EX-PAIRESSE
Madame de***, femme d'un ex-pair de France et habituée fanatique de l'Ambigu-Comique, était allé«, par hasard, aux Italiens. Elle se crut obligée de se montrer passionnée pour la musique. Après un morceau chanté par ïamburini, elle sô mit à crier :
— Bravi ! bravi !
— C'est bravo qu'il faut dire, fit observer sa voisine.
— Ma foi, tant pis, répondit-elle, je n'aime pas le veau,
F*** (mademoiselle)
On parle beaucoup de l'esprit d'Augustine Brolian. On parle peu, et l'on a tort, de l'esprit de mademoiselle F***, sa camarade de planches. Elle est malicieuse comme un |)age qu'elle était... l'ex-Chérubin. Citons un de ses traits. — Étant aux eaux de Spa, une femme en guenilles vint la trouver et implorer son
bon cœur. Elle n'avait pas ouvert la bouche, que mademoiselle F*** avait ouvert sa bourse.
— Oh! merci, mademoiselle! s'écria la pauvresse; mais..., ajouta-t-elle timidement.
— Mais?
— J'aurais encore une grâce à vous demander.
— Parlez.
— Il y a ici unAllemand d'une immense fortune, le baron Z... vous ne le connaissez peut-être pas ; mais il vous connaît sans aucun doute, lui, et Je suis sûre qu'un mot de vous en faveur d'une famille nombreuse, plongée dans la plus profonde des misères...
— J'écrirai ce mot, pauvre mère.
Et celle-ci s'éloigna après s'être emparée d'une des mains de mademoiselle F***, qu'elle baigna de ses larmes.
Chérubin se mit aussitôt à l'œuvre et se tortura l'intelligence pour trouver les formules les plus respectueuses, dignes enfin d'un baron d'au delà du Rhin. Cette besogne faite, mademoiselle F*** relut sa lettre parsemée de je prends la liberté de, j'ose espérer que, pardonnez-moi l'extrême liberté que, etc., et, la chose lui paraissant de la dernière pesanteur, elle ajouta ce post-scriptum :
— C'est bête comme tout, ce que je vous dis là-haut. Si ça vous ennuie, comme j'aime à le croire, répondez-moi ziit en allemand... mais n'oubliez pas ma pauvre famille.