‹ L'esprit au théatreChapitre 27 sur 308 · AUTEURS · texte numérisé non relu

AUTEURS

Une ingénue venait de donner le jour à une petite fille ; Alcide Tousez fut chargé d'aller faire la déclaration à la mairie.

L'employé lui ayant demandé le nom du père de l'enfant, Alcide Tousez se recula un peu, fil trois saluts,'et répondit :

— Messieurs, l'auteur de la pièce que nous venons de représenter devant vous désire garder l'anonyme.

Aux premières représentations de RoxeJane et Mustapha, tragédie de Maisonncuve, on demanda l'auteur, qui ne voulut point |);iraître.

Un spectateur s'écria :

— Ne pourrait-on pas savoir sa demeure? On irait le voir.

Le jour de la première représentation des Fausses Bonnes Femmes, le jeune auteur du Fih Naturel, qui y assistait, se levant après le second acte, et parodiant un mot connu, dit en sortant :

— .le suis de ceux qui ne vont pas plus loin que l'église.

Mot d'un homme qui trouvait que la corvée d'un enterrement (|ui vous mène jusqu'au cimetière était au-dessus de ses forces.

Ce mot peu obligeant fut répété à l'auteur des Fausses Bonnes Femmes, qui montra d'abord un assez vif mécontentement. Mais c'est un homme d'esprit; voici sa vengeance : à la première représentation du Fils Naturel, il applaudit constamment jusqu'à !n

fin, et fut une des voix les plus retentissanles qui se firent entendre pour demander Tauteur et proclamer son nom.

L'auteur du Fils Naturel finit par savoir tout ce qui s'était passé, et écrivit à peu près ceci :

« Depuis trois jours, je bois du lait; mais il y a une mouche dans ce lait,.. On me prête un bon mot offensant pour vous ; cela m'afilige. Si le mot n'est pas de moi, je le trouve stupide; s'il est de moi, pardonnez-le. »

L'auteur des Fausses Bonnes Femmes répondit :

« Je n'avais pas de raisons de vous aimer, et votre lettre me contrarie ; car je ne puis être à l'avenir que voire ami. »

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