‹ L'esprit de saint François de SalesChapitre 29 sur 34 · LIVRE SEIZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEIZIÈME

DE li'OBEISS AUrCE

Yin-''p'rsect.i. CHAPITRE PREMIER. vuS'î!:;' cî* i. En quoi consiste la yertu d'obéissance.

L'excellence de l'obéissance ne consiste pas seulement à suivre les volontés d'un supérieur doux , qui prie plutôt qu'il ne commande , mais à se soumettre volontiers et pour Dieu à des ordres rudes et sévères. C'était le sentiment du Bienheureux. Il désirait, il est vrai , que ceux qui conduisaient les âmes les gouvernassent en pères , non en maîtres, et c'est ainsi qu'il faisait lui-même usage de son autorité, avec une incomparable douceur; mais il voulait cependant de la ligueur dans ceux qui commandent ; et il désapprou-

vail, dans les inférieurs , celle délicalesse qui les rend impalienls lorsqu'on leur commande avec autorité.

Une lime rude, disail-il, ôle mieux la rouille et polit mieux qu'une moins mordanle. On se sert de chardons piquants pour rendre les draps plus lisses et plus fins. C'est à force de coups de marleau qu'on donne à une lame d'épée toute sa perfeciion.

L'indulgence des supérieurs , lorsqu'elle est excessive, peut causer de grands désordres parmi les subordonnés. Quand un supérieur commande avec tant de douceur, outre qu'il compromet , ou du moins ne fait pas assez respecter son aulorilé, il attire de plus tellement à lui l'afTeclion des inférieurs, que souvent, sans y penser, il la dérobe à Dieu. Ils obéissent à l'homme qu'ils aiment et parce qu'ils l'aiment, plulôt qu'à Dieu dans l'homme et parce qu'ils aiment Dieu. Celte subslitulion est l'elTet presque inévitable de la douceur du commandement. La sévérilé d'un supérieur austère éprouve mieux la fidélité d'un cœur qui aime Dieu véritablement. Ne trouvant rien de suave dans le commandement , que la douceur d'obéir par le motif du divin amour , son obéissance est d'aulant plus parfaite que l'intention est plus pure, et portée plus immédiatement à Dieu.

Le Bienheureux ajoutait cette comparaison : Obéir à un supérieur chagrin, de mauvaise humeur, à qui rien ne plaîl, c'est puiser une eau limpide dans une fontaine coulant par une gueule de lion ; c'est, suivant l'énigme

de Samson, tirer la nourrilare de celui qui dévore et la douceur de la bouche du fort (0, parce qu'alors on ne regarde que Dieu dans le supérieur.

CAMUS, /^HiDITnr' Il COLLOT ,

l"p.,secl. XV. tiilx-Arl 1 uli 11. I" p. , chap. XIII.

De l'obéissance des supérieurs.

— Mon père, luidemandai-je un jour, les supérieurs peuvenl-ils pratiquer la vertu d'obéissance?

— - Il nie répondit : Ils le peuvent beaucoup mieux ef plus méritoirement que les subordonnés.

Cette réponse m'étonna et je le priai de me l'expliquer.

— Ceux qui sont obligés à l'obéissance, reprit-il, ne dépendent pour l'ordinaire que d'un supérieur , au commandement duquel ils doivent exclusivement obéir. Les supérieurs ont leurs coudées plus franches , et peuvent obéir même en commandant. Si , considérant que, placés à h tête âes autres par la volonté de Dieu qui leur ordonne de commander , ils commandent en effet pour se soumettre à cet ordre divin , qui ne voit que leur commandement est alors un acte manifeste d'obéissance? Cette sorte d'obéissance , les souverains peuvent eux-mêmes la pratiquer; car Dieu est leur supérieur, et ils lui doivent compte de leurs actions. Ajou-

(1) Judic, XIV, 14.

tez qu'il n'y a pas de puissance sur la terre qui ne reconnaisse, même ici-bas, une supériorité quelconque, au moins dans l'ordre spirituel et pour la direction de la conscience.

Mais, il y a un degré d'obéissance bien plus haut auquel peuvent s'élever tous les supérieurs ; c'est celui que conseille saint Pierre, quand il dit : Soyez soumis à toute créature pour Jésus-Christ (i). C'est par cette obéissance universelle que nous nous faisons tout à tous , pour gagner tout le monde à Jésus-Christ ('2). C'est par ^le que , prenant le prochain , quel qu'il soit , pour notre supérieur, nous nous faisons pour Notre Seigneur, les serviteurs de tous (^).

