‹ L'esprit françaisChapitre 223 sur 315 · LES MÊMES, SALOMON · texte numérisé non relu

LES MÊMES, SALOMON

GUÉNOSA. — Voilà le déserteur !

MADAME BLANDIN. — Eh bien, VOUS

surgissez à cette heure-ci, vous ?

DUPALLET. — Conspuez-le !

SALOMON, de l'escalier. — Mesdames...

messieurs...

MADAME SALOMON. — Il ne faut pas vous gêner, vous savez, mon ami.

MADAME BLANDIN. — Oui, d'où venezvous ? (Aux autres.) Silence, chut ! Il va dire d'où il vient.

SALOMON. — Je viens d'en haut, voir un ami qui est en loge.

DUPALLET. — Il s'agit d'uue femme.

SALOMON. — Non, mon ami en avait trois.

GUÉNOSA. — Il va bien, votre ami, il finira dans mes bras, s'il continue.

SALOMON, roulant parler. — Permettez !

DUPALLET. — Nous ne voulons pas de vos explications. Sachez seulement que si vous étiez venu ce soir avec nous, vous ne vous seriez pas embêté. (A M"^" Blandin.) N'est-ce pas, fillette ?

MADAME BLANDIN. Tant pîs pOUr

lui !

SALOMON. — Oh ! mon Dieu, qu'avezvous donc fait ?

MADAME SALOMON. NoUS avOns été

voir le « Tub d'Angèle », mon ami.

SALOMON. — La machine du boul'exter ! Je la connais.

MADAME SALOMON. — C'est bien plus fort que le a Coucher d'Yvette ! »

DUPALLET. — Et même que le « Bain d'Irma ! »

BLANDIN. — Ça dépasse tout.

DURZAC. — Ça pourrait être mieux encore. Ah ! si nous n'avions pas la censure, que de jolies choses on ferait !

MADAME BLANDIN. — C'est révoltant, voilà la vérité. Et je ne comprends pas comment, nous, les honnêtes femmes, nous allons dans ces endroits-là ! J'ai été obligée de garder tout le temps mon éventail contre ma figiire.

SALOMON. — Alors, comment savezvous que c'est dégoûtant 1 Vous n'avez rien vu.

MADAME BLANDIN. — Si, à travers.

MADAME SALOMON, très heureuse, à son mari. . . Et puis, tu n'es pas au bout ! On nous a insultés à la sortie !

MADAME BLANDIN. Non ?

MADAME SALOMON, exultant. — Oui, ma obère, des marions, qui nous ont pris pour ce que nous n'étions pas. (Montrant Dupallet et Blandin.) Ces messieurs ont manqué de s'empoigner avec.

BLANDIN. — J'ai reçu un coup de pied dans le bas-ventre, moi.

MADAME BLANDIN, à son mari. — C'est ta faute !

BLANDIN. — Allons, bon !

MADAME BLANDIN. — Tu ne peux rien faire comme tout le monde.

DUPALLET. — On se retourne.

MADAME SALOMON. — Finalement, grâce à M. Durzac qui en connaissait un...

MADAME BLANDIN. — Un des marlous ?

DURZAC. — Oui, Chariot le Blanchisseur, très gentil.

MADAME SALOMON. — Tout s'cst arrangé, ils nous ont acclamées, et ils m'ont dit que j'étais... comment donc, déjà ? un nom de département.

DUPALLET. — Gironde.

MADAME SALOMON. — C'est ça. Oh ! je te jure que nous avons ri ! {A son mari et à i/""" Blandin.) Vous ne vous êtes sûrement pas amusés autant que nous.

Viveurs

SALOMON. — Mais si !

GUÉNOSA, en regardant M"^^ Blandin.

— Mais si !... (.4 l/""^ Blandin.) N'est-ce pas ?

MADAME BLANDIN, has à Salnmon. — Poui'quoi n'es-tu pas venu ?

GUÉNOSA, emmenant J/™^ Blandin. — A table !

SALOMON. — Ouii, j'ai une faim de loup. (A Guénosa.) Allons voir les viandes.

M°" Salomon, M"" Blandin, Blandin et Durzac se mettent à table.

SALOMON, avec Guénosa devant les via?ides où était déjà Dupçdlet. — Voilà un veau à la gelée qui n'a pas lair pourri.

LE MAITRE d'hotel. — Une belle poitrine. Monsieur m'en remerciera.

dupallet, (7« maître d'hôtel. — Vous m'en donnerez !

GUÉNOSA. — Moi aussi.

SALOMON. — Avec de la langue ; bien mince.

BLANDIN. — Deux OBufs coque.

LE MAITRE d'hotel. — J'ai aussi un joli museau de bœuf.

dupallet. — Tout à l'heure vous me le ferez voir.

Ils se sont installés. Salomon vient le dernier pour s'asseoir, il n'y a pas de place.

GUÉNOSA, à Salomon. — On ne veut pas de vous.

DUPALLET. — Ça vous apprendra à faire l'écols buissonnière.

BLANDIN. — A la petite table, en pénitence.

