MÈRES D'ACTRICE
~ Madame, dit un comédien h la mère d'une jeune et jolie ae-
Irice, on assure que mademoiselle votre fille a fait la précieuse conquête du duc de "*, vous voulez bien que je vous en fasse mon compliment?
— Compliment prématuré, répondit la dame. Ce seigneur n'a fait encore à ma fille que des politesses de foyer.
Une de ces respectables matrones reprochait à sa fille la froideur qu'elle montrait aux galants.
— Allons, lui disait-elle, sois donc pour eux plus aimable, plus tendre, plus empressée. Si ce n'est pour ton enfant, pour ta mère, que soit au moins pour ta voiture !
Mademoiselle Coralie, première chanteuse, débutait à Bruxelles dans le rôle de Lucie. Le public se montrait très-impatient ce soirlà et menaçait de troubler la grande scène de la folie. Bientôt l'actrice fut obligée de battre en retraite.
Sa mère, qui se tenait debout dans une loge, cria au parterre :
— Vous n'êtes que des idiots !
— A la porte ! répondait-on.
Et tous les lorgnons se braquaient sur elle.
— Quand vous me regarderez avec vos lunettes, ajouta-t-elle, qu'est-ce que ça prouve? Ce n'est pas ces lunettes-là qu'il faut prendre, c'est la lunette Saint-Laurent, malins!
tA MÉTROMANIE ET LES FILS INGRATS
Piron avait un faible pour sa comédie des Fih ingrats ; il ne
l'espiut au théâtre 209
cessait d'en parler dans les sociétés. Il fut, un jour, contrarié par un homme qui mettait avec raison la Métromanie fort audessus.
— Ne m'en parlez pas ! s'écria le poëte avec humeur, c'est un monstre qui a dévoré tous mes autres enfants.
3nCH0T
Comme Michot arrivant à la commune pour y prêter le serment de mourir à son poste, un facteur, qui se trouvait là avant lui, était en train de dire :
— Je prête serment de mourir...
— A la petite poste, ajouta Michot.
A une époque où l'on riait peu, Michot plaisantait de tout. Il racontait, au foyer, qu'un membre de sa section avait demandé la parole pour une motion d'ordre; et, montant sur une chaise, il joua la scène avec une voix de fausset :
— Je dénonce Coco l'épicier pour avoir vendu du sable d'estampe pour de la castonade; je demande qu'il soit envoyé au tribunal révolutionnaire et jugé comme fédéralisse.
C'est Michot qui a composé, pour les plaisirs du foyer, dans un temps où l'on ne parlait point encore d'Odry, la fameuse chanson, les Gendarmes :
Y avait un' fois cinq, six gcndarnios Qu'avaient des lions liiuni's do cerveau,
Ils s'en va chez des épiciers, Pour avoir de la bonn' réglisse :
L'épicier donn' des morceaux d'bois Qu'étaient pas sucreuses du tout, Puis il leur dit : « Sucez-moi ça, Vous m'en direz des bonn's nouvelles. «
Les bons gendarmes sucent et resucent, Les morceaux d'bois qu'est pas sucré ; Ils s'en va chez les épiciers :
« Épicier, tu nous a trompés. »
L'épicier prend les morceaux d' bois, nies fourr' danslacastonade; Les bonsgendarm's n'a plus eu d' rhumes, ils ont vécu en bonne intelligence.