SCENE X
GUENOSA, ALICE
GUÉNOSA. — Qu'est-ce que Salomon faimit là ? Il te poursuit ?
ALICE. — Oui. Mais il ne m'attrape oas.
GUÉNOSA. — Je m'en doutais. Il y a longtemps ?
ALICE. — DcDuis le soir des tableaux.
^Mon costume l'excitait énormément. Il m'a dit que j'étais Diane toute crachée... n m'a dit des choses extraordinaires.
GUÉNOSA. — Et tu l 'écoutais?
ALICE. — - Qu'est-ce qu'il fallait faire?
GUÉNOSA. — M'appeler.
ALICE. — Tu n'otais pas là, tu flirtais avec la patronne. Et puis, si je devais te mobiliser, mon pauvre papa, chaque fois qu'on me dit des inconvenances, ça nous prendrait le plus beau temps de la vie, et il ne nous en resterait plus pour nous amuser.
GUÉNOSA. — Oui. Et que s'est-il passé tout à l'heure entre vous deux?
ALICE. — Rien... Mais ça n'est pas sa faute. Une gentille idée, hein? que j'ai eue, de te dire quil venait se faire piquer. . . Oh ! je ris, mais je ne suis pas gaie ! Salomon et les autres, ils se valent tous! Pas un en qui on puisce avoir ccnfiance ! Quel sale monde!
GUÉNOSA. — Prs fameux... C'est vrai.
Aussi, remercie-moi bien, ma minette. Sous mes dehors... je suis très prévoyant. Si je ne t'avais pas — en apparence — élevée très mal, si tu t'étais trouvée comme tant d'autres pauvres jeunes fiDes comme il faut, moins renseignée, pour un peu, tout à l'heure avec ce paltoquet, tu étais sans défense, tu étais perdue.
ALICE. — Oh ! mon Dieu, oui ! A quoi tenons-nous ! c'es effrayant !
GUÉNOSA. — Ecoute-moi. Il s'agit d'autre chose. Il y a un jeune homme que j'ai rencontré tantôt comme il sortait d'ici en même temps que moi, et que j'ai confessé dans ma voiture.
ALICE. — Ne le nommons pas, c'est M. Lacroix.
GUÉNOSA. — ■ Il m'a demandé ta main.
ALICE. — Il ne manque encore pas d'aplomb, celui-là! Après son duel d'hier... GUÉNOSA, ù part. — Aïe ! (Haut.) Comment ! tu sais ?
ALICE. — M"'*' de Jersey, parfaitement.
GUÉNOSA. — Qui est-ce qui t'a appris?
ALICE. — Salomon.
GUÉNOSA. — Eh bien, il aurait pu se dispenser de te raconter ça...
ALICE. — ^ Il a très bien fait au contraire. C'est le seul service qu'il m'ait rendu. Sans lui, j'allais peut-être gaffer, me laisser attendrir par les mensonges de ce monsieur.
GUÉNOSA. — Des mensonges! Qu'en sais-tu ?
I lO
ALICE. — Ce duel...
GUÉNOSA. — Après? Ça ne l'empêche pas de t aimer.
ALICE. — Ah! ah! comment donc?
GUÉxosA. — Mais oui, cest très fréquent de nos jours, ma mignonne. Il y a •des quantités de gens qui adorent leur vraie femme et qui avant de se marier se sont battus... et des paquets de fois...
ALICE. — Pour des petites femmes ? Eh bien, ça regarde leur vraie femme. Moi, je ne suis pas de cette école-là.
GVÉNOSA. — Fais attention. Voilà que tu nés plus moderne !
ALICE. — Ah! toi, tu l'es trop! Laissons ça, et ne me parle plus mariage ! Salomon t'attend, je te quitte. Et puis j'espère que tu vas lui faire une piqûre... amusante?
GUÉNOSA. — Longue comme ça.
ALICE. — Oh! je regrette de ne pas pouvoir y assister.
GUÉXOSA. — Oui. Ça serait très gentil.
Mais c'est impossible.
ALICE. — Tant pis! (A la porte.) Lon- .gue comme ça. (Sur un qeste de Guénosa.) A la bonne heure. Il ne l'a pas volée!
Elle sort.
GUÉNOSA, seul, mécontent de lui. — Pauvre petite !
RENAUD, entrant, et tendant sur un plateau une lettre au docteur. - — M'"^Blan- •din est là qui attend la réponse.
GUÉNOSA, décachette et lit. — « Mon « cher petit docteur, pouvezvous me re- ■« cevoir tout de suite pour affaires sérieu- « ses? — A vous, Germaine. » Comment donc! (A Renaud.) Faites entrer ici.
RENAUD. — ■ Mais c'est qu'il y a déjà...
GUÉNOSA. — J'y vais, j'y vais!
RENAUD. — Bien, monsieur.
Il sort.
GUÉNOSA. — Qu'est-ce quelle peut mes vouloir? Eh! eh!... Justement {Montrant la porte de son cabinet.), l'autre qui est là!... C'est drôle... En attendant je vais toujours lui poser sa banderille !
Il entre dans son cabinet.