‹ L'esprit françaisChapitre 146 sur 315 · RÉGINE NOHAN · texte numérisé non relu

RÉGINE NOHAN

J'ai une demanda à vous

— Demandez ?

— Le destin, en me frappant avec rigueur, semble avoir du moins conduit les événements de la seule façon qui rendît possible la réparation de mon tort envers vous.

RÉGINE. — Oh! de quoi vous occupesvous encore là ! Et ne serait-ce pas plutôt à moi d'obtenir le pardon!...

NOHAN. — Ce£le réparation peut prendre aujourd'hui un caractère d'exceptionnelle plénitude et la plus irréprochable valeur... Je ne puis, hélas! songer à vous offrir ma vie, puisque je n'en suis plus le maître... Mais pour quelque temps peutêtre mon nom est encore à moi. Voulezvous accepter de devenir marquise de Nohan ?

RÉGINE. Oui.

ii8

Les Paroles restent

NOHAN. — Régine! mon Dieu! Gomment avez-vous fait gela?

NOHAN. — Ce sera par un de ces actes hâtifs qu'on appelle mariage in ert remis.

RÉGINE. — Vous parlez pour me rendre folle! Ou bien je suis folle déjà, et je m'égare sur le sens de vos paroles qui ne peuvent pas vouloir signifier... cela?...

NOHAN. - — Lai^ez-moi achever, je vous en conjure! Vous me ferez l'honneur de porter mon nom pendant le temps légal.

Et quand on voiis verra en deuil... en deuil de moi, voti-e vue, j'espère, n'éveillera que des idées de respect plus grand que le respect ordinaire. Ensuite, vous serez libre !

RÉGINE, en pleurs. — M© faites-vous assez souÉFrir! Encore!... On peut donc toujours de plus en plus souffrir?...

NOHAN. • — Pai'don ! les moments pressent. Vous m'autorisez donc à charger Ligueil de remplir les formalités?!..

RÉGINE, essuyant ses yeux. — Non !

non! vous ne ferez plus que j'admette la possibilité de vous perdre... Oh! j'ai atteint, à présent, le bout de la peine ! et puisque je suis à votre côté, que je vous en-

tends... (Elle lui prend la main.) que vous tiens... Oh! je vous garderai.

NOHAN. — ■ Ma chère, ma bien chèi ne vous mépretiez point. Ce qui me pt met de vouloir vous nommer un insta!

ma femme, c'est ma certitude de n'y j survivre... Et de cela, je suis sûr (.4 pa résolument.) et, au besoin, certain. {A gine,) Le mariage d'un mourant n'est; mais qu'un acte de pur hommage. Et pi sonne ainsi ne pourra diminuer le cax!

tère du nôtre, sous prétexte d'un entr, nement ou d'un calcul de ma part, toi belle et riche que vous soyez.

RÉGINE. — Je dois être bien laide, force de pleurer ! Et depuis hier, j'ai sig la renonciation à la fortune qui m'éfc échue.

NOHAN, avec U7ie vive émotion. — Esl?

possible ? Régine ! mon Dieu ' Comm^ avez-vous fait cela?

RÉGINE. — Je ne voulais reparaître d vant vous que redevenue celle dont va n'aviez reçu aucune douleur. Et... si j' vais été condamnée à ne jamais vous i voir... j'étais ainsi prête, mon cœur moi

Les Paroles restent

na vie finie, mes mains vides, à pronon- ;er les vœux de pauvreté et de retraite iternelle.

NOHAN, très ému. — Oh! vous n'auriez ),as dû!... Et pourquoi me l'avoir apprisi le n'était point torop de toutes les râlons que je vous donnais... pour être raionnable... Vous m'ôtez une force, vous me •emplissez de tendresse... J'ai une joie en noi! Je ne sais plus oii j'en suis... Mainenant je voudrais... {Avec une reprise l'énergie.) Et pourtant, je veux toujours! Avec désespoir.) Il le faudra bien que je e veuille encore !

RÉGINE. ■ — Vous m'appartenez, et vous lerez sauvé pour moi. Ne doutez plus, ayez loi dans la prescience que l'amour donne à 7ps yeux. Les regards qui aiment comme îs miens sont de vrais voyants... Méchant ! 'e n'est donc pas meilleur de croire ce ue je dis que de croire ce que vous ites? Ce n'est donc pas plus juste, plus ieux (Elle approche son front des lèvres L Xohan.) puis aimant? (En recevant le i.:is(r, elle ajjerçoit Ligueil.) Oh!

Page 1