‹ L'esprit au théatreChapitre 107 sur 308 · DUMAS FILS (ALEXANDRE · texte numérisé non relu

DUMAS FILS (ALEXANDRE

Lors de ses débuts dans la carrière dramatique, M. Dumas eut souvent besoin de recourir à la bourse de M. et madame Porcher.

Une fois, il demandait un modeste emprunt de cent francs, et on lui répondait d'attendre quelques jours; après quoi, il était probable qu'on serait en mesure de lui rendre ce service. Pour fléchir madame Porcher, il lui écrivit, dit-on, la lettre suivante :

« Attendre quelques jours, madame! mais c'est comme si vous disiez à un homme à qui l'on va couper le cou de danser un rigodon

OU de faire un calembour ! mais, dans quelques jours, je serai riche à millions ! je toucherai cinq cents francs ! Si je m'adresse à vous, si je vous ennuie de moi, c'est que je suis dans une misère à rendre des points à Job, le plus grand malheureux de l'antiquité. Si vous ne m'envoyez pas ces cent francs par le porteur de la présente, je dépense mes derniers sous à faire l'acquisition d'une clarinette et d'un caniche, et je vais jouer de l'une ou de l'autre devant voire porte en ra'écrivanl sur le ventre : « Faites l'aumône à un homme de lettres abandonné de madame Porcher. » — Voulez-vous que j'aille vous demander ces cent francs sur la léte? que je crie : «Vive la République ! » ou que j'épouse mademoiselle Morales? Aimez-vous mieux que j'aille à l'Odéon, que je trouve du talent à Cochardy, ou que je porte des chapeaux gibus? Ce que vous m'ordonnerez, je le ferai, si vous m'envoyez ces cent francs. Envoyez-les moi plutôt dix fois qu'une !

)) Mille et mille sentiments dévoués.

» P.-S. Cela m'est égal que les cent francs soient eu argent, en or ou en billets de banque; ainsi ne vous gênez pas. w

L'auteur de la Dame aux Camélias a des convives habituels qui ne lui font guère défaut.

X*'*, l'un d'eux, avait un jour laissé sa place vide.

— Eh bien, tu n'es pas venu hier? lui dit le lendemain M. Dumas fils.

— Je dînais en ville... chez M. X***... C'est singulier, le diner était exquis... et cependant, je ne m'en suis pas bien trouvé...

— Je comprends, répondit rainpliitryon, tu ne te sentais pas dans ton assiette ordinaire!...

Un jour, sur la table, paraît un rosbif monumental.

— Louise, dit M. Dumas fils à son cordon bleu, votre rosbif est très-beau ; combien coûte-t-il?

— Quatorze francs.

— Très-bien ; mais ne m'en servez plus de ce prix-là. Le filet qui coûte quatorze francs n'est bon que chez les autres.

Le cabinet de travail de M. Dumas fils est des plus simples. Le seul objet de luxe qu'on y remarque, c'est une glace de Venise, au beau milieu de laquelle sont collées les lignes suivantes :

« Au mois de décembre dernier, j'ai abandonné mes droits d'auteur de la Dame aux Camélias à mademoiselle F*** et à M. L***, dans une représentation à leur bénéfice. M. L**' et mademoiselle F*** n'ayant pas daigné me remercier, ni même m'envoyer une carte, je me tiens quitte envers eux, et j'écris ceci afin de ne jamais oublier l'engagement que j'ai pris de ne céder désormais mes droits d'auteur à personne.

» Alexandre Dumas.»

Chaque fois qu'un acteur ou une actrice, vient demander à M. Dumas fils l'abandon de ses droits d'auteur, M. Dumas fils, pour toute réponse, montre du doigt l'impitoyable avis au lecteur.

Avant de jouer la Dame aux Camélias, madame Dochc consulta M. Dumas fils sur les costumes qu'elle devait adopter dans ce rôle ; elle lui disait ;

— Vous comprenez mon embarras; moi, je ne sais pas comment s'habillent ces femmes-là.

— Mon Dieu! répondit M.Dumas fils, ne vous donnez pas tant de souci ; habillez-vous comme vous vous habillez d'habitude.

DUMESNIL (mademoiselle)

Dans le rôle de Cléopàtre (tragédie de Marmontel),au cinquième acte, lorsque, après toutes ses imprécations et prêle à expirer dans sa rage, elle dit :

Je maudirais les dieux, s"ils me rendaient le jour...

mademoiselle Dumesnil se sentit frappée d'un grand coup de poing dans le dos par un vieux militaire, qui était à l'un des balcons du théâtre.

— Va, chienne, à tous les diables ! s'écria le butor trompé par l'illusion.

Le spectacle terminé, mademoiselle Dumesnil alla remercier i'iiomme au coup de poing.

— Je me souviendrai longtemps d'un pareil triomphe, lui dit-elle : j'en ai, du reste, des marques qui ne s'effaceront pas de sitôt.

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