‹ L'esprit du comte Joseph de MaistreChapitre 20 sur 48 · G L ESPRIT · texte numérisé non relu

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vienne aux hommes de tous les temps et de tous les lieux; les autres ne sont que des exceptions (1).

Rien n'arrive, rien n'existe sans raison suffisante : une famille ne peut régner que parce qu'elle a plus de vie, plus desprit royal ^ en un mot plus de ce qui rend une famille plus faite pour régner.

On croit qu'une famille est royale, parce qu'elle règne ; au contraire, elle règne parce qu'elle est royale.

Dans nos jugements sur les souverains, nous sommes trop sujets à commettre une faute impardonnable en fixant nos regards sur quelques points tristes de leurs caractères ou de leurs vies. Nous disons en nous rengorgeant : Voilà comment sont faits les rois ! il faudrait dire : Qii est-ce que je serais, moi, si qiœlcjiie force révolutionnaire avait pointé seulement mon troisième ou quatrième aïeul sur le trône? Un furieux^ un imbécile dont il faudrait se défaille à tout prix.

Infortunés stylites^ les rois sont condamnés par la Providence à passer leur vie sur le haut d'une colonne, sans pouvoir jamais en descendre. Us ne peuvent donc voir aussi bien que nous ce qui se passe en bas, mais en revanche, ils voient de plus loin. Us ont un certain tact intérieur, un certain inslinct qui les conduit souvent mieux que le raisonnement de ceux qui les entourent. Je suis si persuadé de celte vérité, que dans toutes les choses douteuses, je me ferais toujours une difficulté,

(1) Du Pape, col. 43G à 439.

DK J. DE MAiSTHi:. TM

une co)iscience iTiême,s'il faut parler clair, de contredire trop fortement, même de la manière permise, la volonté d'un souverain. Après qu'on leur a dit la vérité, comme on le doit, il ne faut plus que les laisser faire et les aider.

Nous comparons tous les jours un prince à un pariiculier : quel sophisme ! il y a des inconvénients qui tiennent à la position des souverains, et qui par conséquent doivent être tenus pour nuls. 11 faut donc comparer une famille régnante à une famille particulière qui régnerait et qui serait en conséquence soumise aux mêmes inconvénients. Or, dans celte supposition, il n'y a pas le moindre doute sur la supériorité de la première, ou pour mieux dire, sur l'incapacité de la seconde ; car la famille non royale ne régnera jamais (1).

La souveraineté légitime peut être imitée pendant quelque temps : elle est susceptible aussi de plus ou de moins et ceux qui ont beaucoup réfléchi sur ce grand sujet ne seront point embarrassés de reconnaître dans ce genre les caractères du plus ou du 7noins ou du néant. Si Ton ne sait rien de l'origine d'une souveraineté; si elle a commencé, pour ainsi dire, d'ellemême, sans violence d'un côté, comme sans acceptation ni délibération de l'autre; si, de plus, le roi est européen et catholique, il est, comme dit Homère, trèsroi (pacTiXeuxaToç). Plus il s'éloigne de ce modèle, et

(I) î)uPai)e, col. '.'»2 et 443.

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moins il est roi. Il fautparliciilièrement très-peu compter sur les races produites au milieu des tempêtes, élevées par la force ou par la politique, et qui se montrent surtout environnées, flanquées, défendues, consacrées par de belles lois fondamentales, écrites sur de beau papier vélin, et qui ont prévu tous les cas. — Ces races ne peuvent durer. — Il y aurait bien d'autres choses à dire, si l'on voulait ou si l'on pouvait tout dire (1).

Le gouvernement du Pape est le seul dans l'univers qui n'ait jamais eu de modèle, comme il ne doit jamais avoir d'imitation. C'est une monarchie élective dont le titulaire, toujours vieux et toujours célibataire, est élu par un petit nombre d'électeurs élus par ses prédécesseurs, tous célibataires comme lui, et choisis sans aucun égard nécessaire à la naissance, aux richesses, ni même à la patrie.

Si l'on examine attentivement cette forme de gouvernement, on trouvera qu'elle exclut les inconvénients de la monarchie élective, sans perdre les avantages de la monarchie héréditaire (2).

Quoique dans la révolution française la secte janséniste semble n'avoir servi qu'en second, comme le valet de l'exécuteur, elle est pcut-clre, dans le principe, plus cou- Ci) Du Pape, col. 443, note 1.

(2) Ibid., col. 463, note 1.

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pabic que les ij^noblcs ouvriers qui achevèrent l'œuvre; car ce fut le jansénisme ({ui porta les premiers coups à la pierre angulaire de l'éflifice, par ses criminelles innovations (1). Et dans ces sortes de cas où l'erreur doit avoir de si fatales conséquences, celui qui argumente est plus coupable que celui qui assassine.

Qu'on relise les discours prononcés dans la séance de la Conventio7i nationale, où l'on discuta la question de savoir si le roi pouvait être jugé, séance qui fut, pour le royal martyr, l'escalier de l'échafaud; on y verra de quelle manière le jansénisme opina.

Rien ne peut attendrir ni converlir cette secte (2).

{!) Voir la note M du chapitre I de VEsprit de M. de Maistre sur les caractères du jansénisme, tel que l'ont jugé MM. Louis Blanc, Cousin et Lavallce.

C'est un idéologue, un constituant , unJANSÉMSTK. Cette dernière épilliète est le maximum des injures. (M. de Pradt, Histoire de l'ambassade de Varsovie. Paris, l8î5, in-8, p. 4.) Ces trois injures sont très-remarquables dans la bouche de Napoléon I^r.

« Qui ne sait que CPlte constitution civile du cler:;é qui, en jetant parmi nous un bramlon dediscorde, prépara votre destruction totale (celle du clergé), fut l'ouvrage du jansénisme? » (Lettre de Thomas de Socr, éditeur des OEuvies complètes de Voltaire, à MM. les vicaires généraux du chapitre métropolitain de Paris; in-8, 1817, p. 9 ) — « Acceptons cet aveu, quoique nullement nécessaire. Le chef-d'œuvre « du délire et de l'indécence peut, comme on voit, être utile îl quelque « chose. » (Note de M. de Maistre.)

(2) De l'Église gallicane, éd\t. M'gne, col. 544 et 5'i5. — M. Martial Marcel de la Koche-Arnaud, parlant de la pétition qu'il adressa en 1828 ù la Chambre des dépulés contre les Jésuites, et dont le comte de Sade fit le rapport, dit, dans son Mémoire à consulter sur le rétablissement des jésuites en France, page 39 : « J'allai prier M. Benjamin Constant de monter à la tribune pour soutenir cette pétition. « Mon cher ami, me dit ce député célèbre, j'en suis bien fâché; mais « il ne m'appartient point, dans cette circonstance, de le faire : je suis * protestant. Mais adressez-vous au député que les Jésuites ontsibieti

« accueilli à Saint-Acheul (M. Dupin aîné), quand il est allé les y « voir : c'est un janséniste, et ces gens-là sont sans cœur. » a En effet, ajoute M. de La Koche-Arnaud, ce janséniste lit lui seul à la tribune contre les Jésuites plus que n'aurait pu faire une chambre remplie de protestants. »

NOTES

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