Le Bienheureux pratiquait celte obéissance avec exactitude; voilà pourquoi, lorsqu'une personne l'abordait, il avait en sa présence l'air d'un inférieur devant son supérieur. 11 ne congédiait jamais. Jamais il ne refusait de parler, d'écouter, de se prêter à l'examen des détails qu'on soumettait à son jugement. Jamais il ne donnait le moindre signe d'ennui, d'inquiétude, d'impatience, quelque importuné qu'il fut, quelque temps qu'on lui fil perdre.

Son grand mot était : « Dieu me veut ainsi , il veut » cela de moi; que me faut-il de plus? Tandis que je » fais cette action, je ne suis pas obligé d'en faire une

(1) I Pet. II, 15.

(2) 1 Cor. IX, 22.

(3) II Cor. IV, 5.

» autre. Noire centre est la 1res sainte volonté de » Dieu ; hors de là ce n'est que trouble et empresse- » ment. »

XVl'p., secl. XLVH. CHAPITRE 111. XVI* p., chap. ixiV.

H faut commander par obéissance. — Suile du sujet précédent.

Une fille de la Visitation, que l'on destinait à être supérieure dans un monastère de l'ordre , se plaignait au Biei. heureux, en disant qu'on lui faisait perdre le mérite de l'obéissance, en l'élevant à la su|'ériorité. « Tant » s'en faut, ma lille, lui répondit -il, qu'au contraire il » vous sera extrêmement multiplié. Car, si vous de- » meuriez en l'état de sujétion , vous n'auriez que le » fruit de l'obéissance qui vous serait imposée par la » supérieure; mais étant supérieure vous-même, au- » tiuit de commandements vous ferez à vos filles, se- » ront pour vous autant d'obéissances. »

La religieuse, étonnée de ce discours, lui en demanda l'explication. « Voyez-vous, ma fille, lui dit-il, n'est-ce )> pas Dieu qui , par l'élection qu'il fait de votre per- » sonne pour commander à une communauté, vous or- » donne de commander? En obéissant donc à ce com- » mandement , et en acceptant humblement la charge » qui vous est imposée, ne voyez-vous pas que , cora- » mandant par obéissance , tous vos commandements » pour autrui seront des obéissances pour vous? »

Au reste , je vous félicite d'entrer en charge avec cette aversion pour comman.ler, cl avec ce grand amour pour l'obéissance, parce que celle disposition vous fera commander par amour de Dieu et pour cet amour; l'amour divin rendra léger pour vous le fardeau du commandement, et suave pour les autres le joug de Tobéissance.

« Noire inclination naturelle, a dit le Bienheureux » dans un de ses entretiens , nous porte au désir de » commander, et nous donne une aversion d'obéir, et » néanmoins il est certain que nous avons beaucoup » plus de capacité pour obéir que pour commander. »

CAMrS, rilADlTRF IV COLLOT,

V»p., sect. XII. L.tlArlll\C* IV. v»p.,ch. V.

Il faut obéir aux puissances légilimes. — Exemple.

Le duc de Savoie , pressé par des besoins publics , avait demandé au pape et obtenu un bref qui autorisait ce prince à imposer les biens ecclésiastiques dans ses Etats. Ce bref avait été envoyé aux évéques afin que chacun, dans son diocèse, répartit l'impôt suivant le revenu des bénéfices.

Le Bienheureux fit en conséquence assembler les bénéficiers de son diocèse pour en conférer avec eux; mais, les voyant peu disposés à obtempérer aux ordres du pape , les uns et les autres appuyant leur opposilio

sur des excuses trop faibles pour entrer en balance avec les molil's de la demande , il en fui péniblemenl affecté. Cédant alors à l'impulsion de son zèle pour la maison de Dieu et celle de son prince : Messieurs, leur dit il , quand les deux souverains s'accordent à nous faire le même commandement, nous convient-il d'alléguer des raisons pour ne pas obéir? Est-ce à nous de pénétrer leurs conseils , et de leur demander compte de leurs ordres?

Quoi! nous déférons non -seulement aux arrêts des cours souveraines, mais encore aux sentences des moindres juges, sans nous enquérir de leurs motifs, et, quand deux autorités suprêmes prononcent, nous examinerions leurs ordres comme des inquisiteurs ! Pour moi, je vous le déclare, je ne puis ni partager vos sentiments ni les approuver.

