‹ L'espionne boche [microforme]Chapitre 1 sur 43 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

A Monsieur J .H. LEMAY, avocat, Sherbrooke,

Mon cher ami,

Une préface —puisque vous m'en demandez une — n'a sa raison d'être que si elle fait la synthèse du livre en tête duquel on l'inscrit. Celle-ci ne sera donc pas un éloge, encore moins une vulgaire critique de votre oeuvre.

Vous n'avez pas, je le sais, la prétention d'avoir mis au tableau de la littérature canadienne un drame selon l’art du drame, selon toutes ces règles un peu mesquines que prescrit le classicisme. Cette succession de “tableaux” que vous faites vivre sur la scène théâtrale tiennent du drame par les passions qui y Jovent l'amour sensible au coeur de Paul de Chantilly et de M: rcelle; l'amour déçu au coeur de l’Espionne, et par suite la haine de celle-ci pour Marcelle; l'amour patriotique au coeur de Faul et de sa famille. I] se trouve ainsi que Fanl soutient un triple combat; l'opposition de sa famille pour m:ttre obstacle à ce qu’il croit son devoir; sa fidélité à Marcelle qui a reçu le serment des fiançailles; l’importunité de l’Espionne pour lui faire trahir et sa fidélité à Marcelle et sa fidélité au drapeau. De là cette double tentation que subit Paul dans le domaine de l'esprit d’abord, puis dans celui du coeur, avec cette force de caractère qui le fait résister jusqu'au bouc à ce double assaut.

De cette série de tablbaux charmants de conception et d’exécution, il découle une leçon de haute valeur morale et patriotique. Sans entrer dans la discussion du problême de notre participation aux guerres de l’empire britannique, il ressort de votre “uvre, mon cher ami, que l’enrôlement des Canadiens est af- -aire de liberté, non de contrainte, et que celui-là mérite la louange qui s’enrôle quand, par ailleurs, rien ne s’y oppose.

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Les faits aussi que vous apportez à l'appui de votre thèse ont cet avantage considérable qu’ils sont d'actualité, d’une actualité qui subsistera longtemps, aussi longtemps— craignonsle—qu'il y aura des Allemands en Europe et des Anglais en Canada. Mais l’on se console de cette tristesse, devant la fière tenue de Paul, type de la racr Gui lutte sans désemparer jusqu’à la victoire finale.

Qu'’après ces observations je vous félicite, cher ami, vous n’en serez pas surpris. Souhaitons à votre oeuvre le succès qui lui est dû pour son double mérite, dramatique et historique; qu'elle ne soit que le prélude d’une série dont le public, qui vous a ap plaudi avec tant de justice et de bienveillance, attendra impa tiemment la représentation.

Bien à vous en N. S.

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