‹ L'esprit au théatreChapitre 58 sur 308 · CARON... L'HOMME A LA BARQUE · texte numérisé non relu

CARON... L'HOMME A LA BARQUE

Sophie Ariiouldj malgré son timbre affaibli, s'avisa de chanter un air dlphigénie. Tout à coup, une voix s'éleva, interrompit ses chants par des sons lugubres, et fit entendre ces paroles, qu'une divinité infernale adresse à Alcesle dans le dernier acte de l'opéra de ce nom :

Caron t'appelle, entends sa voix. •

Sophie Arnould perdit connaissance, et, à dater de ce moment, dès qu'elle paraissait en public, des gens charitables ne manquaient pas de fredonner l'air d'Alcesle.

Elle reçut encore cette autre leçon, non moins brutale.

Jouant Iphigénie, elle disait ù Achille :

Vous brûlez que je sois partie.

Le parterre lui appliqua ce vers et se mit à battre des mains.

L'Espnrr au TiiÉAinE 7

CAROUBY

Un comparse du grand théâtre de Marseille figurait les jambes de derrière d'un des chameaux de la Caravane du Caire. Il remarqua que son nom n'était pas mentionné sur l'affiche, et déclara au chanteur Darboville qu'il ne jouerait pas.

— Allons, dit celui-ci, tu ne voudrais pas faire manquer la représentation.

— Je n'ai qu'une parole.

— Bah ! sois de bonne composition, remplis ton rôle de bonne gràee, et, si tu l'en tires bien, je te promets d'obtenir pour toi de figurer désormais les pattes de devant.

CARTON (mademoiselle)

A une des représentations des Paladins, Rameau disait à une actrice :

— Allez plus vite, mademoiselle, allez plus vite encore...

— Mais, dit l'actrice, on n'entendra plus les paroles...

— Eh ! qu'importe, pourvu qu'on entende ma musique î

Cet opéra n'eut aucun succès, et, comme, au bout de quelques jours, on cessait de le jouer, Rameau prétendit qu'on n'avait pas eu le temps d'en goûter la musique, et se servit de ce dicton :

— La poire n'est pas mûre.

A quoi mademoiselle Carton répondit :

— Cela ne l'a pourtant pas empêchée de tomber,

CERRITO (fannt)

C'était à Saint-Pétersbourg, à une représentation de la Fille de marbre.

Une corde mal attachée à un décor était tombée sur la tête de Faniiy Cerrito et l'avait légèrement blessée. Le général Bwoff, qui exerçait une grande influence sur les théâtres impériaux, va la visiter le lendemain de l'accident. Ce général appartenait alors au parti des mécontents; l'empereur avait oublié, le jour de son couronnement, de lui envoyer le grand cordon.

— Eh bien , ma charmante, nous avons donc été blessée par une vilaine corde?

— C'est de votre faute, général, car vous répondez de la négligence des machinistes.

— Bah! bah! avouez-le, vous faites beaucoup de bruit pour rien.

— Comment ! si un cordon qui ne vous arrive pas vous fait tant de mal, pourquoi voulez-vous qu'une corde qui m'arrive ne m'en fasse pas ?

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