FIGARO
J'étois né pour d'trc courtisan.
SIIZA\NE.
On dit iiuc c'est métier si difficile !
FIGAKO.
Recevoir, prendre et demander, voilà le secret en trois mots.
— Il n'y a, disait Beaumarchais, que les petits hommes qui craignent les petits écrits.
El les courtisans n'osaient plus prendre la mouche.
Beaumarchais, protégé par la reine et par madame de Polignac, savait bien qu'il triompherait de la résistance de Louis XVI : ce n'était puur lui qu'une question de temps.
— Le roi, dil-il, ne veut pas permellre la représenta lion de ma pièce : donc, on la jouera.
Il était parvenu à la faire répéter sur le théâtre des Menus- Plaisirs, c'est-à-dire sur le théâtre même du roi. On allait passer outre et la jouer. Déjà les billets étaient distribués, portant" une lij^ure gravée de Figaro dans son costume. » Les voitures arrivaient en foule; le comte d'Artois s'était mis en route pour venir de Versailles à Paris, lors(iue le duc de Villeiinier fit signifier aux comédiens qu'ils eussent à s'abstenir de jouer la pièce, sous peine « d'encourir l'indignation de Sa Majesté, w
Beaumarchais, furieux, s'emporta jusqu'à s'écrier devant tous:
— Eli bien, messieurs, il ne veut pas qu'on la ie|)résriile ici, et je jure, moi, (jiie, plutôt que de ne pas être jouée, elle le sera, s'il le faut, dans le chœur même de Notre-Dame !
M. de Vaudreuil. l'un des patrons de l'auteur, obtint Je faire jouer chez lui la pièce à Gennevilliers (20 septembre 1785), par les Comédiens français, devant trois cents personnes. Une indisposition empêcha la reine d'y assister; mais le comte d'Artois, la duchesse de Polignac s'y étaient rendus. L'ancien régime accourait applaudir à ce qui le perdait. Beaumarchais était dans l'ivresse. Il courait de tous côtés, comme un homme hors de lui-n.ême; et, comme on se plaignait de la chaleur, il ne donna pas le temps d'ouvrir les fenêtres, et cassa tous les carreaux avec sa canne, ce qui fit dire, après la pièce, qu'il avait doublement cassé les vitres.
Le Mariage de Figaro obtint, comme on le sait, un triomphe éclatant. Pendant l'une des premières représentations, on jeta sur la scène l'épigramme suivante :
Je vis hier, du fond d'une coulisse.
L'extravagante nouveauté
Qui, tiiompliant de la police, Prolanuit des Français le spectacle enchaiilé. Dans ce drame honteux, chaque acteur offre un vice Bien personnifié dans toute son horreur.
lîartholo nous peint l'avarice ;
Almaviva, le suborneur;
Sn tendre moitié, radullèrc ;
Le Double-Main, un plat voleur ;
Marceline est une mégère;
Basile, un calomniateur.
Fanchclte... l'innocente, est trop apprivoisée ; Et, tout brûlant d'amour, le gentil Chérubin
Est, pour bien dire, un fieffé libertin Protégé par Suzon, fille plus que rusée, Prenant aussi sa part du page, favori
De la dame et de son mari.
Quel bon ton, quelles mœurs cette intrigue rassemble !... Pour l'espi it de l'ouvrage, il est chez Brid'oison ; Et, quant à Figaro, le drôle h son patron
Si scandaleusement ressemble,
11 est si frappant, qu'il fait peur; Mais , pour voir à la fin tous les vices ensemble, Le parterre en chorus a demandé l'auteur.
Beaumarchais laissa dire ; il publia lui-même l'épigramme.
BEAUPRE
Beaupré élail à l'Opéra depuis 1790.
Il avail été un des élèves d'Audinot, et avait joué à l'Amliigu- Comi(iuc dans sa troupe d'enfants, avec Michot de la Comédie française.
Aussi bon chorégraphe que bon danseur, il avait été maître de ballets au théâtre de la Cité.
Pour sa représenlution de retraite, il voulut se risquer dans la
comédie, et, de plus, dans le rôle de Crîspin rival de son maître, à côté de Micliol, qui jouait supérieurement le rôle de Labranche.
Il fut plus que mauvais, ot en convint lui-même. Il disait : — On a prétendu que je dansais en comédien ; mais j'ai joué la comédie comme un danseur.