I. CARACTÈRE DE L'ESPRIT ROMAIN
droit, c'est au contraire, parce que d'après l'économie de l'histoire , cette mission leur était dévolue , qu'ils eurent la capacité subjective de l'accomplir. Mais il importe de scruter cette capacité dans les détails, et de démontrer comment la vocation historique des Romains pénètre leur nature intime entière, comment elle engendre des qualités, des forces, des institutions qui toutes concourent au but de cette mission.
Il faut cependant que nous disions, auparavant, quelques mots de la prétendue origine hellénique des Romains et de l'affinité que l'on veut découvrir entre eux et le peuple grec. En fait, il y a un tel abîme entre les aspirations et le génie cle ces deux peuples , que l'on a peine à découvrir cette prétendue ressemblance. Les Romains de la dernière époque caressaient cette croyance qu'ils descendaient des Grecs, et ils expliquaient dans ce sens, les ressemblances de langage, de droit , de religion , qui étaient en partie et principalement les restes de la communauté primitive de tous les peuples indogermaniques , et en partie le résultat du contact postérieur des deux races. Il y eut un temps clans la philologie moderne où cette erreur était à l'ordre du jour. Elle était excusable, eu égard à la parenté de la langue latine et de la langue grecque, qui paraissait inexplicable lorsqu'on n'admettait point que la première fût fille de la seconde (306). L'étude du sanscrit a démontré que cette opinion est erronée; elle a prouvé que la langue latine est plutôt une sœur de la langue grecque, et qu'elle
(306) Cette opinion a exercé une influence très fâcheuse sur la détermination étymologique des expressions juridiques romaines, et par suite aussi sur la conception des institutions mêmes auxquelles s'appliquent ces expressions. V. notamment Hüllmann, Grundverfassung et Ballhorn- Rosen, lieber Dominium. (V. aussi l'ouvrage du même auteur : Zur Vorgeschichte des römischen Rechts , I, 1853, qui frise la plaisanterie de bien près. V. le compte rendu dans le nouvel annuaire de Klotz, t. 70 1 p. 464 s).
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conserve dans plus (Fun mot, mieux que sa sœur, plus pur et plus tidèle le souvenir de la langue mère (307). La relation qui existe entre les deux langues fait découvrir celle des peuples eux-mêmes; ce sont des peuples frères qui ont vécu autrefois sous le même toit avec les autres peuples indo-germaniques, et qui , à l'heure de la séparation, ont emporté chacun de leur côté un bagage commun de langue, de coutumes, de religion , etc. (308). Mais depuis cette séparation, combien fut différent le développement de leur caractère , et que de divergences s'établirent dans le droit, la religion , la langue, etc., des divers peuples! Pour ce qui concerne le droit, spécialement, on n'a pas encore essayé jusqu'ici de rassembler les traces de la communauté originaire du droit de tous les peuples indo-germaniques ; mais il est certain dès à présent que le langage serait d'un mince secours dans cette entreprise. Chaque langue indo-germanique possède des mots différents pour exprimer l'idée du droit et de la majeure partie de ses institutions : chacune les considère sous un aspect différent. Quant aux institutions juridiques communes, à l'origine, à la famille des peuples indo-germaniques, leur désignation linguistique, c'est-à-dire l'aurore de la connaissance de leur caractère intrinsèque , ne se lève qu'après la séparation. Il en est ainsi en particulier du rapport entre le droit grec et le droit romain. Quelque considérable que soit le nombre des mots des langues grecque et romaine ayant le même son et la même signification, la terminologie juridique des deux
(307) Pott s'exprime à ce sujet dans beaucoup de passages de son ouvrage déjà fréquemment cité. V. par exemple, t. I, § XXVIII, p. 75, t. II, p. 433 et s.
(308) On avait déjà atteint alors un certain degré de civilisation. On connaissait l'existence de Dieu, (la plus grande partie des langues a conservé le mot devoa Dieu. Pott, t. I, p. LVI)), la période nomade étant passée, on connaissait les maisons, les villages, la charrue, les moulins, etc. Comparez Kuhn, Zur älteste Geschichte der indogermanischer Völker, p. 12, 16, 17.