‹ L'esprit au théatreChapitre 232 sur 308 · RACHEL · texte numérisé non relu

RACHEL

Lorsque Rachel fut admise au Conservatoire, elle sollicita les leçons particulières d'un artiste de talent, M. Provost, sociétaire de la Comédie française. A la vue de cette pauvre fille malingre :

— Allez vendre des bouquets, mon enfant, lui répondit-il.

Rachel se vengea, un soir, avec le plus charmant esprit, des dédains de ce mauvais prophète. La salle était comble; Rachel venait de jouer Hermione. Applaudie avec enthousiasme, rappelée avec frénésie, elle put, le rideau baissé, remplir sa tunique grecque de fleurs jetées sur la scène; elle courut alors près de celui qui lui avait conseillé de vendre des bouquets; puis, se mettant à genoux avec la plus gracieuse coquetterie :

— J'ai suivi votre conseil, monsieur Provost; je vends des bouquets : voulez-vous m'en acheter?

Rachel sortait du Théâtre-Italien, pendant une représentation. Un valet de pied fait avancer sa voiture; elle allait poser le bout de son élégante chaussure sur le marchepied, lorsqu'une petite marchande d'oranges, la reconnaissant, s'écrie avec celle inflexion de voix railleuse des halles et des marchés :

— Ah! Rachel ! Rachel ! Rachel !

L ESPRIT AU THÉÂTRE 2o7

La tragédienne s'arrêle, se retourne, et gaiement lui répond sur le même ton :

— Tiens, c't'autre!

Reprenant ensuite sa voix naturelle :

— Eh bien, ma clière enfant, ajoute-t-elle, vends-tu Lien ta marchandise?

Et, avant d'obtenir une réponse, elle jeta une pièce d'or au milieu des oranges.

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