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l'esprit des Orientaux

Le spectacle du monde, le retour de Tàme sur ellemême, Texcitation religieuse, le sentiment du plaisir et l'intérêt, le respect ou Tamour de la vertu, ont fait naître en Orient, comme ailleurs, des idées de génie et des idées ingénieuses, des réflexions très-graves et de comiques, des pensées sublimes, médiocres, basses, judicieuses, folles, fines, subtiles, naïves ou sottes. L'espèce humaine est partout de nature semblable; comme dit l'Italien : « Tout le monde est fait comme notre famille. »

IMRODLCTION

On peut voir, par échantillon, dans les pages qui suivent, 1 esprit d'un assez grand nombre de gens qui ont vécu ou qui vivent loin de nous : Arabes, Arméniens, Assyriens, Carthaginois, Chinois, Egyptiens d'autrefois et d'aujourd'hui, Juifs d'avant et d'après l'ère chrétienne. Japonais, Javanais, Malais, Mendaites, Indiens, Phéniciens, Perses et Persans, Talars, Thibétains et Turcs. Devant les uns et devant les autres se sont posés les mêmes problèmes, oflertes les mêmes solution^, produites les mêmes vérités, étalés les mêmes paradoxes dont nous admirons la variété dans le coin df l'univers que nous nommons l'Europe.

Salomoii et Confucius parlent tous deux coma-e Cicéron d'une grande loi morale universelle qui est 1<* fonds de l'esprit humain : en Chine et dans l'Inde, comme à Paris, il y a des philosophes pour nier cette loi, d'autres pour la représenter comme émanant de Dieu, d'autres encore pour voir en elle Tefflorescence spontanée de lùme, ou le patrimoine immanent de l'humanité.

Les prêcheurs de morale et les catéchistes de l'immoralité se retrouvent en tout endroit ; il n'y a pas jusqu'à notre innocente Morale en action, si connue de la jeunesse, qui n'ait son analogue à Pékin, dans un Recueil des m au' i mes, réf exions et exemi^es à Vnsogr des écoles du Céleste Empire. Les questions sociales et les questions religieuses que nous croyons les plus neuves, ou qui ne nous semblent pouvoir être un sujet de polémique que parmi nous, sont parfaitement débattues au Japon. Les hommes d'un bon sens pratique, les hvpocondres, les sceptiques ne manquent nulle

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part : on trouvera de tout si Ton parcourt cm recueil. On y apercevra de nu''me (|ue les principes de l'ordre ont été formulés dans des idiomes qui sont, pour ainsi dire, le lan^a|j;e de nos antipodes, et ({ue les germes du progrès, partout dispersés, Icvenl en tout endroit comme une semence généreuse.

Cette vérité si simple est pouilant contredite par l'orgueil, la prévention ou l'esprit de système. De ce (|ue les formes produites ne sont pas sous tous climats entièrement les mêmes, on a conclu que les pensées originaires n'étaient pas identiques ; on a pris comme fondamentales des dilVéïeni'CS accidentelles; sur des exagérations passagères ou individuelles, on a jugé de l'esprit des masses. Les observateurs de bonne foi et ceux qui pénètrent un peu au delà des premières apparences font aisément justice de ces visées. Jacquemont écrivait de Mundlesir, sur les bords de la Xerbudda, dans l'Inde centrale : o Nous prenons en Europe une idée complètement fausse des véritables habitudes intellectuelles des peuples indiens; nous les croyons généralement disposés à une vie ascétique et contemplative, et, sur la foi de Pythagore, nous continuons à les regarder comme fort occupés des métamorphoses de leur âme après la mort. Je vous assure que la nn';tempsycose est le moindre de leurs soucis. Ils labourent, ensemencent, arrosent leurs champs, moissonnent et recommencent ainsi; travaillent, mangent, fument et dorment, sans avoir ni le goût ni le temps de s'occuper de ces balivernes qui ne les rendraient que plus misérables, et dont l'immense majorité d'entre eux ignore jusqu'au nom. » Le spirituel voyageur écrivait ces

INTHOUL'CTION

lignes en 1832 ; elles disent vrai, comme il est exact que, malgré la constance relative des climats divers, la lenteur de rintelligence générale et les mauvaises institutions, toute absurdité, ayant fait son temps, doit

décroître, >(• raviver et finir j)ar disparaître.

