SCENE VII
PRIOLA, MORAIN
PRIOLA. — Ah! ça? Que signifient cette plaisanterie et tous ces mystères. Je t'ai quitté hier, comme tu étais plongé dans la lecture de mes vieilles lettres d'amour... et depuis je ne t'ai plus revu. Tu as disparu. Oià as-tu été? D'ovi sors-
tu? Je ne sais pourquoi, j'ai idée que i dois avoir contre moi de mauvais desses et que tu es prêt à me trahir. Allons! ponds? Avoue -le u justifie-toi? (Mori qui, pendant ces mots, s'est avancé rs lui, sans répondre, lui met devant g visage la photographie de sa mère qu'n sortie de sa poche. Priola, troublé, ayit jeté les yeux dessus.) Qu'est-ce que et que ça ?
M0RA.IN. — Ça? c'est ma mère, dt vous avez été l'amant.
PRIOLA. ■ — Tu es fou !
MORAIN. — ... dont j'ai trouvé le \ trait parmi ceux de vos maîtresses et u est morte de douleur comme mon pa s'est tué de désespoir!
PRIOLA. — Tu ne sais ce que tu (.
MORAIN, plongeant ses yeux dans s siens. — Je sais tout ! Depuis hier, je e suis renseigné, et à bonne source.
PRIOLA, soutenant le regard. — S( !
MORAIN. — Vous êtes l'assassin de is parents! Et je vais les venger!
PRIOLA. — Comment cela?
MORAIN. — Vous allez voir. Je pcrais vous tuer... Je le devrais!
PRIOLA. — Tu ferais là un b coup !
MORAIN. — J'ai mieux. Voilà vii.
ans que vous pratiquez impunément, méchanceté, la scélératesse et le crim vous supposez que vous en avez ence pour longtemps? Eh bien! vous vs trompez, vous êtes à la veille de disr ^ raître, et je vous l'annonce, exprès, pJ^j que les quelques heures que Dieu vf' laisse avant le châtiment, vous les pasiz dans la détresse, l'angoisse et l'ép, vante !
PRIOLA. — Cher petit ! Et quel es' ce châtiment qui m'est réservé?
MORAIN. — La mort.
PRIOLA. — Naturellement! D'où ?^ viendra-t-elle ? D'un amant jaloux? D3 mari trompé? D'une fille séduite?
MORAIN. — De vous.
PRIOLA. — Le suicide? Comme ni père ?
MORAIN. — Ou comme le mien? N,]
PRIOLA. — Alors quoi?
Le Marquis de Priola
MORAiN. — La mort est en vous.
puiOLA. — Je suis malade?
MORAiN. — Perdu -
pinoLA. — Qu'est-ce que j'ai?... {Si- Irr.) Dis-le, puisque tu es sorcier?
MORAiN. — Je ne suie pas sorcier, je s 3 médecin !
PUIOLA. — C'est vrai J Grâce à moi!
MORAiN. — Oh ! à présent, nous s imes quittes !
PRIOLA. — Eh Lien ' finissons-en ! De c )i vaie-je mourir?
MORAiN. — De vos vices. La paralysie
\ is menace. Depuis que je vous connais,
j beerve les signes du mal et j'en suis
! progrès rapides. Vos débauches vous
empoisonné ! Le sang des Priola ! ce
!-■ dont vous êtes si fier, charrie toutes I immondices de plusieurs générations ; s(|uelles vous avez ajouté les vôtres! j- perversités de l'esprit n'ont eu chez \ is d'égales que les dépravations de la 1 e. Et, comme vous avez passé votre ^ à faire le mal pour le mal, implaca- 1 ment...
PRIOLA. — Je m'en vante !
MORAiN. — ... Aujourd'hui, vous êtes 1 proie du mal, de celui qui ne pardonne
PRIOLA. — Allons donc!
:\roRAiN. — Vous avez fait souffrir, ^ as souffrirez. Vous avez été corrupteur ( profession, vous êtes corrompu. Et ( st justice !
PRIOLA. — Tu me gâtes! Mais tu ne ir.pprends rien. Ta vengeance n'est pae : cinte. Elle rate, comme une capsule iiullée. Je savais tout cela.
MORAiN. — Non.
l'RioLA, avec /j/ws de force. — Je le ï .-ais !
MORAiN. — Tant pis.
PRIOLA. — La mort m'a fait signe i ant toi, et en y mettant plus de formes ! - 1 ! tu es vraiment dur ! Quelle maîtse dans la cruauté ! Mes compliments ! (est égal, j'attendais autre chose de toi.
MORAiN. — Vous n'avez plus rien à en iendre. Dès demain, je partirai.
PRIOLA. — Mais non ! à prés.ent que 1 C3 dan^ la place... l'enfant de la mai-
son... tu peux tout espérer! Le vieux.,. (Geste qui veut dire : « Il n' tn a -plus pour longtemps. »)
MORAiN. — Taisez-vous, misérable!
J'ai pu avoir une heure de folie dont le seul souvenir m'est un remords. Mais la perfidie de vos conseils et la joie mal déguisée de vos encouragements ont suffi à m'éclairer. J'ai chassé de moi toute pen-
MORAIN. — Vous ÊTES l'assassin de mes parents! et je vais les venger!
sée coupable et dès demain je partirai, pour toujours.
PRIOLA. — C'est cela! Et moi, pendant que tu vivras au loin, jeune, beau, brillant, vertueux, je vieillirai ici, n'estce pas? seul, abandonné de tous?...
MORAIN. — Même de Brabançon.
PRIOLA. — ... abattu par la maladie, tordu d'impuissance et de rage, appelant avec des cris la mort qui ne m'entendra pas, qui en choisira d'autres? C'est làdessus que tu as compté? Décidément, tu me connais mal ! Mais plutôt que d'endurer pareille dégradation, je me tuerais vingt fois !
MORAiN. — Même pas une.
PRIOLA. — Tu crois que j'aurais peur?
Le Marquis de Priola
Oui. Les méchants sont