‹ L'esprit au théatreChapitre 259 sur 308 · SOIRÉE D'ARTISTES · texte numérisé non relu

SOIRÉE D'ARTISTES

Sous l'Empire, M. Bizet donnait des bals d'artistes, et les invitations étaient fort enviées. Mais le spirituel amphitryon, qui savait que les artistes n'ont jamais aimé, dans leurs plaisirs, à se mêler aux gens d'un monde toujours imbu de certains préjugés à leur égard, n'invitait jamais qu'avec leur autorisation des personnes étrangères.

Dans une circonstance, apiùbju ne sais quelle victoire, la garde impériale venait de rentrer à Paris, et M. Bizet, se relâchant un peu de ses principes, avait cédé à des imporlunités et admis quel- (|ues officiers et quelques fonctionnaires à un bal travesti.

D'abord, tout se passa convenablement ; mais, après le souper, les danses prirent une allure plus accusée, et cela fut poussé à tel point, que mesdames Gavaudan et Saint-Aubin quittèrent le quadrille. Leur exemple fut bientôt suivi par mesdemoiselles Lescot, les deux sœurs Renaud, Minette, Pauline Geofl'roy, mesdames Desbrosses, Desforgcs, etc.

Le mot de bégueule fut lâché malencontreusement par un officier.

Elieviou entend le mot et dit :

— Une femme a toujours le droit d'être bégueule quand elle a alïaire à des fjoitjais.

On pense bien que !e bal était lîni.

Et, malgré le» insistances de Gavaudaii, qui prétendait que l'affaire lui était personnelle, Elleviou sortit avec roiïicicr au mot. Ils étaient accompagnés de leurs témoins. L'affaire se vida sous un réverbère, à quelques pas de là. Il y eut un certain acharnement; caries deux adversaires se touchèrent trois fois chacun. Enfin, l'officier eut le bras transpercé, ce qui mil fin au combat. Cette fois, Elleviou dut la vie à une pièce de cinq francs qu'il avait dans le gousset de son pantalon, celle petite poche préparée pour recevoir la montre.

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