La science, dans son active curiosité, rend toute chose claire et distincte, au moins toute chose directement utile. C'est elle qui, par les travaux des orientalistes, commence à donner la démonstration pratique de cette loi aperçue d'ailleurs par les philosophes spéculatifs et enseignée par les sages, la loi de la grande fraternité, et, si l'on ose employer un mot encore peu compris, de la solidarité humaine. Depuis un demisiècle, il est devenu manifeste que la morale et les systèmes moraux ne sont d'aucun lieu en particulier.

Notre recueil, à défaut d'autre mérite, est au moins comme un hommage à la gloire des savants de notre époque ; ils ont rendu possible la composition de cette sorte d'encyclopédie que le temps améliorera et que d'autres referont en la complétant par les futures découvertes des linguistes. L'Orient tout entier commence à devenir intelligible Que sera-ce dans un siècle? Il est permis d'espérer beaucoup si l'on compare les richesses dont nous disposons au trésor déjà précieux, mais encore bien restreint, que, vers la fin du

INiUODLC'IlON

XVII" si^cIc, le niiilicicux et inp:<'nu Galland exploitait avec passion pour en eomnnnii(|ii(;i* la meilleure part au publie (1).

Dans la seconde moitié du xvin'' siècle, on a essayé, en France, d'étendre l'idée de Galland. La collection des moralistes pul)liée un peu avant la i-évolution IVani^aise, et qui îi reparu plus tard sans additions importantes, est le fruit de cette tentative.

Mais, en dehors même du merveilleux progrès des études orientales, notre temps est meilleur pour reprendre et reconstruire une œuvre de ce genre. C'est un fait que nous sommes aujourd'hui moins systématiques ({u'h lépoque où cette collection fut entreprise : les révolutions de la politique, des sciences et des lettres, en nous instruisant sur la valeur de beaucoup d'idées, nous ont appris à être plus tolérants, à dire une foule de choses comme elles sont, sans réticence ni surcharge. Personne de sensé ne s'aviserait plus, dans un intérêt de polémique, de donner le change sur les fautes de jugement que présente un livre de l'Orient, ni de surfaire Confucius. Nous savons ne plus nous scandaliser de ce que l'on adore à Cachemyr un poil de la barbe de Mahomet, parce que le temps, qui nous élève, peu à peu, au-dessus de toutes les superstitions dans les régions sereines de la justice, nous enseigne Tindifférence pour toutes les bizarreries de la crédulité ; nous

(1) Les Paroles remarquables, les Bons Mots et les Maximes des Orientaux, traduction de leurs ouvrages en arabe, en persan, en turc, par Antoine Galland. Paris, 169i; Leyde, même date, in- 12. L'ouvrage a été réimprimé deux fois dans le siècle dernier, sous le titre d'Orientaliana.

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savons trop bion quo. ces rêves maladifs de rima;^inatiou ont été et pourront être encore unis aux mouvements (le l'Iiumeur et du sang chez les peuples les mieux doués et les plus capables de perfectionnement. Les résistances du fanatisme peuvent impatienter, elles n'étonnent })lus : on les accepte pour ce qu'elles sont, mais en n'exagérant pas leur rôle dans l'ensemble de la vie de riiunmnité. On ne veut pas présenter comme parfaits les pliilosophes d'un lieu ou d'une époque quelconque ; cette absence de dessein préconçu est le gage de la sincérité avec laquelle on les montre à cette heure. Que nous importerait de leur ôter leurs défauts, de soustraire aux regards leurs faiblesses? Nous sommes les contemplateurs, non les dévots et les apôtres de ces hommes. Ils appartiennent au genre humain par leurs misères comme par leur grandeur. Tout en préférant les beaux côtés de leur génie, nous ne voyons aucun avantage à ignorer par où ce génie faiblissait.

