PAUL-LOUIS LOUIS
Le courrier vient d'apporter la poste. Deux lettres pour vous, mon capitaine. Il y en a une qui m’a l'air de l'écriture de Mam’zelle Marcelle. Oh, que j'ai hâte de savoir où elle est.
PAUL
Donne vite. Enfin! Elle brise son silence obstiné de plusieurs semaines. Nous allons donc pouvoir éclaircir ce mystère. Il en était temps, car la vie commençait à m'être fortement à charge dans les conditions actuelles.
(Lisant) “Mon cher Paul, J’ai un bien gros pardon à te demander. Un doute, un doute affreux, est venu jeter le trouble en mon coeur. J'ai cru, chose terrible, que tu ne m’aimais plus, que tu étais infidèle, Chez toi, j’ai vu une femme se prétendant ton amante. Folle de désespoir, je me suis sauvée cacher ma douleur loin de toi. Ce n’est qu’aujourd’hui que j'apprends l’odieuse trame ourdie contre nous pour nous séparer.
Pardonne-moi, Paul; J’ai tant souffert! J'ai appelé la mort à grands cris. Elle est heureusement restée sourde à mon appel. Paul, je me rends, dès demain, sur la ligne de feu. On nous annonce une grande offensive; les ambalances sont toutes requises. J'espère me retrouver près de toi. Puisse la Providence me proc!:rer ce bonheur. Je ne lui demande rien autre chose que de nous réunir, dans la vie ou dans la mort.
(Parlant) Oh, cette lettre! Tu ne te doutes pas, Marcelle qu’elle est peut-être ton suprême adieu. Quelle sublime consolation pour moi, au moment d'affronter la mort de plus près, de songer que tu penses à moi, que tu pries pour moi.
(Il prend le médaillon, l'ouvre et le baise.)
Chère et bonne amie; je revois, me semble-t-il, dans tes veux ce courage, cette énergie avec laquelle tu prononças l’adieu et le serment du départ. Ah! Ce moment sublime où toute ton âme passa pour ainsi dire dans la mienne, jamais je ne l'oublierai.
Devant ton silence, je n'étais plus qu'un soldat accomplissant son devoir par esprit de discipline.
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Maintenant, tu es ma force, tu es ma vie! Ta pensée enflamme mon coeur, arme mon bras, et c’est en songeant à toi, ainsi qu’à notre bonne mère que je rendrai le dernier souffle de mon âme, s’il plaît à Dieu de m'appeler à Lui.
Quant à ces deux Allemands du diable, si jamais ils me tombent sous la main, ils n’auront pas volé le châtiment que je leur réserve.
(Pendant ce temps P'tit Louis a lu une lettre qui lui vient de Julie). ‘
LOUIS
Mon capitaine, moi aussi j'ai reçu une lettre , Julie ne m'oublie pas là-bas. Ecoutez-moi ça: vous allez voir qu’elle vous tourne Ça pas trop mal, un fion, la Julie.
(Lisant) “Mon cher Louis, je ne croyais pas qu'un petit homme comme toi pouvait occuper une si grosse place dans Île coeur d’une femme. Depuis que t'es parti, il me semble qu'il ya un vide autour de moi que toi seul, tu peux combler.”
(Parlant) Mon capitaine, c'est pas mal, ça hein?
(Lisant) “As-tu tué bien des Allemands? Fais-y attention, à ces gens là; il parait que ce sont des malcommodes.
(Parlant} Ca c'est vrai; ils sont pas amusants tout de suite, ces gas là.
(Lisant) “Mon cher Louison, je te suis tout le temps, et j'ai hâte que tu reviennes.
(Parlant) Bien si elle continue à me suivre elle va être fatigué, parce qu'on marche pas mal nous autres. Ah! mais c'est seulement en esprit; c’est moins fatiguant comme ça.
(Lisant) Je t'assure que c’est bien ennuyeux ici, surtout depuis le départ de Mademoiselle Marcelle. Sa mère pleure presque tout le temps. Et puis....... moi aussi bien sou'ent.
“Mon Louis, je t'embrasse bien fort par la pensée. J
(Parlant) J'aimerais bien mieux que ce serait nour vral.
(Lisant) “Ta Julie qui t'aime toujours, et soupire très fort après ton retour.
en hstitin: MR s
‘Parlant) Oui, mais s’il n’y a que tes soupirs pour me faire revenir, j’ai bien peur de rester ici encore une bonne “secousse”. Tout de même ça fait du bien, hein mon capitaine, de savoir qu'on n’est pas tout seul à soupirer.
PAUL
(Pensif) Marcetle, Marcelle; Dieu me donne le bonheur de te revoir avant de mourir!