LEGRAND
Legrand, l'acteur-auteur du Théâtre-Français se promenait avec un de ses amis. Un pauvre les aborda civilement en leur tendant son chapeau. Legrand tira de sa poche quelques sous qu'il lui donna. Là-dessus, le mendiant, par reconnaissance, se mit à chanter un De profundis.
— Hé! l'ami, lui dit le comédien, est-ce «[ue lu mo prends pour un trépassé? Au lieu d'entonner un De profundis, chante plutôt un Domine salviim fac icgcin, cir je fais les rois.
Legraiid excellait dans les rôles de paysan ; mais il était bien au-dessous de Ponteuil dans les rôles de rois. Un jour qu'il doublait cet acteur, étant très-mal reçu, il s'avança et dit au parterre :
— Messieurs, si Ponteuil n'était pas malade, je ne jouerais pas; soyez sûrs que je suis plus fâché d'être ici que vous ne pouvez l'être de m'y voir.
Quelque temps après, il fut tout aussi mal accueilli en représentant Thésée. Il profila du premier vers de sou rôle, et le débita en montrant le public :
Quel est retrange accueil qu'on fait à votre père, Monlils?....
Le jour de la première représentation dune pièce en un acte, de sa façon, cet acteur avait commencé par jouer le rôle d'Agamemnon; le parterre n'avait pas cessé de rire de la manière dont il avait rendu ce rôle. A la On de la tragédie, Legrand vint annoncer le spectacle du lendemain, et ajouta que , dans l'instant, ses confrères et lui allaient avoir Ihonncur de donner la petite pièce dont il était l'auteur,
— Je souhaite, messieurs, dil-il en finissant, de vous faire autant rire dans la comédie, que je vous ai fait rire dans la tragédie.
Un soir, on se moquait de sa laideur.
— Ah ! ce nez! ah! cette bouche!... s'écriaient de mauvais plaisants.
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Et le public de rire à ses dépens, Legrand, sans se déconcerter, s'avança cl dit au parterre ; — Messieurs, il vous est plus aisé de vous accoutumer à ma figure qu'à moi d'en changer. *