SALOMON. — C'est comme ça ! (/^ prend son couvert et va se mettre à la table en face.) Eh bien, je me passerai de vos seigneuries. (^Appelant.) Garçon !

MADAME BLANDIN, se levant. — Nous sommes encore trop serrés. Je vais avec lui.

Protestations générales.

GUÉNOSA. — Non, non, il ne sera plus en pénitence alors.

Elle veut s'en aller, on la retient.

DUPALLET. — Nous voulons garder nos femmes !

MADAME BLANDIN, à M"^^^ Salomon.

— Je tiens à souper avec ton mard.

MADAME SALOMON. — Jamais, je ne veux pas.

MADAME BLANDIN. — Tu soupes bien avec le mien, c'est un petit peu fort tout de même.

Elle se débat.

DURZAC. — Ira !

GUÉNOSA. — N'ira pas !

MADAME BLANDIN, qui Commence à rager à Salomon. ■ — N'est-ce pas, cher ami, que vous exigez que j'aille vous tenir compagnie.

SALOMON, qui mange. — Non, chère amie, je ne veux de personne.

Joie générale.

MADAME BLANDIN. — Charmant ! Voulez-vous me laisser passer ?

Elle se tourne vers son voisin de droite, M°* Salomon.

MADAME SALOMON. Non !

il"" Blandin se touine, même jeu, vers Guénosa, son voisin de gauche.

GUÉNOSA. — Non !

MADAME BLANDIN. AlorS !...

Elle monte sur la banquette, pose un pied sur la table et descend, en sautant de l'autre côté sur une chaise. v

TOUS. — Oh ! oh !

MADAME BLANDIN, sautant à terre. — Voilà. Les pieds dans le plat.

Elle s'assoit en face de Salomon.

GUÉNOSA. — Empêchez ce scandale.

MADAME BLANDIN, OU groupe. — TJiie minute et je vous rejoins. (Bas.) Et maintenant, causons. Oii as-tu été ce soir? Ne mens pas.

SALOMON, même jeu. — Prendre l'air.

MADAME BLANDIN. — Par Cette pbiie ?

MADAME SALOMON. — Ça va-t-il Unir

DUPALLET. — Pas de conciliabules.

MADAME BLANDIN, ail groupe. — Boum !

voilà (Bas.) Tu m'avais pourtant promis de venir.

Viveurs

TOUS. — Assez ! assez !

MADAME BLANDiN, has. — Je ue te vois plus... tu m'échappes.

SALOMON, haut, montrant son assiette.

— C'est délicieux, C3tte alïaire-là!

TOUS. — Assez !

GUÉNOSA, gui s'est levé p>-ès de -pne j]/a7ulin. — Mais vous l'empêchez ce manger, ce raalhevireux.

DUPALLET. — Il ne mérite pas que tu t'occupes de lui.

MADAME BLANDIN. — Justement, c'est exprès. Je le fais exprèe pour l'embêter. ((ruénosa la pj-end par le bras et l'emviène de force.) Oh !

On l'assoit à la grande table, celle du groupe.

BLANDIN. — Mange, toi ausi. Qu'estce que tu veux ?

MADAME BLANDIN. — La paix

DUPALLET. — Ça ne te soutiendra pas.

MADAME SALOMON. — Voilà qu'elle va.

bouder !

BLANDIN, à sa femme. — Quelque chose de chaud ?

Elle ne répond pas, elle regarde Salomon qui bâfre.

DUPALLET, à lUandin. — N'insistez pas, après tout, elle est assez grande.

MADAME BLANDIN, lui montrant Salomon. — Mange-t-il ! Non, mais manget-il ! Regardez-le. Ça en est inconvenant.

SALOMON. — - Suave, mes enfants, ce museau ! suave. Ah ! ça vous refait un homme.

MADAME BLANDIN, tressaillant à ces

mots, à part. — Pourquoi a-t-il si faim ?

Oh! non, non! l^Elle se lève, va droit à

MADAME BLANDIN. — Je te défends de manger tant que ça, tu entends.'

Viveurs

Salomon, et bas.) Je te défends de mauger tant que ça, tu entends .' Tu as l'air de réparer.

GUÉNOSA. — Encore !

DUPALLET. — Voilà Que ça recommence I

MADAME BLANDiN, à part, rageant contre le groupe . — Oh ! qu'ils m'embêtent !

DUPALLET, au maître d'hôtel. — Combien de temps encore avant la clôture, Edmond ?

LE MAiTKE d'hotel. ■ — Un quart

d heure.

DUPALLET. — J'ai une idée.

MADAME SALOMON. — Germaine !

DUPALLET. — Germaine ! Ecoute mon idée.

MADAME BLAXDiN, au groujje. — Flûte!

Zut! (A Salomon, bas.) Je sens que tu me trompes. Tout me le dit. Ton air, tes façons... Si. Eh bien, prends garde à toi, si c'est vrai. Tâche que je ne découvre jamais rien. Et d'abord, je vais t'apprendre une chose ; eh bien, imbécile, pendant que tu courantinais, Guénosa ma fait la cour, et, sérieusement; je te le garantis ! [Salomon hausse les épaules.) Tu ne me crois pas?

