CHAPITRE XII
aussi bien à la durée de l’usage des palliatifs qu’à la dose plus ou moins exagérée à laquelle on les administre. Lorsqu’on demande la raison de cette observation pratique, de l’exaltation des maladies chroniques traitées par l’usage des palliatifs ou remèdes antipathiques, on la trouve exprimée parla réaction de l’organisme, lequel s’y oppose naturellement par les efforts qu’il ne cesse de faire pour produire des effets contraires à ceux qu’amènent après eux les remèdes palliatifs.
L’auteur de l’homœopathie déclare la méthode allopathique encore plus absurde et plus nuisible que la méthode vicieuse antipathique; outre que l’on y emploie les remèdes produisant des effets morbifiques étrangers aux symptômes des maladies, c’est-à-dire qui ne sont ni semblables ni contraires, elle prédispose les maladies chroniques à s’irriter davantage sous Faction des remèdes faux et nuisibles auxquels elle a recours. Les partisans de la méthode antipathique suivent au moins une route que l’on a vantée dans tous les temps comme loi de la nature (la vieille règle contraria contrariis), en ce qu’elle se remarque dans les corps inanimés, et en ce que l’amélioration éphémère, reçue par les malades de l’action des palliatifs, lui donne l’apparence de la vérité ; mais la méthode allopathique n’a pour elle aucune base réelle ; elle n’offre rien en elle-même qui puisse, je ne dis pas séduire, seulement flatter le patient ni ceux qui l’entourent, et cependant elle est adoptée et sui-
vie par la plupart des médecins. On ne peut raisonnablement le contester : vouloir traiter les maladies selon la méthode allopathique , c’est se déclarer ennemi de la vérité. Les remèdes qu’elle prescrit ont été imaginés , disons mieux , ont été crus utiles , quand ils sont en opposition manifeste avec l’observation pratique.
Il est de fait que l’on ne connaît pas encore en médecine les véritables effets des remèdes , par la raison qu’ils n’ont pas été, d’abord, expérimentés jusqu’ici sur l’homme sain, sur l’homme à l’état normal. Gela n’empêche point les médecins allopathes de les prescrire plus souvent qu’on ne se l’imagine, confusément deux à deux, trois à trois dans les recettes ordinaires. On en fait différentes compositions et on les applique à des maladies peu ou point connues, le plus habituellement mal examinées , sur la simple donnée d’ouvrages de thérapeutique ou de matière médicale écrits dans le cabinet et dans des vues générales. Or, qu’obtient-on de cette dégoûtante pratique , comme s’exprime Hahnemann , d’ordonner l’usage d’ingrédients inconnus, mêlés au caprice? On assoupit les maladies chroniques sans espoir de les guérir jamais, on les traîne en longueur pendant qu’on sollicite de nouvelles maladies par de fausses médications qui viennent aggraver la première infirmité. Cette erreur, il faut le dire , n’est point récente; elle remonte à ces vieilles écoles où l’on enseignait non-seulement à diviser les maladies