AVANT-PROPOS. XI
les composent. Sans cette proportion régulière qu'inspire et que demande la nature , toutes ces parties ne présentent qu'une masse informe, qui choque et qui déplaît.
Comment éviter ces différents écueils ? — Ce ne peut être qu'en préférant d'abord les pensées solides à celles qui ne sont que brillantes. En effet, la vérité n'est que trop souvent étouffée sous ces pensées qui n'ont qu'un éclat passager.
(( Ces tours agréables qui ne plaisent que par leur grande délicatesse, ne font aucune impression sur l'esprit ni sur le cœur, et ne laissent le plus souvent qu'un souvenir général, qu'on a été charmé de ce qu'on a lu, sans savoir pourquoi (1) . »
Les pensées vraies et justes, lorsqu'elles sont noblement exprimées, portent au contraire la conviction avec elles, entraînent notre jugement, et se' gravent profondément dans nos cœurs. On atteint ce but, lorsqu'on les place, autant qu'on le peut, dans un ordre qui les rend moins indépendantes et moins étrangères les unes à l'égard des autres.
Un recueil oii les pensées d'un auteur seraient prises au hasard, placées sans suite, un recueil oii tout serait comme haché et dans une espèce de confusion, ne remplirait donc pas l'attente des
(l) Dupin, Bibliothèque ecclésiastique y t. V.