Oh ! que nous sommes éloignés de la perfection de ces chrétiens à qui saint Paul rendait ce témoignage : Vous avez vu avec joie tous vos biens pillés , sachant que vous aviez d'autres biens plus précieux et qui ne périront jamais (')/ Et pourtant ces chrétiens n'étaient que de simples fiJèles. Saint Paul , vous le savez , parlait de l'injuste spoliation de leurs biens; et vous, vous ne céderiez pas une portion des vôtres pour venir au secours dapùre de la patrie, de notre bon prince , de celui au zèle duquel nous devons le rétablissement de la religion

(!) Heb. X, 34.

catholique dans les trois bailliages du Chablais, et dont les plus grands ennemis sont les adversaires mêmes de notre foi !

Noire ordre n'est-il pas le premier des trois qui composent les Etats de tous les princes chrétiens? Est-il rien de plus jus*e que de contribuer de nos revenus comme de nos prières, à la défense des autels, de notre repos, de notre vie, avec le peuple qui, pour cela, prodigue ses biens, et la noblesse sou sang? Souvenezvous des guerres passées, et craignez que votre ingratitude et votre désobéissance ne vous replongent dans de pareils maux.

A ces paroles, le Bienheureux joignit l'exemple; il se taxa si haut que sa contribution était excessive pour son revenu. Personne alors n'osa plus résister, et Ton eut honte d'avoir fdit une si déraisonnable opposition.

C'est ainsi qu'il obéissait et qu'il apprenait aux autres à obéir. Egalement puissant en paroles et en œuvres, ses exemples et ses discours portaient au bien, et il pouvait dire à tous , comme Gédéou à ses soldats : Faites ce que vous me verrez faire (0.

(1) Judic. VII, 17.

CAMPS. niADiTnr v collot,

lll«p.,8ecl. XXXT. L-IlAnmCj v. Ill«p.,ch. xix.

Ce que c'est qu'un bon supérieur.

Le Bienheureux distinguait quatre sortes de supérieurs : i° ceux qui sont à la fois indulgents pour euxmêmes et pour les autres; 2° ceux qui sont également sévères pour les autres et pour eux-mêmes ; 3** ceux qui, rigides pour eux, sont pour les autres pleins d'indulgence; U"" enfin, ceux qui, rigides pour autrui, sont indulgents pour eux-mêmes.

Il appelait les premiers négligents, libertins, c'est-àdire trop amis de la liberté , parce que , disait-il , peu occupés de leurs devoirs, ils laissent perdre les âmes, faute de direction , semblables à un pilote qui abandonne son navire à la merci des flots. Ce sont, dit l'Ecriture , des idoles qui ont des yeux et ne voient pas , des oreilles et n'entendent pas, des pieds et ne marchent pas, une langue et ne parlent pas('). Ce sont des chiens muets qui ne savent aboyer ni contre les vices ni contre les erreurs i^).

Les seconds donnent dans de fâcheux extrêmes, et trop souvent ils gâtent tout en voulant trop bien faire. Il est bon de tenir la bride haute pour empêcher un

(I) Zach. XI, 17.

(a) U. LVl , 10.

cheval de broncher, mais encore ne faut-il pas l'empêcher de marcher. Si le supérieur, qui doit êire le modèle des subordonnés, leur doit l'exemple de la douceur, comment le leur donnera-l-il, s'il appartient à cette seconde classeV Pour qui sera-t-il doux, s'il est pour lui-même d'une rigueur outrée?

Les troisièmes sont les plus excusables, parce que leur conduite s'éloigne moins de l'exacte justice. Ils ont jusqu'à un certain point raison d'interpréter toujours favorablement les actions du prochain, que l'on ne connaît jamais parfaitement, et de se juger eux-mêmes plus sévèrement, parce qu'ils se connaissent mieux.

Quant à ceux de la quatrième classe, ils sont manifestement injustes. Nouveaux pharisiens , ils imposent aux autres des fardeaux qu'ils ne voudraient pas toucher du bout du doigt (0. Aussi Notre Seigneur leur dit-il : Médecins, guérissez-vous vous-mêmes , et ôtez la poutre qui est dans votre œil avant de penser à ôter la paille qui est dans l'œil de votre frère (2).

Outre ces quatre classes de supérieurs, il y en a une cinquième, celle de la sainte égalité. Dans celle-ci, les supérieurs suivent ce grand précepte de la loi : Faites à autrui ce que vous voudriez qui vous fut fait. Traitez les autres comme vous voudriez être traité, comme vous vous traitez vous-même i^), en observant toutefois les règles

(!) Luc, IV, 23.

