‹ L'esprit au théatreChapitre 190 sur 308 · OPPOSITION SUR LES PLANCHES · texte numérisé non relu

OPPOSITION SUR LES PLANCHES

Elleviou ne manquait pas d'espril d'à-propos, et ne se démen-

tait jamais. Il venait de jouer à Saint-CIoud, dans le Roi et le Fermier, et il avait appuyé avec une certaine intention sur quelques allusions contre la lourdeur des impôts et sur la manière d'agir des officiers publics. Il y eut un léger murmure dans la salle. Après le spectacle, les artistes soupèrenl au château, comme de coutume, et, vers la fin du repas, l'empereur vint lui-même dire quelques mots agréables à plusieurs d'entre eux. Quand il se trouva devant Elleviou, il lui dit en plaisantant :

— Vous vous ferez de mauvaises affaires avec Rémusat!

— J'espère que non, sire ; mais, à dater de mon enfance, je me suis nourri de toutes les annales dramatiques, depuis les Grecs et les Romains jusqu'à nos jours, et les deux choses qui m'ont le plus frappé, sont celles-ci : Henri IV ne voulut pas qu'on punît des comédiens qui avaient joué dans une pièce où l'on s'élevait contre les impôts, et où l'on faisait rire aux dépens des officiers de justice. Avant lui, Louis XII avait montré la même indulgence. Informé que, dans une comédie, il se trouvait des allusions qui étaient la critique de certains actes de son gouvernement, il répondit à ceux qui lui conseillaient de punir les comédiens : '( Laissons-les se divertir, ils peuvent nous apprendre des vérités utiles. »

— L'Homme sans façon, vous êtes incorrigible! répondit l'empereur en riant; mais vous serez toujours l'Ami de la maison.

L'Homme sans façon était la pièce où Elleviou montrait un si charmant laisser aller, qu'on ne savait comment le mettre à la porte.

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