CHAMPCENETZ
Une demoiselle Dufay débutait à lOpéra-Comique (alors Favarl) ; elle avait choisi le rôle de Lucctle, dans l'opéra de la
Fausse Magie, pour le morceau de chant qui commence le second acte :
Comme un éclair la fausse espérance...
ce qui avait fait donner à cet air le nom de l'éclair. Champcenetz était à la porte du balcon, appuyé contre une colonne; il écoulait en bâillant, lorsque M. de Narbonne, qui s'intéressait à ce début, arrive tout essoufflé et dit à Champcenetz :
— Mademoiselle Dufay a-t-elle chanté comme îin éclair?...
— Non, mon cher, comme une dinde , répondit le brutal.
Dugazon, pérorant au milieu d'un groupe de grands seigneurs, disait avec une suprême impertinence :
— Nous autres, qui ne pouvons soufl'rir ni le peuple ni la canaille...
— Hum ! nous! nous! s'écria Champcenetz intervenant.
— Que trouvez -vous là d'extraordinaire? demanda Dugazon.
— C'est un pluriel qui me semble singulier.
CHAMPMÉLÉ
La Champmélé demandait à Racine d'où il avait tiré Athalie.
— De l'Ancien Testament, répondit-il.
— De l'Ancien Testament? répliqua l'actrice. Eh ! maisn'avaisje pas ouï dire qu'il y en avait un Nouveau ?
Lorsque la Champmêlé eut sacrifié Racine au comte de Clcrmont-Tonnerre, on fit le quatrain suivant :
A la plus tendre amour elle fut destinée, Qui prit longtemps racine dans son cœur; Mais, par un insigne malheur.
Le tonnerre est venu qui l'a déracinée.