(2) Mail, vu, 5.

(3) Tob. IV, 16. — MaU. vu, 12.

de la prudence chrétienne. Le Bienheureux eût désiré que les quatre classes précédentes se fomlissenl en celleci. c'est-à-dire dans celle des supérieurs selon le cœur de Dieu.

CAMrs. rfïAPlTRP VI collot,

1X*p.,secl. XVII. »-.liai llULi VI. IX*p.,ch. TI.

L'esprit d'obéissance fait respecter les siipériears , quels qu'ils soient.

Des religieux se plaignaient au saint Evêque qu'on leur eût donné un supérieur ignorant, à la place d'un aulre qui les traitait trop rudement, et doni ils lui avaienl fait aussi diverses plaintes. Gomment fiuidra-t il donc vous traiter, répondit le Bienheureux? « Il (iiut, sans » doute , désirer de bons et capables supérieurs; » mais pourtant il faut les souffrir tels qu'ils sont. »

Un de ces religieux , ajoutant l'injure à la plainte , osa comparer le premier de ces supérieurs à un cheval et le second à un âne. Le Bienheureux, le reprenant avec douceur : Ce sarcasme , lui dit-il , est une injure grossière. 11 ne faut jamais parler ainsi des supérieurs, quels qu'ils soient. Dieu veut qu'on obéisse , même à ceux qui sont rudes et fâcheux (*), et celui qui résiste à l'autorité résiste à l'ordre de Dieu (2).

Et puis , pensez-vous , ajouta-t-il , qu'il ne soit pas

(l)i Pelr- II, 18.

(2) Rom. xm, 2.

au pouvoir de Dieu de donner le don d'intelligence à l'homme le plus dépourvu d'esprit? Dieu n'est-il pjis le Dieu de la science? Et n'est-ce pas lui qui l'enseigne à tous les hommes? La science des saints, c'est la science du salut; science souvent plutôt communiquée à ceux qui sont dépourvus de la science qui enfle, qu'aux savants trop épris d'estime pour un vain savoir. Quand il éleva Saûl sur le trône d'Israël, en quel état était ce prince? Il gardait alors dans les pâturages les ânesses de son père. « Que si Balaam fut bien instruit par une » ânesse, à plus forte raison devez vous croire que » Dieu, qui vous a donné ce supérieur, fera qu'il vous » enseignera selon sa volonté, bien que, peut-être , ce » ne sera pas selon la vôtre. »

Ces paroles sont tirées de V Entretien onzième; j'ai cru pouvoir les adapter au fait que je rapporte dansée chapitre.

Au reste, ajouta-l-il, il me revient que cet homme est plein de douceur; que, s'il n'en sait pas davantage, il n'en fait pas moins bien, et que son exemple supplée au savoir qui lui manque. « Il vaut mieux avoir un su- » périeur qui fasse le bien qu'il ne dit pas, qu'un autre » qui dise le bien qu'il faut faire, mais qui ue le prati- » que pas. »

vn.V.;'-t.x. CHAPITRE VII. ^vn'pThlv.

Se faire obéir sans violence.

Tout par amour et rien par force, était la grande maxime qui réglait le gouvernement du Bienheureux. Il m'a dit souvent que ceux qui prétendent forcer les volontés, exercent une tyrannie extrêmement odieuse à Dieu et aux hommes. Il ne pouvait approuver ces esprits absolus qui veulent que tout cède à leur empire , bon gré malgré. « Celui, disait-il, qui aime à se faire craindre, » craint de se faire aimer, et lui-même craint plus que » tous les autres; car les autres ne craignent que lui, » mais lui craint tous les autres. Necesse est ut mul- » ^05 timeaty quem muUi liment (^). » Il disait aussi très souvent : « Dans la galère (vaisseau) royale de l'amour » divin, il n'y a point de forçat, tous les rameurs y sont » volontaires (^). »

Dans son Théolime, il fait ainsi parler l'âme attirée à la suite de l'époux sacré : « Que personne n'estime » que vous m'alliez tirant après vous comme un esclave » forcé!... Ah! non, vous m'attirez à l'odeur de vos » parfums. Si je vous vais suivant, ce n'est pas que vous » me traîniez, c'est que vous m'alléchez. Vos attraits

(1) Syrus Mim. Sentent, v. 192.

(2) Tbéot. liv. I, ch. 6.

