‹ L'esprit au théatreChapitre 53 sur 308 · LES BOYARDS DE MADEMOISELLE TII · texte numérisé non relu

LES BOYARDS DE MADEMOISELLE TII

C'était un soir; mademoiselle Th..., entourée de trois riches, mais très-riches boyards, se prit à pousser trois longs soupirs.

— Qu'avez-vous à soupirer? dirent-ils en chœur.

— Je suis bien malheureuse! répondit-elle.

— Que vous manque-t-il?

— II me manque trois choses pour être heureuse : des diamants, un lit en bois de rose et un loto.

Les trois boyards sourirent, causèrent encore quelques instants avec la spirituelle ingénue , et s'esquivèrent l'un après l'autre, non sans lui avoir serré la main d'une façon significative.

Le lendemain, au lever du jour, trois laquais dorés sur foules les coulures se présentaient chez la jolie actrice; c'étaient trois laquais des trois boyards qui apportaient... trois lotos.

BRILLANT (mademoiselle)

Mademoiselle Brillant signala son séjour à l'Opéra-Comiquepar une espièglerie cruelle.

Les principaux passages de la Chercheuse desprit avaient été

parodiés par un jeune homme qui, pour donner plus de piquant à ses couplets, les avait assaisonnés de sarcasmes contre toutes les actrices qui jouaient dans la pièce. Il les déchira outrageusement et elles résolurent de se venger. Mademoiselle Brillant prit la direction du complot. Dès le lendemain, tout étant bien arrêté, elle alla s'asseoir à coté du coupable, qui faisait le joli cœur à rampliithéàlre. Elle entra en conversation de la façon la plus gracieuse, et, après avoir parlé des couplets avec les éloges les |)lus vifs :

— Vous ne m'avez pas ménagée, ajouta-l-elle; mais je suis bonne princesse, et je ne saurais me fâcher quand les choses sont dites avec autant de linesse et d'esprit. Il y a quelques-unes de mes compagnes qui font les bégueules; je veux les désoler en leur chantant moi-même vos couplets publiquement. Il m'en manque quelques-uns; faites -moi l'amitié de venir les écrire dans ma loge.

Le jeune homme donna dans le panneau, et, aussitôt qu'il fut entré, toutes les actrices qui l'attendaient, années de verges, se jetèrent sur lui et l'étrillèrent jusqu'au sang. L'officier de police, accouru aux cris du patient, eut beaucoup de peine à faire cesser l'exécution, et plus encore à s'empêcher de rire.

BRISEBARRE

M. Brisebarre avait commis un vaudeville intitulé /es /U'e«luvcs de Maijeux. Entendant, des coulisses, le tapage qui accueillait ses couplets, il s'écria :

— Je m'y attendais. C'est une cabale montée : il y a dans la salle au moins douze bossus qui se sont donné rendez-vous pour siffler.

// y avait des bossus dans lu salle est une des formules employées pour signilicr (ju'une pièce est tombée.

BIIIZARD

BrizanI, arlislc plein de liilciil, tint brijlaiiinienl I emploi des premiers rôles maiMiués, des pères iioMes, à eôlc de Lekaiîi, Préville, niadenioisellc Contai, etc. Il se li( rcmaiMiuer sniluul dans une création du Roi Lear.

Comme sa grande spécialité était de jouer les rôles de roi, Louis XV, qui était très-bienveillant pour les artistes, l'appelait toujours Mon cher camarade, chaque fois que la Comédie française allait jouer à la cour.

Brizard, amoureux d'une femme charmante, Icniiit à se marier à l'église, et il décida, à force d'instances, le curé de Saiiil- Thomas-d'Aquin à lui donner la bénédiction nupliale.

M. de Beaumont, archevêque de Paris, apprend le fait, et destitue immédiatement le curé, en lui donnant l'ordre d'aller s'enfermer dans le séminaire de Vannes.

Le pauvre curé vient conter sa mésavenlure à Brizard, qui, désolé, mais assez timide de son naturel, n'osait aller réclamer en sa faveur. L'artiste confie sa situation à Préville, qui, lui, ne doutait de rien, et qui, après avoir remonté le moral de son camarade, lui persuade que, dans les choses d'Église, il vaut mieux s'adresser à Dieu ([u'à ses saints. Brizard serait éconduit par les ministres, il vaut donc mieux s'adresser au roi en personne.

Quand la Comédie française jouait à Versailles, le spectacle terminé, les artistes se rangeaient dans un petit couloir qui conduisait à l'appartement du roi, et celui-ci, passant devant eux, leur adressait quelques paroles bienveillantes. Brizard, (jui s'était |)roniis de profiter de la première occasion, au lieu de la saisir, empêché par sa timidité, hésitait, quand Préville s'avance et dit :

— Notre roi me charge de demander à Sa Majesié Louis XV la permission de prendre la parole en sa présence.

— Qui. Brizard? lil Louis XV. Mais qu'il parle!

Forcé dans ses relianclicmciils, liiizanl liiiit par exposer le cas où il se trouvait, en suppliant le roi de venir en aide au pauvre curé.

— M. de Beauniont a eu parfaitement raison ! s'écrie Louis XV d'une voix qu'il cherche à rendre sévère; il a bien fait de destituer le curé, car il n'y a que les évèques qui marient les rois.

Tout le monde, étonné, regardait le roi sans trop comprendre, (|uand il reprit en souriant :

— Vous direz donc, mon citer camarade, au curé de Saint- ThoniHS-dAquin, qu'il est évcque de Vannes.

[Gazelle de Paris.)

BROHAN (AUGUSTlNr)

Un soupirant, aussi Lèle que laid, fatiguait Augustinc Brohan d'epitres de toute sorte, en prose ou en vers. Il se hasarda, un jour, à lui dire :

— iMademoiselle, vous avez dii lire dans mes yeux...

— Impossible! répondit-elle, j'ai la vue trop mauvaise.

Mademoiselle J*** invitait à ses soirées les habitués du salon de mademoiselle Brohan, son ennemie intime. Elle tenait à posséder le même monde, mais elle était très-piquée de ne le posséder qu'après la spirituelle soubrette. Pour se venger, elle lit poser au-dessus de la porte de son salon l'enseigne suivante ;

70 LESPRIT AU THÉÂTRE

A JjA descente du CAFE DES AVEDGIiES.

Mademoiselle Brohau ne riposta pas par une autre enseigne, elle se contenta de dire :

— C'est égal, ma bonne amie J*** voudrait bien avoir mes mauvais yeux... pour ne pas voir ses dents!

Mademoiselle Judith et madame Allan dialoguaient dans le loyer.

— Je parie, dit Augustine, (jumelles échangent une doîit contre moi.

Avisant Provosl qui discutait avec uu autre sociétaire :

— De quoi s'agil-il? demanda-t-elle brusquement.

— Nous nous disputons à propos de la création du monde, répondirent-ils.

— Je ne peux pas vous éclairer là-dessus. Je n'y étais pas. Adressez-vous à madame Allan.

Elle avait parodié ainsi la devise des Rohan

Mars ne puis, Plcssis ne daigne, Brohan suis.

On parlait d'une ilanic clicz laquelle on disait un mal affreux de tout le monde.

— Mon Dieu ! s'écria Augusline Brolian, on y dine si mal ! on y mourrait de faim si l'on ne mangeait pas un peu son prochain.

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