‹ L'esprit et le corps considérés au point de vue de leurs relations: suivis d'études sur lesChapitre 62 sur 157 · STIMULATIONS D'INÉGALE INTENSITÉ · texte numérisé non relu

STIMULATIONS D'INÉGALE INTENSITÉ

ce degré de dififusion lui donne son caractère dans la conscience, et sa place particulière, où il rencontre des courants moteurs allant du centre vers la circonférence. Mais une impulsion plus forte déterminera tous ces cent courants secondaires, et, en outre, cent courants tertiaires, qui constitueront le caractère de sa diffusion ; et les points où plusieurs des courants secondaires en rencontreront plusieurs tertiaires, seront les points où un courant moteur défini pourra entrer en rapport avec cette impulsion. Ainsi, ce qui n'était d'abord qu'une simple différence d'intensité sur une ligne, finit par devenir un groupe différent, ou par aboutir à des points de réunion caractéristiques, ou un courant moteur défini peut prendre naissance, et s'unir d'une manière distincte.

La figure 4 représente ce que nous avons supposé. La fibre a pénètre dans une cellule, d*où sortent trois ramifications marquées a^ Chacune de celles-ci pénètre dans d'autres cellules, d'où sort une nouvelle série de fibres marquées a^. Une des r^ifications a^, à la partie supérieure de la figure, aboutit, ainsi qu'une des ramifications a2, à la cellule X. Cette convergence représentera pour nous le plus faible degré d'intensité. Un degré d'intensité plus élevé porte plus loin, et affecte à la fois des ramifications de la seconde, de la troisième et de la quatrième série; à la partie inférieure de la figure, on voit un groupe de ces diverses fibres convergeant en Y. C'est de là que partira une impulsion motrice caractéristique. Les ramifications qui convergent en Y sont a2, a^ et a^.

Cette disposition suppose au moins onze fibres, *— primaires, secondaires, etc., — et huit cellules. Le degré suivant en exigerait bien plus encore, pour faire conver-

ger sur un point un groupe défini. Ainsi iraient en se multipliant rapidement les éléments nécessaires à un accroissement d'intensité, — plus encore, peut-être, que

Fig. 4.

lorsqu'il s'agit de la réunioh d'impressions différentes. Et ici, notre expérience est probablement d'accord avec cette théorie; nous nous rendons compte plus facilement des combinaisons distinctes de différentes impressions, que

CONDITIONS PHYSIQUES DE LA MÉMOIRE l->i

de différents degrés de la même impression : nous nous rappelons mieux un objet de plusieurs couleurs, comme un morceau de tartan, que les degrés différents d'une lumière ou d'un son ; de même aussi, notre mémoire conserve bien plus de souvenirs de groupes distincts que de degrés différents d'un même effet.

Maintenant que nous avons vu corri.-nent chaque nouveau rapport intellectuel qu'exigent nos acquisitions successives, peut avoir sa voie nerveuse spéciale et distincte, il nous reste à examiner les moyens par lesquels les rapports sont maintenus invariablement dans ces voies. Il s'agit donc de déterminer le lien physique que suppose la faculté rétentive de l'esprit que nous nommons mémoire ou souvenir.

Nous savons quelles sont les conditions dans lesquelles nous pouvons faire une acquisition, c'est-à-dire fixer à la fois deux ou plusieurs faits dans notre mémoire. Les impressions séparées doivent se produire ensemble, ou se suivre de très-près ; elles doivent rester unies pendant un certain laps de temps, soit une fois, soit à plusieurs reprises. Or, à chaque impression, à chaque sensation ou à chaque pensée correspond, dans l'ordre physique, un groupe ou une série de courants nerveux; lorsque deux impressions se produisent en même temps, ou se suivent de très-près, les courants nerveux trouvent quelque pont, quelque communication plus ou moins favorable, suivant que la substance nerveuse qui la forme est plus ou moins abondante. Dans les cellules ou corpuscules où les courants se rencontrent et s'unissent, il se manifeste, par suite de cette rencontre, une union plus forte ou une résistance moindre^ . — c'est-à-dire que cette hgne est

désormais suivie de préférence à d'autres où la continuité ne s'est pas produite.

