‹ L'esprit au théatreChapitre 100 sur 308 · ANTONY · texte numérisé non relu

ANTONY

Oui ! morte ! Elle me résistait, je l'ai assassinée !

Un soir, dans une représentation ù bénéfice, qui avait li(Mi l'ksphit au tméathe. 10

dan? la petite salle du théâtre du Palais-Royal, la fameuse phrase finale venait de se prononcer.

Madame Dorval était morte, son cadavre était affaissé dans son fauteuil.

Bocage l'œil en feu, le poignard à la main, tout fumant du sang de la victime, venait de la frapper et restait dans une attitude héroïque. La toile ne baissait pas, le machiniste était au cabaret.

L'attitude était gênante. L'attente se prolongeait. Cela menaçait de tourner au ridicule. Le public allait se fâcher lorsque madame Dorval se redressa soudain et s'écria :

— Je lui résistais, il m'a assassinée!

Puis prenant par la main Bocage et son mari outragé, elle salua le public et se retira sur ce dénoûmenl inattendu.

DOUVRY

Les abonnés du théâtre de Toulouse voulaient se débarrasser d'un directeur qu'ils avaient pris en grippe pour un motif que nous ignorons. Ne pouvant l'atteindre lui-même, ils le châtiaient sur le dos des malheureux acteurs. Quarante gaillards, armés de sifflets, étaient les instruments de cette formidable rancune. On leur donnait un franc par représentation, plus un billet de parterre, et on leur payait la goutte dans les enlr'actes.

Un soir, deux débutants, Douvry et Vial, causaient avant d'aller au feu. Le premier riait du bel accueil qu'il allait recevoir. Le second était très-ému.

Douvry, comme il s'y attendait, chanta au milieu des sifflets ; le morceau terminé, il salua poliment le public, et, s'adressanl à Vial qui faisait son entrée, il lui dit tout haut :

— Ces messieurs viennent de me faire payer la goutte ; à ton tour maintenant.

L ESPRIT AU THÉÂTRE lia

Vial eut le même sort.

Le mot de Douvry n'a pas été perdu.

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