» sont puissants, mais non pas violents, puisque toute » leur force consiste dans leur douceur. Les parfums » n'ont point d'autre pouvoir, pour attirer à leur suite, >» que leur suavité, et la suavité comment pourrait elle » attirer, sinon suavement et agréablement (^)? »

Voilà pourquoi il ne faisait de commandement soi! à ses domestiques soit à ses diocésains, que par forme d'invitation ou de prière. Pjî5se^ le troupeau de Dieu, non pir conlraiîilej mais librement et volontairement (-) : Ces paroles de saint Pierre lui étaient chères, et il les répétait fréquemment. 11 voulait que dans le gouvernement des âmes, on se comportât , comme Dieu et les anges, par inspiration , illumination , insinuation , remontrances, prières , sollicitation ; que , comme l'époux , on frappât à la porte des cœurs, en la poussant doucement pour l'ouvrir, afin que, si l'ouverture se faisait, on y introduisit le salut avec joie, et que si, au contraire, on la refusait, on supportât ce refus avec douceur.

Gomme je me plaignais un jour au Bienheureux des résistances que je rencontrais dans mon diocèse, pour l'établissement du bien : Vous avez l'esprit trop absolu, me dit-il ; vous voulez marcher sur les ailes des vents , votre zèle vous transporte et vous égare. Voulez-vous faire plus que Dieu ? Voulez-vous gêner la liberté de ses créatures ? Vous tranchez comme si les volontés de vos

(1) Théol. liv. II, cliap. 13.

(2) I Pel. V, 2.

diocésains étaient toutes dans votre main. Dieu n'agit pas ainsi ; quoiqu'il ait tous les cœurs d ms la sienne, il souffre les résistances, les rébellions, les mépris Plutôt que de les sauver malgré eux, il laisse perdre ceux qui, par un endurcissement volontaire, s'amassent des trésors de colère pour le jour terrihle des justices. Il continue néanmoins, jusqu'au dernier moment, de les porter au bien, quoiqu'ils rejettent ses inspirations, et qu'ils lui disent : Retirez-vous, nous ne voulons point marcher dans vos voies.

Nos anges gardiens l'imitent , et, quoique par nos iniquités nous abandonnions le Seigneur, ils ne nous délaissent point eux-mêmes pour cela. Voulez-vous de meilleurs exemples pour régler votre conduite?

T.p.,'*eculxvii. CHAPITRE VIIL y%':':l\.

Comment il faut commander aui domestiques.

Jamais le Bienheureux n'adressait à ses domestiques des paroles dures , des reproches mortifiants, des menaces. Quand ils faisaient des fautes, il les reprenait avec tant de douceur, qu'ils se corrigeaient aussitôt par amour pour un maître si bon.

Je lui disais un jour, en parlant des domestiques, que la familiarité avec eux attirail leur mépris. — Oui, me répondit-il , la familiarité indécente, grossière, répré-

hensible; mais non celle qui est civile, cordiale, honnête, vertueuse, parce que celle-ci, procédant d'un sentiment d'amour, suppose toujours de l'estime et du respect pour la personne aimée.

— Il faudra donc, repris-je, laisser toutà l'abandon, et leur permettre d'agir comme ils voudront.

— Non, répliqua-t-il ; je veux dire seulement qu'il faut agir avec charité, et qu'alors la conduite avec les domestiques sera tout à la fois pleine de discrétion , de prudence, d'équité , de modération , aussi bien que d'humilité, de patience, de douceur et d'indulgence.

— Ce que je puis dire au sujet des domestiques , ajouta-t-il , c'est qu'ils sont notre prochain et d'humbles frères que la charité nous oblige d'aimer comme nousmêmes. Aimons-le donc comme nous-mêmes , ce cher prochain, ce prochain qui nous est si proche, si voisin, qu'il vit avec nous sous le même toit et du même pain. Traitons-le comme nous voudrions être traités, si nous étions à sa place et de sa condition. Voilà la meilleure manière de se conduire avec les domestiques.

Il ne faut pas, il est vrai, dissimuler leurs fautes, quand elles sont notables , ni leur épargner une juste correction ; mais il ne faut pas non plus méconnaître les services qu'ils rendent. 11 est même à propos, pour les animer au bien, de leur témoigner qu'on est satisfait, qu'on a conflance en eux , qu'on les regarde comme des frères, des amis, et qu'on leur porte un sincère intérêt. Conune un coup de vent dans les voiles d'une galère

la fait plus avancer que cent coups de rames, ainsi un moldamilié, une marque de bienveillance, rendront un domestique plus exacl à son service que plusieurs coramandemeuls auslères, absolus, meuaçanls.

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