‹ L'esprit des betes (volume 3)Chapitre 2 sur 19 · ERRATUM · texte numérisé non relu

ERRATUM

L'auteur avoue ingénument que la plupart des fautes contenues en ce livre sont de lui, non de son imprimeur, et que le présent erratum a pour unique objet d'appeler sur icelles l’'indulgence du lecteur.

La plus grave de ces fautes, la plus irrémnssible, hélas! est de n'avoir pas su faire tenir dans le second volume toute la seconde moitié du MoxpE DES OIsEaux.… Impuissance désastreuse et qui accuse impitoyablement la double misère de l’auteur : misère de Fesprit qui ne lui a pas permis de faire plus court ; misère de la bourse qui l'a forcé d'entrer dans des considérations mesquines sur le rapport des prix de revient et de vente du papier imprimé, lui a interdit de pousser trop généreusement à la page, et l’a réduit finalement à la nécessité douloureuse de couper son récit à l'endroit le plus dramatique et de rentoyer à une troisième partie l’histoire si intéressante des Rapaces, ensemble le tableau synoptique de la classification nouvelle si impatiemment attendu.

Peut-être quelques lecteurs, mécontents de la mesure, seront-ils disposés à attribuer les torts de cette dis-

vi ERRATUM,

Jonction imprévue à la complaisance abusive avec laquelle l’auteur se serait livré, au début de ce volume, à la démonstration de la supériorité de sa méthode de classification ornithologique ; démonstration complétement superflue et que personne ne lui demandait, au contraire. Peut-être les moins bienveillants, les plus enclins à l'épigramme, essaieront-ils de prouver à leur tour qu'il y avait à économiser sur ce chapitre seul de quoi faire une large place à tous les Rapaces de la terre. L'auteur n'entend contester aucunement mi la justesse de la censure ni la sagesse de l’économie demandée. Il a seulement à objecter, en manière d’excuse, à tous les reproches de la critique... qu’en ce temps là il s'était laissé enivrer par les vaines famées de la gloire; que la noble ambition de gagner le grand prix d’histoire naturelle, fondé par Georges Cuvier, l'avait mordu au cœur (un prix de cinq mille francs qui représentait pour lui, outre la gloire, la possession d'un nombre illimité d'hectares sur les rives parfumées du Rio- Trinity ou du Rio-Brazos) et que, dans l'honorable but de conquérir lestime des savants et de se rendre ses juges favorables, il avait dù naturellement insister sur la partie la plus scientifique de son œuvre, etc., etc. Il prie de considérer encore que chacun 1ici-bas cherche à gagner son prix comme il peut et non comme il veut, et que tout le monde n’a pas les moyens de concourir pour celui de Sagesse, ainsi que ce bon jeune homme de l'Ecole normale dont le nom appartient à la troisième déclinaison et fait au gémitif Uarnis. Après cela, que celui qui n’a jamais rêvé de gagner un grand prix à l'Institut, ou un quaterne à la loterie, lui jette la première pierre.

ERRATUM. vil

Quant aux erreurs matérielles concernant le classement des espèces, l’auteur n’a jamais eu la sotte pré tention de les avoir évitées toutes. Il affirme seulement, avec sa réserve habituelle, qu'on en trouvera chez lui beaucoup moins que partout ailleurs, dix fois moins par exemple que dans le Manuel de Temmyncek, qui fait loi aujourd’hui en matière ornithologique. Il n’oserait pas jurer qu'il a suivi rigoureusement et de tout point, dans la distribution de ses séries, l’ordre établi par Dieu, et que son travail est un daguerréotype exact des plans du Créateur ; mais 1l ame néanmoins à se rendre cette justice qu'il a serré cet idéal de plus près que tous ses concurrents, et que s'il a erré par hasard, ce n’est pas par orgueil et parce qu'il n’a pas voulu voir, mais bien parce qu'il n'a pas vu.

Puis, s'il a erré, 1l sait où, et même il ne craint pas de renseigner à cet égard la critique vétilleuse. Peutêtre, par exemple, a-t-1l eu tort de placer d'autorité le Jaseur parmi les Granivores purs, pour faire pièce à Temmynck qui colloque cette espèce parmi les Omnivores, entre les Corbeaux et les Geais. Mais où serait le mal, si en osant ainsi, il avait relevé un défaut de la science? L’analogie est.‘ de sa nature, oseuse, et il ne faut pas la reprendre de ses légers écarts avec trop de sévérité. Si la poésie à l'air d’être morte à l’époque où nous sommes , C'est qu’elle n'ose pas oser, et qu’elle attend probablement que l'analogie la réveille.

D'autres encore pourront dire qu'à la place de l'auteur ils auraient fait marcher la Grive à la suite du Bec-figues, ou bien le Troglodyte après le Traine-buisson, etc. L'auteur répond d'avance à toutes ces criti-

ques de détail qu'il ne demande pas mieux que de voir +

Page 1