SCÈNE VI
LES MÊMES, MADAME BLANDIN GUENOSA, moins SALOMON et La" CP.OIX.
MADAME BLANDIN, entrant arec le do< ti-ur et regardant . — Personne ! c bien ça, nous arrivons les premiers.
GiTÉxosA. — Ils ne vont pas tarde: Sale temps.
MADATiE BLAXDix. — Ce qu€ je ne m'explique pas, c'est que les autres nous aient perdus à la sortie de chez Lisbonne, ça devait être un coup monté pour nous fain une niche.
GUÉxosA. — C'est bien possible.
DEUXIÈME GARÇON. — Qu'est-ce qu'il faut servir à madame 1
MADAME BLAXDIX. — Tout à l'heure Nous attendons du monde. (-4 Guénosi Pendant que nous étions dans le q tier, nous aurions bien mieux fait d'^ 1er au « Rat Mort ». Croyez-vous qu'à mon âge. je ne connais pas le Eat Mort ?
GUÉNOSA. — Vous n'êtes pas complète.
MADAME BLAXDIX. — Pourquoi votre fille ne vous a-t-elle pas accompagné ce soir ?
GUÉXOSA. — Chez Lisbonne ? Ah !
çà !...
MADAME BLAXDIX. — Oh ! je l'ai vue assister avec vous à des choses aussi vertes.
GUÉXOSA. — C'est vrai. Ce soir, elle n'a pas voulu. Avec son petit instinct, elle s'est doutée que ça serait vraiment dur, et elle s'est abstenue, — par un sentiment filial très délicat — pour que je ne sois pas gêné en sa présence.
MADAME BLAXDIX. Gentil.
Viveurs
GÏÏEIIOSA.
Et puifi, IL n'a jamais rien compris a l'instrument merveilleux que vous êtes.
GuÉNOSA. — C'est une bonne petite lie.
MADAME BLANDiN. — Le fait est que était carabiné, cette pantomime.
ouÉNOSA. — a Le tub d'Angèle. » Oui, lais je ne déteste pas. J'y retournerai.
MADAME BLANDIN. PolisSOn !
GUÉNOSA. — Nous avons encore eu de i veine de trouver ce fiacre à galerie en triant.
MADAME BLANDIN. Et VOUS m'aveZ
aconté de jolies choses dans le fiacre à ga- 'lie, parlons-en.
OUÉNOSA. — J'ai le sapin galant, eurjut le soir. Sapin du soir, espoir.
MADAME BLANDIN. — Ail çà ! qu'avezous donc ? Je vous ai rarement vu aussi inoustillé.
GUÉNOSA. — Voilà. D'abord, j'ai coué tantôt un bras très amusant, alors je
cuis de bonne humeur ; et puis... {Elle ne l'écoute 7Jas, regarde à droite et à gauche. ) Maîis c'est vous qui n'êtes pas émoustillée ?... Vous avez l'air toute bizarre... inquiète...
MADAME BLANDIN. — Mais non.
GUÉNOSA insinuant, — Qu'est-ce qu'il y a qui ne va pas, hé ?
MADAME BLANDIN. — Tout va, mou ami, tout va. Salomon n'a pas paru de la soirée, ça n'est pas gentil.
GUÉNOSA. — Eh bien, c'est qu'il avait mieux.
MADAME BLANDIN, Saisie. — Hein ?
Vous croyez ?
GUÉNOSA. — Je ne sais pas.
MADAME BLANDIN, avec force. — Il est incapable de ça, incapable.
GUÉNOSA, légèrement incrédule. — Oh!
oh ! {Se ravisant.) Et puis, qu'est-ce que
ça vous fait 1 Ça ne regarde que sa femme.
MADAME BLANDiN. — Pauvre petite Louise ! Ça me causerait une vraie peine si son mari la trompait !... Elle est si intéressante ! . . .
GUÉNOSA. — Laissons les Salomon. Si j'étais à votre place, tenez ! au lieu de m'inquiéter du bonheur des autres, je songerais un peu plus au mien. Vous n'êtes pas heureuse au fond.
MADAME BLANDiN. — • Moi, je m'amuse tout le temps.
GUÉNOSA. — Justement.
MADAME BLANDiN. — J'ai la crème des maris.
GUÉNOSA. — Un brave homme, ce pauvre Blandin, mais il déteste la fête... (S' animant.) Et puis, il n'a jamais rien compris à l'instrument merveilleux que v^ous êtes. {Madame Blandin éclate de rire.) A la femme étonnante qu'il a la i^eine de posséder. Qu'est-ce qui vous fait rire ?
MADAME BLANDIN. L'... L'iustru-
QlCllt !
GUÉNOSA. — Vous n'allez pas rire longtemps. J'en ai approché des femmes dans ma vie, n'est-ce pas ? Je n'en ai jamais trouvé une seule qui ajit votre...
MADAME BLANDIN. — Votre quoi ?
GUÉNOSA. — Tout. Et d'ailleurs c'est bien simple ; je suis votre docteur et votre ami ; je connais vos jambes et je les ai piquées assez de fois pour avoir le droit d'être un peu brutal... eh bien...
Il lui a pris le poignet.
MADAME BLANDIN. — • J'ai le trac, mon am/i.
GUÉNOSA, les yeux dans les yeux. ■ — Vous me plaisez tout à fait, est-ce clair ? {De l'autre main, comme 'par habitude, il tire sa montre qu'il regarde tout en continuant de varier.^ semblant compter les pulsations.) Et si jamais le cœur vous en dit, je crois que, tous les deux, nous ne le regretterons pas. {Lui lâchant le poignet et rentrant sa montre. ) Votre pouls est normal, mon enfant.
MADAME BLANDIN, pince-sans-rire . —
Monsieur, vous m'avez gravement oi fencée. {Riant avec une petite exprès sion d'étonnement et de tristesse.) Ces vous qui n'êtes pas normal, mon peti Guénosa... vous venez de faire un beai coup ! Après celle-là, je crois que nou pouvons nous dire adieu... à la revoyure et qu'il faut que je prenne un autre pi queur !
GUÉNOSA. — Oh ! non, soyez bonne.
MADAME BLANDIN. — Méritez pas !
GUÉNOSA. — Si, pardon, c'est le « Tul d'Angèle » qui m'avait tourné le sangs.
MADAME BLANDIN. — Vous ne me re parlerez plus jamais de ça.
GUÉNOSA. — Maintenant que vous 1< savez ! Ah ! plus jamais.
MADAME BLANDIN. VoUS n'êtes pai
honteux ? Deux vieux amis comme nous des personnes sérieuses, un docteur et sf cliente... et cette grande bête qui s'en va chercher...
GUÉNOSA. — La petite bête !... ( Apercevant les autres qui entrent.) Ah ! les voilà ! (.4 part, en se levant.) C'est ur bon jalon.