SCÈNE X
Les Mêmes, LACROIX, DUVANEAU
DUVANEAU, apercevant Salomon. ■ — Il n'est pas parti.
saxjdmon, à Lacroix. — Vous !
DUVANEAU. • — Nous avons causé.
LACROIX. — Oui, tout est arrangé ayec DuvaneariL
DUVANEAU, <% Lacroix. — Il n'y a' pas de quoi rire, mon bon petit. Morvillette est l'offensé, il prendra l'épée, c'est sûr. Et dame, il est de première.
SALOMON. — C'est ce que je lui ai dit.
DUVANEAU, à Lacroix. — Mais ça ne fait rien. Tout n'est pas josrdu. J'en ai vu revenir de plus loin.
LACROIX. — Vous êtes drôle. Allez !
SALOMON. à Duvanean et à Lacroix. — ■ Prendre quelque chose'? un joyeux fruit?
DUVANEAU. — Pas le temps. Nous avons à travailler. (.4 Lacroix.) Mets-toi là, brave homme. Je connais le jeu de Morvillette. Il foncera sur vous comme un taureau .
On met les chaises sur les tables.
SALOMON, à Lacroix. — Vous rompez d'un pas.
DUVANEAU. — Jamais de la vie ! {A Lacroix.) Vous tendez votre petit bras dans la direction de sa figure. Comme ça. Il tient à son beau physique.
LACROIX. — C'est son gagne-pain.
DUVANEAU. — Ça le calmera. Et vous avez des chances de lui causer des dégâts dans le nasum ou dans les environs. Saisi, l'apologue?
LACROIX. — Saisi.
DEUXIÈME GARÇON. — Messicurs, on va fermer.
ICO
Viveurs
DUVANEAU. — Une minute! (A Lacroix.) Là! (Ils se méfient en garde avec leurs cannes.) Attention ! Je fonce sur vous comme le taureau. {Il se fend.) Partez! (Lacroix allonf/e le bras et Duvaneau reçoit un, maître coup de canne en plein nez.) Oh! c'est stupide, ça! c'est idiot !
LACROIX. — Je vous ai fait du mal?
DUVANEAU. — Non, au contraire. C'est pas fort. On joue, on s'amuse. Et puis... Là, voilà que je saigne à présent.
PAULINE, à il/""" Henri. — Ma tante, il est blessé !
MADAME KENRi, qui fait sa caisse. — Ça ne sera rien. (Elle compte.) Dix-sept cents... dix-huit cents...
LACROIX, à Duraneau. — Je suis désolé.
DUVANEAU. — Un bol, voyong, garçon!
un sacré bol ! vous êtes là à me regarder.
LACROIX. — • J'ai fait ce que vous m'aviez dit.
DUVANEAU. — Fallait pas... fallait...
tout doucement.
LE MAITRE d'hotel. — Messieurs, je regrette...
DUVANEAU. — Ah ! tout à l'heure ! J'ai la binette en compote. Attendez que je sois un peu recollé. (Le gaz baisse.) Bon! Les chameaux, voilà qu'ils baissent le gaz à présent, pour nous fiche à la porte !
LE CHASSEUR, sa casquette à la mai?i.
— Je demande pardon à ces messieurs, mais j'aurais quelque chose qui peut les intéresser.
SALOMON. — Crachez-le !
LE CHASSEUR. — Tout à l'heure, j'ai entendu madame qui disait à M. Morvilîette en montant en voiture : « Qu'est-ce que tu vas prendre, chéri? » Et il a ré-
pondu : « Le pistolet. » — Alors, j'ai pensé...
LACROIX, lui mettant une pièce dans la main. — C'est bon!
DUVANEAU. — Il prend le pistolet! (A, Lacroi.r.) Alors, c'était vraiment pas la peine de me défigurer.
LE MAITRE d'hotel, les poussant vers là 2?orte. — Messieurs, nous allons avoir un^ contravention.
LACROIX. — ■ J'aime mieux ça. Av moins, au pistolet, je tire un peu.
DUVANEAU. — Pas si bien que lui, mais ça ne fait rien. (.4 Lacroi.r.) Mets-toi là, brave homme. Je connais le jeu de Morvillette. Il tirera de la façon suivante.
Il tire son revolver de sa poche et se met deboul en posture.
LE MAITRE d'hotel. — Ah! je vous en prie, messieurs, pas ici.
DUVANEAU. — Dehors, en ce cas! (4j Lacroi.r.) Je vais vous faire voir dehori Derrière Madeleine... paroisse à bibi... pa de raseur... On sera comme chez soi.
SALOMON, entraînant Lacroix. — A Ions derrière Madeleine.
Ils sortent tous trois.