieurs fois la même manœuvre , et j'ai cru le reconnaître.... Je Fai reconnu , ma sœur.... Oui , j'ai vu , j'ai bien vu Harvey Birch lui-même courbé sous le poids de sa balle. Etait-il là pour s'assurer de la position des troupes à Fishkill , et en reconnaître tous les mouvements? m'attendait-il à ce rendez- vous qu'il m'avait donné? Encore une fois, ma sœur, je me rendrai à la demeure mystérieuse de cet homme : je me jetterai à ses pieds , j'implorerai son secours , et je parviendrai, oui, mon cœur me le dit , je parviendrai à sauver mon malheureux frère!

SARA

Tu n'iras pas seule, ma sœurj je t'accompagnerai...

FRAISClir.

Non , ma bonne Sara , non -, tu resteras près de

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notre père , tu l'empêcheras de remarquer mon ab-

sence.

SARA

Oui , Francis , je consens à tout -, j'espère même en ta démarche. Mais tu me promets d'attendre encore , et de ne rien précipiter avant la décision du conseil.

FRANCIS

J'attendrai, ma sœur, j'attendrai- mais, mal^rré l'innocence de Henri , je ne m'aveugle pas , et plus le jugement approche, plus je sens redoubler mon inquiétude. C'est mon père !... Qu'il ne sache rien.

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