‹ L'esprit du comte Joseph de Maistre [selections]. Précédé d'un essai sur sa vie et ses écritsChapitre 6 sur 49 · AVANT-PROPOS. U · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS. U

leur grande délicatesse, ne font aucune impression sur Tesprit ni sur le cœur, et ne laissent le plus souvent qu'un souvenir général, qu'on a été charmé de ce qu'on a lu, sans savoir pourquoi 1 1 ) . »

Les pensées vraies et justes, lorsqu'elles sont noblement exprimées, portent au contraire la conviction avec elles, entraînent notre jugement, et se gravent profondément dans nos cœurs. On atteint ce but, lorsqu'on les place, autant qu'on le peut, dans un ordre /{ui les rend moins indépendantes et moins étrangères les unes ii l'égard des autres.

Un recueil oîi les pensées d'un auteur seraient prises au hasard, placées sans suite, un n^cueil où tout serait comme haché et dans une espèce de confusion, ne remplirait donc pas l'attente des lecteurs judicieux. Ce serait manquer, en quelque sorte, de respect envers l'auteur, que de représenter ainsi par lambeaux le système de ses pensées, en coupant le fil et les rapports qui les unissent, en faisant ainsi disparaître la justesse, l'accord, la beauté que leur ensemble offre partout.

J'ose me flatter d'avoir rempli, — autant qu'il est possible, — le plan que je me suis proposé ; je m'y suis conformé de tout point. En m'attachant principalement et de préférence aux vérités fondamentales, je n'ai pourtant point négligé de recueillir ces pensées ingénieuses qui étonnent l'es-

(i) Dupin, Bibliothèque ecclésiastique, t. V.

Page 1