SALOMON, qui mange toujours. — Enfantin ! enfantin 1

MADAME BLAXDix. — Yoilà tout l'effet que ça te fait? Tu t'en fiches?

DUPALLET, qui a erpo.^é tout bas son idée au groupe. — Ça y est ?... Ça va ?

TOUS. — Oui, oui !

BLANDIN. — Ça n'a pas de bon sens.

GUÉNOSA, à M"^'^ Blandin. — Savezvous ce qu'on vient de décider ?

MADAME BLANDIN. — Quoi eiicore ?

DUPALLET. — Le temps s'est levé, le (liel est superbe. Nous allons tous prendre une tasse de lait au Fré Catelan.

MADAME BLANDIN. — A Cette lieiire-ci !

BLAXDIN. — Mais, je vous dis que c'est fermé ! Et puis le lait me brûle.

LE MAITRE d'hotel, montrant Blandin. — Monsieur a raison. D'ailleurs, nous en avons ici, du lait.

DUPALLET. — C'est pas la même chose.

Ça n'est pas du lait qui sort de la vache.

MADAME BLAXDIN. — Puisqu'on te dit, papa, que c'est fermé.

GUÉNOSA. — Bah I On saura bien se faire ouvrir.

DURZAC. — Avec de l'or !

DUPALLET. — ■ En tous cas, ça nous fera une promenade. L'air pur de la nuit. N'y a rien de plus sain.

MAP\ME BLAXDIX. — Yous irez sans moi.

DUPALLET, montrant Salomon. — Pour que tu rases encore ce pauvre ami qui ne peut même prie arriver à finir son museau ? Allons, sois sérieuse et viens t 'amuser.

MADAME BLAXDIN. — Je suis ércintée et je veux aller dormir. GUÉNOSA. — Dormir !

DUPALLET. — Dormir !

MADAME SALOMON. — Commcnt ! c'est toi qui lâches ?

DUPALLET. — Toi qui d'ordinaire nous crèves tous ?

GUÉNOSA, à J/™*^ Blandin. — En route ! BLANDix, c) sa femme. — Ne les écoute pas, mignonne.

DUPALLET. — Mais si, ça va être très gai. Ça ne vous tente pas, Salomon ?

SALOMON. — Non, mes enfants. Je vous la souhaite fraîche et heureuse.

DUPALLET. — - Puisque le temjos s'est levé.

SALOMox. — Quand le temps se lève, moi, je me couche.

MADAME BLANDIN, bas à Salomon . — Paul, viens. Ne nous quittons pas comme ça ce soir.

SALOMON, même jeu. — Qu'est-ce que ça fait ? Puisque je te trompe. Tu le sais, tu en es sûre.

MADAME BLANDIN, même jeu. — Viens, je te pardonnerai si tu viens. (1 oyant l i/"""'® Salomon s approcher .) Venez!

MADAME SALOMON, s' interposant . — Voilà qu'elle lui demande de venir à présent.

DUPALLET. — Mais, au contraire ! Estelle entêtée!... (A sa fille.) Trottons-nous, !i voyons.

MADAME BLAN'DIN, à Salomon . — Une fois, deux fois, alors non ?

SALOMON. — J'ai encore faim.

Viveurs

MADAME BLANDiN, jetant SOU botinct.

■ — Mange donc! {Au groupe.) Je suis de votre suite, mes enfants! {On Vacclame.

A Salomon à part, menaçante.) Toi! tu n'y perdras rien, je t'en réponds. {Pour elle seule.) Le voilà, le supplice -. faire la fêt>e quand on a envie de pleurer.

DURZAC, à il/""' Blandiu. — N'insistez pas. Savez-vous pourquoi il est si crin, et pourquoi il a lâché notre bande ce 3oir?

MADAME BLANDIN. Non ?

DURZAC. — Eh bien, c'est parce qiie M"" Guénosa n'est pas venue.

MADAME BLANDIN. Alice !

DURZAC. — Il est tombé en arrêt dessus, chut ! Gardez ça !

MADAME BLANDIN. — Parbleu ! {Durzac séloif/ne. Seule.) Non! cest pas possible! Ça ne fait rien, j'aurai l'œil!

(Haut.) Allons, allons, les viveurs! les gamins ! En route ! En route !

DUPALLET. — Nous sommcs graissés.

On t'attend !

BLANDIN. — Je suis mort.

LE MAITRE d'hotel. — Bonsoir, mesdames, messieurs.

DURZAC. — Bonsoir, vieil Edmond.

Toujours républicain?

LE MAITRE d'hotel. — Toujours, monsieur.

DUPALLET, fredonnant Vair. — La voie lactée nous appelle!..

Ils sortent tous.

ce soir de Louise Dubois. Je veux bien être uu bon petit amant, mais à la condition qvi'on UQ m'embête pas.

Paraissent, descendant l'escalier, Laci'oix et Duvaneau. On cpnfmence à ranger dans le restaurant.

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