MARIVAUX
Dans un groupe où se trouvaient Fontenelle et xllarivaux, en attendant que le spectacle commençât à la Comédie française, la conversation s'élant tournée sur la métaphysique et de là sur l'âme, quelqu'un demanda à ce dernier ce que c'était que lame. Il répondit qu'il n'en savait rien.
— Eh bien, reprit l'interrogateur, demandez-le à M. de Fontenelle.
— Il a trop d'esprit, dit Marivaux, pour en savoir plus que moi là-dessus.
MARS (mademoiselle)
C'était avant l'arrivée de Monrose.
Thénard, que Merle appelait le clair de lune de Dugazon, dit fort impertinemment à mademoiselle Mars qui le priait de fermer une porte :
— Mademoiselle, je ne suis pas votre valet.
— Hélas! monsieur, répondit l'actrice, je ne sais que trop qu'il n'y a plus de valets à la Comédie française.
En 1815, les gardes du corps organisèrent une cabale terrible contre mademoiselle Mars, connue par ses sentiments napoléoniens. Prévenue de leurs projets :
— Qu'est-ce que messieurs les gardes du corps, dit-elle, ont de commun avec Mars?
Mademoiselle Mars avait arrangé pour sa mère une charmante retraite à Versailles, et elle allait l'y voir souvent. Pendant une maladie assez grave de madame 3Iars, sa fille s'y faisait conduire presque tous les matins, ou, lorsqu'elle avait à jouer le soir, elle priait Valville, un vieil ami, alors régisseur à la Comédie française, d'y aller pour elle et de lui apporter des nouvelles avant le spectacle.
Au retour d'un de ces voyages, Valville venait à quatre heures rendre compte de sa mission. En entrant dans la première pièce, il trouve la femme de chambre de mademoiselle Mars tremblante, la tignre décomposée, et qui lui dit en pleurant :
— Ah t monsieur Valville, on a volé les diamants de mademoiselle !
Terrifié par celte nouvelle, Valville entre comme un fou, les traits bouleversés, dans le boudoir où se tenait l'illustre actrice.
Effrayée par cette brusque apparition, mademoiselle Mars jette les yeux sur lui, et, voyant son état, s'élance et s'écrie :
— Est-ce que ma mère serait plus mal?
— Non, mademoiselle, mais on a volé tous vos diamants! crie-t-il en tombant épuisé dans un fauteuiL
Et mademoiselle Mars, laissant échapper un grand soupir de satisfaclion, s'assied dans le fauteuil qui était placé eu face, en disant :
— Ah! mon Dieu, Valville, que vous m'avez fait pour! Le soir, elle jouait les Fausses Confidences.
Au dire d'Armand lui-même, elle y fut plus charmante que jamais.
On lui avait volé 200,000 francs de diamants ; mais sa mère allait mieux.
{Gazette de Paris.)
En 1815, mademoiselle Mars, pour ses opinions, ou plutôt parce qu'elle écrasait ses rivales de tout l'éclat de son talent, fut le point de mire d'une conspiration féminine au Théâtre-Français. Elle avait, en outre, le tort d'être restée dans la plus grande réserve et de n'avoir pas été, comme d'autres, au-devant des vainqueurs de Waterloo.
Les gardes du corps du roi régnaient alors en maîtres dans Paris.
On en voulait donc beaucoup à mademoiselle Mars, femme de cœur, dont la conduite tranchait avec celle de quelques-unes de ses camarades, et qui, loin de sacrifier aux idoles du jour, restait froide et digne en présence de la bassesse des autres.
On lui dit un jour, au foyer, que les gardes du corps lui en voulaient.
C'est alors qu'elle fit le sanglant jeu de mots que nous avons cité plus haut.
Le trait était rude, et, aussitôt colporté au quai d'Orsay, il transporta d'indignation la caserne entière.
L'afliche du Théùtrc-Français portait ce jour-là : les Faussa Confidences. L'occasion était belle; rendez-vous fut donné à tous les gardes disponibles. Mademoiselle Mars est prévenue de ce qui l'attend. Que fait la courageuse femme? Elle entre en scène avec une robe de crêpe blanc parsemée de bouquets de violettes. On sait que la violette était alors une fleur napoléonienne,
A cette vue, la colère du parterre fut à son comble. Des cris formidables se font entendre.
— A genoux!
— Des excuses !
— Criez : Vive le roi!
Mademoiselle Mars reste calme ; Armand, qui était en scène, tremblait pour elle, et lui disait :
— Criez pour leur être agréable!
Au milieu d'un tumulte difficile à décrire, un moment de silence parvint à s'établir. Un spectateur, homme de bon ton, homme aussi fort que courageux, et dont je voudrais pouvoir citer le nom, monte sur une banquette et, effrayé du péril (jui menace la grande artiste, lui dit :
— Mademoiselle Mars, nous vous prions de crier : Vive le roi!
— Eli bien, j'ai crié au milieu du bruit! répond mademoiselle Mars.
Saisissant l'à-propos de celte défaite, la partie du public qui sympathisait avec l'artiste se livra à des applaudissements frénétiques, et le spectacle put continuer, malgré l'opposition des gardes du corps.
En rentrant au foyer, mademoiselle Mars, émue, se remettait à peine, quand une camarade peu charitable s'approche d'elle et lui dit :
— Eh bien, nous avons donc crié : Vive le roi? Mademoiselle Mars, reprenant son empire sur elle-même,
retrouve son sourire et répond :
— Oui, chère dame, j'ai crié quelquefois : Vive le roi... en jouant Betty dans In Jeunesse de Henri V.
Talma s'approcha d'elle, et, lui baisant la main, lui dit :
— Charmante femme , vous avez un cœur d'homme , et d'homme fort !