A'oir le mal, voir le bien, les connaitre également et ne pas hésiter ensuite dans ses préférences, c'est le but de toute étude morale. Nous n'avons donc pas eu scrupule de rapporter des pensées auxquelles nous n'adhérons nullement; elles sont venues se mettre à leur place pour marquer une date, jalonner les phîiscs d'une idée ou servir de note à quelqu'une des tendances de l'âme. Nous n'avons exclu que celles qui, par un caractère révoltant de cynisme, soulèvent le cœur et provo- (juent le dégoût invincible. En outre, n'écrivant pas le livre des religions ou l'histoire des .systèmes philosophiques, n'ayant pas non j.lus le dessein de refaire apiès Montesquieu VEsprit des Lois, nous avons né-

{;ligc tout ce qui, à ce tripl<î \)o\\\i de vue, serait tnjjj (lu cloinuitio d'une scieniîc pailirulitMe. Notre objet unique est de piéseriter les opinions de TOi'ient sur les objets eouranis de la morale {j:(''nL'rale ou spéeiahi, sur les passions et les tcndanees, les vertus, les viees ou les travers communs.

Pour cela, nous avons eu recours aux honun(.'s de toute condition et de tout niveau ; nous n'avons même pas exclu, bien au contraire, ces maximes vulgaires qui viennent on ne sait d'oi^i, passent et reviennent d'un })euple à lautre, ou plutôt surgissent en quelque sorte par tout pays, judicieuses souvent, fautives plus souvent encore, et placées en relation avec la vraie morale dans le rapport où ce que Ton ap})elle les hrocards de droit se trouvent avec la science du jurisconsulte et la justice. « Les proverbes sont la sagesse des nations, »' est-il dit dans un axiome devenu lui-même proverbial et qu'en un sens on peut admettre. Ils révèlent d'habitude la pensée moyenne de riiumanité ou d'un peuple.

La ressemblance de toutes les nations et de tous les hommes se dénote par les traits généraux des physionomies; la parenté des esprits n'est p<'is moins visible dans les proverbes, qui se retrouvent partout les mêmes au fond. On peut et l'on doit attribuer une portion de ces rencontres à la transmission d'une foule d'idées de rOrient à l'Europe; il serait puéril de nier que l'Asie

n'îiit déversé sur celle-ci, avec des flots d"émi;^rants et de {guerriers initiateurs, des multitudes de paroles sentencieuses; le christianisme, au temps de sa propagation, a grossi et renforcé ce courant. De même que nos idiomes, nos dogmes religieux, nos doctrines philosophiques, ont des racines plus ou moins visibles qui les rattachent au monde orient.-d. Mais il e4 nombre d'idées dont la présence aurait eu lieu en Europe sans cette parenté de race : ce que l'antiquité orientale nous a donné, nous l'eussions eu de nous-mêmes. Ce qui appartient à chaque peuple en particulier, comme son accent, c'est le tour, la forme expressive , la couleur de ses idées. Là éclate Toriginalité des proverbes, bien plus que dans l'idée essentielle : celle-ci est ordinairement une de ces découvertes instinctives que l'esprit humain opère dans le champ tout ouvert de la pensée. Toutefois, selon le peuple, cette idée prend un ton et un aspect différents.

« De même que l'arbre peut se juger par le fruit, la nature des proverbes nous apprend le caractère et le génie propres de chaque nation. En rapport intime avec la manière de penser et de sentir d'un peuple, avec ses mœurs, ils nous font assister à son existence journalière. L'histoire explique surtout la pensée, les sentiments de quelques hommes et l'influence qu'ils ont exercée : les proverbes nous font connaître une nation tout entière. Imaginés sans doute par des individus, mais adoptés par la foiiîp, ils soin IVxprpssion c]n son activité morale (1). «

('!) FRr.vTAG, Arnftiim Proierbm. prœfnlio.

IMHOUUCTION iA

Cette révélation (((.' I individualité diin peuple est aussi une eliose appréeiée de notre temps et (|ue l'on dédaignait autrefois. Nous avons donc mis nos soins à offrir un décalque aussi fidèle que possible, non-seulement des proverbes, mais encore de toutes les pensées que nous avons recueillies. Dans ce travail cependant, la fidélité même et le scrupule ont leurs limites. La plupart des peuples de FOrient ont une manière d'arranger leurs paroles qui cadre mal avec les procédés ordinaires d'une langue telle que la nôtre ; ils aiment une sorte de vague et d'indécision qui nous sont défendus. Ajoutez que les métapliores les plus usitées parmi eux sont prises d'objets qui leur sont familiers et souvent ne le sont aucunement pour nous. Il nous a bien fallu quelquefois opérer dans le vif, tailler et repolir, pour la plus grande gloire de la clarté française ; mais, grâce à Dieu, nous n'avons pratiqué ces moyens hardis que rarement et sur le modèle des orientalistes les plus circonspects. Au surplus, il est remarquable que les pensées de Tordre moral, si elles sont un peu dignes d'attention même par leur excentricité, revêtent presque toujours une forme moins bizarre que les autres idées de l'homme ; elles n'en sont pas toujours plus vraies, mais elles sont plus claires, de naissance. Ainsi, nous n'avons pas rencontré dans les livres persans une seule

