‹ L'esprit au théatreChapitre 198 sur 308 · PARTIE DE LANSQUENET · texte numérisé non relu

PARTIE DE LANSQUENET

Mademoiselle R***, une de nos premières actrices, jouait au lansquenet et perdait trente louis. Un moment après, le banquier avait devant lui une soixantaine de mille francs dont la plus grande partie venait de mademoiselle R***.

— Tenez-vous encore, monsieur? dit-elle.

— Oui, madenioiselle.

— Cela fait deux bons mois de congé.

— Je serai très-heureux, mademoiselle, de vous en gagner quatre.

— Eh bien , je tiens les soixante mille francs. Et de gagner.

On célébrait la générosité de son adversaire, qui avait certainement voulu faire rentrer mademoiselle R*** dans son argent.

— Bah ! dit-elle, il ne m'a pas seulement rendu les trente louis que je perdais avant sa banque.

PAUL ET VIRGINIE On jouait Paul et Virginie au théâtre de l'Ambigu. Les pleurs

coulaient à flots. Deux lionnes, qui étaient venues aux premières loges étaler une toilette d'une opulence impertinente, étalaient aussi une bruyante sensibilité. Mais voilà que, tout à coup, l'une d'elles sent sa robe inondée par un déluge tombé de la galerie supérieure. Elle pense qu'il y a un vide à la toiture et, oubliant sa douleur, s'emporte, à grand renfort de gestes, contre les négligences de l'administration. Elle se dispose à aller secouer l'ouvreuse, lorsque la porte de la loge s'ouvre doucement :

— Mille pardons, madame, lui dit une pauvre femme dont les yeux étaient écarlates, mille pardons, mais c'est sans le vouloir...

— Quoi! ma bonne, c'est donc vous qui là-haut?...

— C'est moi qui là-haut pleurais sur le sort de Virginie...

— Du tout, ma chère, c'est sur ma robe.

On représentait, sur le théâtre de Lille, la pièce de Paul et Virginie; cette dernière (Virginie, bien entendu) adressait à l'enfant qui jouait un petit nègre la question suivante :

— Es-tu de l'île, mon petit?

— Non, madame, répondit l'enfant oubliant son rôle, je suis de Cambrai.

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