LEMIERRE
Lemierre venait de donner la Veuve du Malabar; il rencontre un de ses amis, et lui dit :
— Avez-Yous vu ma pièce?
— Non, répond l'autre.
— Je veux que vous la voyiez. Je vais vous faire entrer. Je ne sais si je pourrai vous trouver une place, car nous avons la foule; mais, n'importe, je veux vous faire placer.
Il entraîne son ami, le conduit à lorcheslre, et dit à Touvreuse :
l'esprit au THÉATIIE. 1G
— Laissez entrer monsieur, c'est mon ami, il me faut absolument un coin pour lui.
Il y avait plus de cinquante places vides , et les loges étaient également fort dégarnies.
— Mais il n'y a personne! dit l'ami à Lemierre.
— Vous vous trompez, répond l'auteur, la salle est pleine; seulement, je ne sais pas où ils se fourrent !
A la reprise de VOrphelin de la Chine, l'auteur de la Veuve du Malabar, qu'on n'avait pas jouée depuis longtemps, adressa aux comédiens ce quatrain :
Par vos délais longs et sans fin, C'est assez me mettre à l'épreuve ; Vous qui protégez l'orphelin, Ne ferez-vous rien pour la veuve?
Lemierre disait, en 1793, ù ceux qui lui reprochaient de ne plus faire de tragédies :
— La tragédie court les rues.
Déjà sur le retour, il avait épousé une femme jeune et belle, dont il raffolait.
— Tous les jours, disait-il, je passe ma main sur ses épaules pour senlir s'il ne lui vient pas des plumes.
On venait de jouer la tragédie des Illinois. Au sortir du
L ESPRIT AU TUÉATnii 187
théâtre, l'auteur, voyant que Lcmierre avait son mouchoir sur le visage, lui dit :
— Vous avez pleuré?
— Du tout : j'ai sué.
LÉONTINE (mademoiselle)
La célèbre Chonchon, de la Grâce de Dieu, di(, à propos du bruit de sa mort qu'on faisait courir bien prématurément :
— Ceux qui m'enterrent ne savent pas que je suis disposée à vivre plutôt deux fois qu'une.