‹ L'esprit françaisChapitre 102 sur 315 · SCENE II · texte numérisé non relu

SCENE II

Les Mêmes, LE BARON, achevant de s'ajuster.

LE BARON, froidement et poliment. — Excusez-moi, madame, de ce que, ne vous attendant plus que pour demain, ni moi ni le château n'ayons été immédiatement prêts à vous recevoir.

LA BARONNE. — Je suis ravie de vous retrouver. Et voulez- vouT bien, je vous prie, remercier le chevalier Damon, ici présent? Le hasard l'avait conduit dans une loge près de la mienne ; et je me suis permis de lui demander qu'il me servît de protecteur sur le grand chemin.

LE BARON, ajirès avoir offert sans bonne grâce sa main à Damon. — Mon parent, le marquis, aurait pu, ce me semble, s'être mis à vos ordres...

LA BARONNE, évasivcmenf . — Oh! ce n'est point sa faute. On m'a dit qu'il était en voyage, de quelque côté sans doute où l'appelait son cœur ; à moins que ce ne soit ailleurs encore, je ne sais...

LE BARON, un j)^'^ mécontent. — Vous le persiflez donc toujours?

LA BARONNE. — • Refait-on son caractère ? Commande-t-on à ses goûts 1

DAMON, qui n'a cessé de se citer cher mu contenance. —Je suis émerveillé de la fantaisie qui a dirigé l'installation de cet ameublement... Et ces couronnes de roses, ce ne peut être qu'un grand artiste qui kt a peintes sur leur fond de ciel ?

LA BARONNE. — Vous ne voyez rien encore, Damon. Il faut que je vous mène a l'appartement de monsieur.

LE BARON, poliment. — Eh! madame, il y a deux ans que je l'ai fait défaire.

LA BARONNE, distraitement. ■ — Ah ! ah [

{Le valet apporte une petite table si/r laquelle un souper est servi.)

LE BARON. — J'ai pensé que vous auri<:z envie de vous réconforter.

LA BARONNE. — Excellente idée ! Justement, pour parer à tout risque de la surprise, j'avais fait emporter dans le coffre de la voiture, un de ces fins pâtés d'alouettes dont je me souviens que vous êtes friand.

LE BARON, poliment. — Madame, il y a trois ans que je suis au lait.

LA BARONNE, distraitement. — Ah ! Ah '

LE BARON, poliment. — Je vous sais gré, madame, de la précaution que vous avez eue d'amener monsieur : vous avez jugé que j'étais de méchante ressource pour la veillée, et vous avez bien jugé, car je me retire. Un soupeur qui ne soupe pas ne sert qu'à couper l'appétit des convives... Monsieur voudra bien me pardonner et se charger de faire ma paix avec ma dame. (Le baron salue polimemt et se retire.)

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