Ce n'est là qu'une explication purement hypothétique des faits; mais elle est cependant très-plausible. Sur la nature et le nombre des éléments nerveux, nous n'avons fait aucune hypothèse, non plus que sur les liens qui les unissent; et nous ne nous sommes pas écartés des faits, ou du moins d'une forte probabilité, en assignant un chemin spécial et distinct à chacun.des courants qui se rattachent à une sensation, à une idée, à une émotion, ou à toute autre impression. Quant au mode exact de l'accroissement plastique qui réunit les impressions séparées, de manière à en faire un seul ensemble dans la mémoire, — nous savons que les corpuscules ou intersections sont les points où cette action se produit; qu'un afflux de sang sain doit contribuer au résultat, et qu'enfin il faut un certain temps pour que l'aetion soit complète. C'est évidemment un phénomène d'accroissement; mais quant au changement moléculaire exact qui a lieu sur les lignes de communication accrue ou de résistance amoindrie, nous pouvons seulement en dire, qu'il augmente le pouvoir conducteur de ces lignes comparées aux voies collatérales sur lesquelles aucune action de ce genre ne s'est produite i.

1. Dans cet essai d'une esquisse*, de l'appareil correspondant à nos fonctions intellectuelles dans le système cérébral, je dois beaucoup à l'aide que m'ont fournie les idées et les figures du docteur Lionel Beale. Presque toutes les vues qui lui appartiennent en propre viennent à l'appui de la théorie que Ton vient de lire.

1» Sur la question des communications des cellules nerveuses, le docteur Beale soutient que toutes les véritables cellules nerveuses se rattachent à des fibres nerveuses et communiquent chacune avec au moins deux de ces fibres. Les cellules dites apolaires, — qui n'ont

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aacnne commaaication risible arec des fibres, — n'ont de rôle explicable dans aucune des théories proposées jusqu'ici sur Taction nerveuse. De plus, quoiqu'il soit admis qu'une cellule peut n'être en communicatioii qu'arec deux fibres nerveuses, le nombre de ces communications doit être plus considérable pour beaucoup des cellules, car autrement il 7 aurait dans le cerveau des fibres nerveuses ne partant d'aucun point défini.

2* Au sujet de la petitesse, et par conséquent du nombre des fibres nerveuses élémentaires, le docteur Beale suppose que la fibre appelée élémentaire (fibre à bords foncés, dont le diamètre varie de 1/1-20» à 1/60O de millimètre), n'est peut-être elle-même qu'un faisceau, et que les véritables fibres élémentaires sont représentées par les fibres terminales des ramifications, dont le diamètre est de 1/4.0(X)' de millimètre, ou moins encore. Or, si l'on suppose l'existence d'une voie nerveuse distincte, et d'une série distincte de communications pour chaque acquisition intellectuelle distincte, le nombre des fibres doit être proportionné à celui des acquisitions ; et, plus nous prouverons que le nombre des fibres est grand, plus l'hypothèse d'un appareil distinct pour chaque acquisition deviendra admissible.

3® Sur le mode de communication des fibres nerveuses avec la cellule, et de ces fibres entre elles par l'intermédiaire de la cellule, la théorie du docteur Beale est très-favorable à notre manière de concevoir les accroissements physiques qui correspondent à la mémoire et à l'acquisition intellectuelle (je parle surtout ici du mémoire qu'il a publié dans les Proceedings de la Société royale, vol. XIII, p. 386, sur la marche des courants nerveux dans les cellules nerveuses). Le docteur Beale a reconnu, dans certaines cellules nerveuses à appendice, une série de lignes qui traversent le corps de la cellule, et se prolongent dans ses branches, ou communiquent avec les nerfs. Il considère ces lignes comme les voies suivies par l'action nerveuse à travers la cellule, et pense que leur substance est probablement un peu différente de celle du reste de la cellule. De cette apparence il rapproche l'idée, — soutenue par lui, mais combattue par d'autres, — que les nerfs se terminent par une boucle, et, par conséquent, forment un circuit nerveux non interrompu. Il émet alors l'opinion que la cellule est le lieu où les courbures intérieures d'un grand nombre de circuits indépendants se trouvent très-rapprochées, et exercent les unes sur les autres une action analogue à celle de l'induction électrique. Un quelconque des circuits entrant en action, exciterait par induction tous ceux qui se trouveraient près de lui dans la même cellule (voyez la fig. 3 du mémoire cité plus haut).

Or, si j'admets une disposition de ce ^enre, je puis supposer que, d'abord, chacun des circuits agirait sur tous les autres sans distinction ; mais que, deux d'entre eux entrant en action d'une manière indépendante et au même instant (ce qui arrive potir toute acquisi-

tioD intellectuelle), un rapport plas énergique et une moindre difficulté de communication se produiraient entre ces deux circuits, par suite de la modification de la substance cellulaire qui les sépare; de sorte qu'à partir de ce moment l'induction déterminée par un de ces circuits ne sera plus indifférente, mais exercera, pour ainsi dire, un choix, étant relativement forte pour l'un des circuits voisins, et plus faible pour tous les autres.

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