‹ l'esprit des OrientauxChapitre 91 sur 214 · IMPOSTURE · texte numérisé non relu

IMPOSTURE

L'ivresse spirituelle et l'extase appartiennent exclusivement au contemplatif plongé dans les lumières de la beauté divine; mais le premier sot venu peut se faire passer pour un saint. Ce débitant de contes ridicules est pire qu'un âne ; plus âne encore est celui qui le croit. Ce qu'il veut, avant tout, c'est de se procurer des vivres. Le peuple vend ses denrées; lui, intime de Dieu, vend ses bonnes prières^ Pour donner du débit à sa sainteté, à sa vertu, lorsque tout le monde doit

LA MOKALE EN OIUKNT 171

jouir (1rs (li)iis de l;i ProvidcMU'c, lui, il jeune : c'est ainsi qu'il tr;ifi{jue de sa dévotion, dont la monnaie n'a pas eours au pîiradis. Le bonnet (|ui couvre s:i tête, le manteau qu'il porte sur les épaules, ses paroles et ses «gestes, tout cela n'est que ruse et hypocrisie. L'esprit daigncrait-ildescendredansune cruche? Cet homme sent que non ; aussi dérobe -t-il aux m3'stiques quelques-uns de leurs traits pour se constituer lui-même le guide de la vie spirituelle et se ménager le moyen de vivre aux dépens de ses dupes. Ses procédés sont de l'escamotage, ses actions de la fraude, son amour pour Dieu une plaisanterie, ses extases un artifice. Ce triple fourlie a trouvé bien facilement les moyens de tromper le peuple ! Beaucoup d'hommes sans esprit se laissent séduire et lui baisent la main et le pied. La multitude qui s'est laissé surprendre se complaît dans son erreur et la communique partout. Peu à peu la réputation du fourbe s'accroît, ses affiliés se rassemblent autour de sa cellule. Cette cohue de misérables, indignes de tout emploi, semble une nuée de corbeaux dévorants. Ils trainent à ses pieds leur figure éhontée; ils implorent le secours de son souffle. Si ce fripon est un rusé libertin à l'air gracieux, aux formes élégantes, s'il fait voir aux autres des signes qui favorisent ses projets, s'il sait grimacer de la bouche et du nez, s'il a l'art d'entrecouper ses paroles de clignotements d'œil, s'il mêle à ses discours des regards caressants, s'il fait adroitement allusion à ses desseins, alors il faut voir quel est l'empressement des notables, l'orgueil et l'air d'importance de son portier. Sa cellule est comme inondée d'ex-voto et d'aumônes. Lorsque les hommes

éclairés se laissent duper de la sorte, que lera la multitude à courte vue ? Elle calculc'ratout ce que rapporte; un froc, un bonnet d(j derviche : n'y attaclie-t-ellc pas une vertu miraculeuse ? (Nabi-Effendi)

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