‹ l'esprit des OrientauxChapitre 94 sur 214 · INCOMPATIBILITÉ · texte numérisé non relu

INCOMPATIBILITÉ

Les oiseaux dont le vol est différent ne sauraient faire route ensemble. (Attar, le Coïïoqîce des oiseaux)

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\'(nu('s au combat, aucunes amazones tombèrent entre les mains des Scythes et lors fut connu qu'elles étaient femmes. Quand les Scythes eurent bien consulté ce qu ils en devaient faire, ils avisèrent de ne les point faire mourir, mais que vers elles enverraient pareil nombre de leurs jeunes hommes, lesquels iraient planter leur camp au plus près d'elles... Les jeunes hommes, envoyés, exploitèrent selon qu'il leur était commandé... Les deux camps s'approchèrent de jour en jour. .., qui fut cause que Tune des amazones qui était seule se rencontra avec un Scythe, lequel elle ne repoussa, combien qu'elle n'en fit pas grand compte. Et aussi ne pouvaient-ils tenir propos l'un à l'autre, à cause qu'ils ne s'entendaient point. Toutefois, elle lui dit de la main que, le lendemain, il se retrouvât au môme lieu et amenât quant et soi quelque autre, montrant par signes qu'elle aim'nr'i'ait aussi une de ses compagnes.

Le jeune homme, retourné, conta sa fortune et ne fit faute de se rendre le lendemain au lieu assigné, un second avec soi, et trouva l'amazone qui l'attendait, elle deuxième. Le demeurant du camp, voyant la façon d'y procéder, s'ébranla et alla chacun prendre sa chacune à l'écart. Depuis, ils mêlèrent camp avec camp et logèrent ensemijle, tenant chacun pour femme celle dont il s'était première accosté. Les hommes ne pouvaient bonnement apprendre le langage des femmes ; toutefois, elles apprenaient celui des hommes, à raison de quoi ils s'assemblèrent et leur parlèrent ainsi : « Nobles dames, vous devez entendre que nous avons père et mère, biens et possessions, qui est cause que

nous ne pouvons plus longuement mener cette fiiçon de vivre, niiiis nous convient retirer ;ivee toute I;i compagnie des Scythes, nous assurant néanmoins (|U(î, tant que nous vivrons, nous vous tiendrons, et non autres, pour nos femmes et épouses. » Elles répondirent : « Seigneurs, il nous serait impossible demeurer avec les femmes scythiques, à cause que nous différons beaucoup de coutumes. Notre métier est de jouer de Tare, brandir le dard et être ordinairement à cheval, ne sachant aucun art féminin. Vos femmes ne font pas un de ces exercices que nous avons nommés, mais besognent en ouvrages de femmes, demeurant en vos chariots, sans aller à la chasse ni autre exploit : au moyen de quoi il nous serait impossible d'accorder ni compatir ensemble. Toutefois, si vous nous voulez retenir pour vos femmes et vous faire réputer prud'hommes, allez vers vos parents et prenez le bien qui vous appartient, puis retournerez et nous demeurerons avec vous. » Ces jeunes hommes les crurent et firent ce qu elles leur pi'oposaient. Ayant pris la partie des biens qui leur compétait, ils retournèrent. Adonc elles leurs dirent : « Seigneurs, nous redoutons grandement que nous ne pouvons habiter en ce lieu, attendu que, d'une part, nous sommes cause de vous retirer d'avec vos parents, et, d'autre, nous savons les grands dommages que nous avons portés à cette terre. Par quoi, si vous nous faites ce bien de nous retenir pour vos femmes, nous vous prions estimer raisonnable de faire comme nous. Sus donc, seigneurs, abandonnons cette terre et allons habiter au delà du Tanaïs. » Les jeunes hommes furent d'accord, et, le Tana'is passé, cheminèrent trois

journées depuis le Palus Ma^otide vers le septentrion.

(HÉRODOTE, IV - - P. SaLIAT)

Le monde est un mauvais génie pour la science ; la science est un mauvais génie j)our le monde. {Proterhe tamoul — Vandeu Haegiien)

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