idée sur les mœurs ou les passions communes, qui fût une véritable énigme comme Test le titre du livre des religieux sofis, celui qu'ils appellent lea Haleines de ^afafniîia?'U/,ii'ciii-ii-dire le livre oij un dévot explique sous l'inspiration de quels dogmes et de (juels principes un so(i s'unira mysticjuement avec Dieu. Ces folies de langage ne se voient chez aucun moraliste, quelle que soit sa p'itrie ; elles sont fréquentes, au contraire, dans les œuvres de tous les ascètes et de tous les théurges; c'est d'eux que viennent le Petit Rasoir des ornements mondains, le Fouet de l'académie des pécheurs, le Fusil de ])énitence pour battre le caillou de l'homme, le Petit Pistolet de jioche pour tirer anx hérétiques, et tant d'autres gentilles inventions qui ont osé paraître chez nous dans le siècle de Montaigne ou dans celui de Pascal. Les lettrés, par peur de ne pas faire voir assez d esprit, deviennent aisément prétentieux, extravagants: aux Gongora, aux Marini, à tous les raffinés de style (jue nous connaissons, on pourrait comparer des écrivains orientaux qui les valent. Mais aucune des pensées morales , qui soient venues à notre connaissance, ne pèche par les excès ambitieux de cette phrase qu'un ('hinois insère dans un roman; il fait écrire par (juclqu'un au commencement d'une lettre :

« Un nuage noir chargé de pluie arrive en un instant. Les dragons poursuivis par le démon du poignet s'envolent au même moment. Il est inutile de compter les rejetons qui croissent sous ses pas mesurés. Déjà, perles ctdinmants se suspendent aux fds de lasoie(l). »

(I; Les Drud- Cousiues. traduit en français, par Abel Rémusat. Le

iNTUuuucrioN i.n

On (lit (l<î (M's choses folles (juîukI on en îi le, loisir, (ju;iii(l, :iii lieu (rèti'(! sous l'impression d'un sentiment net, on elierelii'à parer ;iu vide de l'esprit par des mots. Mais nul hommi; essayant de niar((uer pour lui-même ou pour les autres les maximes d(! son expériejiee, les préceptes de la vie, ne court le danger de faire ainsi la bête en voulant, comuKî dit Pascal, faire Tange. Si cette faute a lieu, par hasard, c'est tout au plus poulies titres de compilations morales, sans valeur, et sûrement elle y sera moins lourde que dans les œuvres dévotes (1). Les pensées sur notre destination et notre nature sont forcément plus sobres : le sujet y contient et refrène l'éci-ivain, sans le priver d'esprit et d'agrément. Ainsi les Chinois ont le style ingénieux quand ils moralisent; les Sémites brillent par 1 énergie pittoresque, les Persans par la douceur facétieuse, les Turcs ])ar la gravité hautaine, les Indiens par une élégante simplicité. Tant il est vrai que Ion peut voir le moncîe moral des mêmes yeux et en parler avec des mots diversement nuancés. La parité des vues de la raison prouve que les hommes sont frères, comme le contraste de leur sensibilité est le signe du génie indéfiniment multiple de la nature. Cette dualité toujours neuve et toujours ancienne de la vie est le spectacle intéressant que les intelligences saines méditent avec un continuel profit;

nuage noir est un pinceau ; les dragons que poursuit le démon ou génie du poignet sont les lettres; les fils de la soie, le papier, etc. (1) Ainsi, une imitation du Pan-Sha-Tantra s'intitule Kathamrita Nidhi ou le Trésor de l'ambroisie des contes. Le Printemps des justes, le Jardin des gens de bien, le Miroir des bonnes moeurs. tels sont encore des titres de livres moraux (persans et arabes) ; mais (le \h aux Haleines de la familiarité, il y a loin.

