‹ L'esprit du droit romain dans les diverses phases de son développement: dansChapitre 56 sur 87 · I. PBINGIPE DE FAHIILLB. — L'INDÏVIDU · texte numérisé non relu

I. PBINGIPE DE FAHIILLB. — L'INDÏVIDU

80Q droit, car partout où il Ta, il vit dans une atmosphère juridique, et il emporte avec lui sa capacité juridique. Au contraire , à Tépoque dont nous parlons ^ celui qui voulait sortir de rÉtat auquel il appartenait , renonçait à son droit ; il sortait de Tatmosphère juridique qui pour lui ue se respirait que dans cet £tat, pour entrer dans le yide qui Fentourait de toutes parts; il sortait d'une oasis pour s'enfoncer dans le désert. C'est ainsi que l'Etat exerçait au moyen du droit ime force d'attraction dont nous n'avons plus aucune idée aujourd'hui. Le droit et la liberté sont aujourd'hui comme l'air et l'eau , des res communes omnium^ auxquelles participe tout homme, indigène ou étranger, dont nous n'oublions que trop facilement la valeur, parce que nous les rencontrons partout, et qui, à cause de cela, ne nous enchaînent plus à la patrie, comme au temps où on ne les rencontrait que sur son sol.

Lorsqu'il se fait une attaque contre un individu ou contre un État , la vigueur de la force de résistance est en proportion de la valeur ou de l'estimation subjective des biens menacés. Parmi ces biens se trouvait dans le cas de guerre , à l'époque dont nous parlons ici , l'existence privée toute entière de chacun des membres de l'État. La défaite était pour eux l'équivalent de la perte de la vie ou de la liberté, de l'honneur, de la famille et dé la fortune (*"). Leur propre conservation dépendait donc de celle de l'État; ils sont euoo-fnémes rEtat, comme nous l'avons déjà dit au paragraphe précédent. Ce rapport des individus avec l'État, qui voue au service de celui-ci, d'une façon absolue, l'instinct de la conservation individuelle, apparaît ainsi comme le moyen par lequel l'histoire garantit la vie au jeune État, et l'oblige à combattre sans cesse, et avec Ténergie du désespoir.

(tn) Cela est exprimé dans la formole de la déclaration de guerre qui ne s'adresse pas seulement au peuple, mais à chaque indiridu. V. GELLros, XYI, 4 : populo Hermundulo hominibusç[ue Hermundulis hélium indico facioque.

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pour le maintien de son existence. Les occasions fréquentes de ces luttes , lui permettent bientôt de porter les forces de TËtat à l'apogée de leur développement. L'État actuel ne possède point une pareille force de résistance. La séparation actuelle de TÊtat et des individus se maintient dans la guerre ; l'État fait la guerre à rÉtat, Texistence purement privée, la liberté, la famille, la fortune ne sont pas menacées de périr par suite de sa chute. Quelle que soit Timportance de la conservation de l'État pour les biens les plus précieux et pour les intérêts les plus nobles de la nation, Finstinct vulgaire de la conservation, qui ne se soucie point de ces biens précieux, est moins intéressé à le conserver.

Le développement ultérieur du droit romain se rattache par plusieurs côtés à cette incapacité juridique originaire de l'étranger, que nous venons d'étudier. C'est d'abord le droit sur les choses avec le droit du butin que nous avons déjà indiqué (§ 10) comme étant la racine de la propriété romaine. La propriété romaine naît de l'exercice de la force romaiiie contre l'étranger privé de droit. Mais si d'un côté elle se fonde sur la guerre, dont elle est l'occasion, d'un autre côté elle cache en elle-même le germe du commerce pacifique. L'échange des objets de la propriété rapproche les peuples isolés ou ennemis : au soldat qui amène la guerre, succède le marchand qui recherche la paix. Le commerce n'est* pas seulement la force impulsive du développement du droit privé, il favorise aussi le perfectionnement du droit international. L'étroitesse du droit, attaché au sol, est un obstacle sérieux et gênant aux tendances incessamment actives et expansives du commerce. En même temps qu'il B'étudie à renverser les obstacles naturels qui empêchent son libre exercice , le commerce refoule aussi ceux que lui oppose l'étroitesse des idées juridiques. C*est le«commerce qui malgré l'exclusivisme des idées nationales a introduit et développé

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