CHAVANGES
Le baron de Chavanges, plus habile à manier l'épée que la plume, dit M. .lousiin de Lasalle dans ses très-intéressants Souvenirs dramuiiques, tenait cependant à se faire auteur, et
l'eSPBIT au théâtre 83
voici le moyen qu'il employa. Un malin, il va trouver Maurice Allioy, lui fait part de son projet et lui demande le sujet d'un vaudeville, lui disant que, peu habitué à la versification, il se chargeait d'écrire la pièce, et que lui, Maurice, en ferait les couplets. Ce dernier lui raconte une anecdote arrivée à deux étudiants et, tout en causant, lui fait un scénario. Chavanges, enchanté, quitte Maurice et vient me trouver.
— Il faut, mon cher, me dit-il, que vous me rendiez un service. Je tiens beaucoup à faire une pièce, mais j'ai peu l'habitude d'écrire pour le théâtre ; cependant, j'ai fait quelques couplets en ma vie, et, si vous le voulez, vous vous chargerez de la prose, et moi des couplets.
Là-dessus, il me fait connaître le scénario et le titre de l'ouvrage, l'Avocat et le Médecin. Je fis avec plaisir ce qu'il me demandait, et, tous les matins, il venait chez moi, prenait les scènes écrites qu'il portait chez Maurice Alhoy, et me les rapportait le lendemain avec des mots et des couplets fort piquants et bien tournés. La pièce achevée, je la lis à Merle, à qui Maurice en avait déjà parlé. En sortant de son cabinet, nous rencontrons précisément ce dernier.
— Eh bien, mon cher, je vous fais mon compliment, lui dit Merle, Jousiin vient de me lire l'Avocat et le Médecin; c'est fort gentil.
— Mais Maurice n'y est pour rien, dis-je assez surpris ; j'ai fait la pièce avec Chavanges.
— J'allais justement vous en dire autant, me répond Maurice.
— Comment! c'est donc vous qui avez fait les couplets?
— Oui, et vous la prose?
— Assurément.
— Et Chavanges les courses, ajouta Merle : c'est ainsi que cela se fait souvent.
Voilà comment Chavanges fut auteur.