Hle est .'lussi la promesse comme hi condition d'une alliance de l'ordre avec la liberté. Devançant le reste, des hommes, un sage, digne de ce nom, établit ce noble j)acie au dedans dt; lui-même et devient, au milieu de l'anarchie (h* ' i ^ncirii' rpii r»'?it<nir<\ nn petit monde harmoni(|nf .

Us sont rares a toult' époque, ceux (|in, en pai\ iivrc la conscience, sont capables de procurer le bien de leurs frères et Tentreprennent. On n'a cependant disette nulle part de professeurs de morale. La littérature de l'Orient est suffisamment riche, comme on Ta vu, en auteurs de cette classe ; on s'en convaincra mieux encore par les notes bibliographiques jointes à notre recueil. Nous avons largement puisé dans ces traités généraux, en nous gardant le plus possible des redites. Il s'en trouve cependant d'inévitables, parce que les peuples asiatiques, dont il est de mode d'affirmer l'esprit station naire , immobile, communiquent les uns avec les autres très-régulièrement; de l'Inde à la Syrie, il s'est fait en tout temps une circulation active et qui serait plus efficace si la nature du sol et de mauvaises institutions n'étaient une entrave aux expansions désirées. Tel axiome que l'on a entendu dans les vallées du Thibet, on l'entend de nouveau au milieu des marches d'une caravane arabe : il est des pensées qui, pareille>

ù une monnaie d'or ou (riir^nMil, vont partout ci, partout lùrn rcruos pour leur titre, ne portent JjIu'; qu'une empreinte indisceinaMc. D'Asie, elles ont, en grand noml)re, j)ris le clieniin d«' l'ICurope ; elles y sont venues avec les Arnltes crKspiiji:ne, avec les Juifs, par les Syriens qui communiquaient avec les croisés francs, par les Turcs et par tous les Levantins. Au moyen }'ige, cette transmission était même plus active qu'aujourd'hui, comme cela ressort d'une foule d'ouvrages composés en Occident, non-seulement sur des thèmes familiers aux Orientaux, mais encore dans des cadres d'un modèle tout semblable. Au temps des Romains, Alexandrie fut le gr;ind marché de ces échanges entre les deux mondes, et l'importance de l'école gréco- égyptienne est en partie dans les fonctions d'interprète diligent qu'elle a remplies avec tant de souplesse. Avant elle, la Grèce n'ignora nullement la sagesse asiatique : Pythagore et Platon ne furent-ils pas dans une étroite liaison avec la philosophie égyptienne et phénicienne? « 0 Athéniens, vous n'êtes que des enfants ! » disaient h Solon les prêtres de Memphis, justement fiers de l'antériorité et de l'influence de leur culture intellectuelle. La Grèce n'en a pas moins de droits à sa réputation d'originalité : on n'est pas plagiaire pour avoir pris les traits généraux de Tœuvre d'autrui ; c'est seulement si l'on abandonne sa liberté dans une plate et méticuleuse imitation. Les Grecs ont échappé à cette faute de goût et de caiactère. Ils acceptèrent, en les modifiant, les fables morales de l'Inde et de l'Asie antérieure (1).

(1) Les bulletins de l'Aradëinie royale de Belgique tome xix) ron-

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Apologues, paraboles, allégories, Jipoplilhegmcs, proverbes, poèmes didactiques, tout ce que nous avons pu joindre aux livres de doctrine proprement dite a servi pour notre dessein : nous avons même ajouté h ces matériaux les pensées morales que fournissent les hymnes, les contes, les romans, les théâtres de l'Orient; ce qui ne nous donne pas l'orgueil de dire, comme rÉcclésiaste : « Après ce livre, fermez tous les autres.» Loin de là, nous souhaitons qu'on lise davantage les excellents écrits de nos orientalistes, et qu'on retire tout le suc et toute la moelle de ces œuvres parfois exquises, salutaires, fortifiantes, que si peu de personnes connaissent et que Von a peine à quitter dès qu'on en a 'i:oiité la saveur.

tiennent un mémoire recommandable de M. Wagener sur les rapports de l'apologue grec et romain avec l'Orient. I! faut joindre à ce travail celui de Loiseleur-Deslongctiamps, qui signale pour le moyen âge des faits d'une grande portée.

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