‹ L'esprit au théatreChapitre 60 sur 308 · CHAMPCENETZ · texte numérisé non relu

CHAMPCENETZ

Une demoiselle Dufay débutait à lOpéra-Comique (alors Favarl) ; elle avait choisi le rôle de Lucctle, dans l'opéra de la

Fausse Magie, pour le morceau de chant qui commence le second acte :

Comme un éclair la fausse espérance...

ce qui avait fait donner à cet air le nom de l'éclair. Champcenetz était à la porte du balcon, appuyé contre une colonne; il écoulait en bâillant, lorsque M. de Narbonne, qui s'intéressait à ce début, arrive tout essoufflé et dit à Champcenetz :

— Mademoiselle Dufay a-t-elle chanté comme îin éclair?...

— Non, mon cher, comme une dinde , répondit le brutal.

Dugazon, pérorant au milieu d'un groupe de grands seigneurs, disait avec une suprême impertinence :

— Nous autres, qui ne pouvons soufl'rir ni le peuple ni la canaille...

— Hum ! nous! nous! s'écria Champcenetz intervenant.

— Que trouvez -vous là d'extraordinaire? demanda Dugazon.

— C'est un pluriel qui me semble singulier.

CHAMPMÉLÉ

La Champmélé demandait à Racine d'où il avait tiré Athalie.

— De l'Ancien Testament, répondit-il.

— De l'Ancien Testament? répliqua l'actrice. Eh ! maisn'avaisje pas ouï dire qu'il y en avait un Nouveau ?

Lorsque la Champmêlé eut sacrifié Racine au comte de Clcrmont-Tonnerre, on fit le quatrain suivant :

A la plus tendre amour elle fut destinée, Qui prit longtemps racine dans son cœur; Mais, par un insigne malheur.

Le tonnerre est venu qui l'a déracinée.

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