‹ l'esprit des OrientauxChapitre 189 sur 214 · CHET · texte numérisé non relu

CHET

(1) Encore une imitation mêlée à des originaux. Ce n'est pas, à coup sur, une œuvre à comparer aux merveilles du Divan de Goethe ; mais la grâce de cette petite pièce est vraiment séduisante et lui donne un air de parenté avec quelques morceaux de la littérature persane. Blanchet fut abbé, philosophe, pauvre, errant, extraordinairement fin et délicat, dans ce xvni« siècle français où Ton eut tout l'esprit qui manque au xix^. Que cette transcription d'une page des Apologues et Contes orientaux soit comme un hommage rendu au talent oublié !

308 LA MORALE EN OlUENT

lACi

Trop (rcsprit, |):is d'cspiit. {Pensée chinoise)

Uue (les obligations de l:i sucicté est que tu t'accommodes du maître du logis ou que tu quittes la place. (Saadi, Gidislan)

-JS^'entrelciiez pas de votre bonheur riiomme qui vient cléprouver une disgrâce. {Pensée chinoise)

Chanter devant celui (|ui est affligé, c'est ôter à quelqu'un sa robe dans le temps du froid et jeter du nitre dans le vinaigre. (Salomon, Proverbes, xxv, 20)

Votre voisin est plongé dans la tristesse; cachez-lui bien vos plaisirs : s'il entend la joie retentir dans votic maison, il croira (pie vous insultez à sa douleur. (P^//sée chinoise)

LA MORALE EN ORfENT

lALEM

Lu it'iiominéc ;ic(jui.sc j);ir un iiiéiilc exceptionnel est une cause de ruine. Dans le combat, ce sont les liabiles et les vaillants qui presque toujours sont atteints. (Saskya-Pandita)

TALION (LOI du;

Dans la ville de Santa-Pourra vivait le roi Vissarada-Raya. Ce prince, désirant devenir gros et gras, demanda à ses médecins par quels moyens il pourrait acquérir de l'embonpoint. Ces derniers lui répondirent que c'était surtout par l'usage habituel de la viande. En conséquence, le roi résolut d'en user, et, ayant fait venir les meilleurs chasseurs de son pays , il leur ortlonna de lui apporter chaque jour quelque animal, afin qu'il put se nourrir de sa chair. Les chasseurs obéirent à ses ordres et ne manquèrent pas de lui fournir chaque jour la quantité de gibier nécessaire à sa consommation.

Un jour, cependant, la pluie ne cessant de tomber par torrents, les chasseurs ne purent aller à leurs excursions ordinaires de chasse ; un seul, toutefois, malgré le mauvais temps, essaya de parcourir une partie de la forêt où le gibier abondait davantage. Mais

quelque peine qu il se donnât, quelque fatigue qu'il prit, il ne put rien rencontrer.

Comme il retournait chez lui, il rencontra au pied d'un arbre un ra^on de miel qu'il cueillit et qu'il apporta au roi , en lui disant que c'était tout ce qu'il avait pu se procurer ce jour-là. Le roi reçut ce rayon de miel avec plaisir, et, durant le temps qu'il le mangeait, un petit morceau étant tombé par terre, une mouche vola dessus. Un de ces petits lézards qui courent sur les murailles des maisons, vit cette mouche se reposer sur ce brin de miel et s'élança sur elle pour la dévorer. Une mangouste que le roi élevait, et qui était alors sur ses genoux, n'eut pas plus tôt aperçu le petit lézard, qu'elle sauta sur lui pour le saisir et en faire sa proie. Dès que le chien du chasseur qui avait apporté le rayon de miel vit la mangouste par terre, il se jeta sur elle pour la mordre, et le roi ne vit pas plus tôt sa mangouste en danger, qu'il saisit un gros bâton et en frappa rudement le chien. Le chasseur à son tour, mécontent de voir maltraiter ainsi son chien, voulut prendre parti pour sa pauvre bêt^ et demanda au roi d'un ton d'assez mauvaise humeur pourquoi il battait son chien, ajoutant que c'était cet animal qui le faisait vivre, et qu'il aimerait mieux être battu lui-même que de voir battre son chien.

Le roi, irrité de la remontrance du chasseur, ordonna à ses gens de le saisir, de le lier et de le punir ])our son insolence. Dans le temps qu'on le fustigeait sévèrement, les autres chasseurs, qui se trouvaient rassemblés en grand nombre dans la ville royale et les environs, apprirent le cruel châtiment du chasscu'- Ti^\\<

LA MORALE EN ORIENT 3i1

ressentirent Tinjure faite à un de huirs compagnons, et s'atti-oupèj-ent en tumulte; ils levèi-ent l'étendard de la lévolte, pillèrent et saccagèrent totalement la ville. Que cet exemple, ajoutèrent les oiseaux en s'adressant aux deux moineaux qui les avaient choisis pour juges, vous apprenne à quels dangers on s'expose souvent pour de légers sujets. {Pan-Sha-Tantra — traduction de J.-A. Dubois)

Page 1